Après ses consœurs françaises et anglaises, la Liga reprend ses droits ce vendredi 16 août. Entre folies du marché et volonté de revanche, la lutte pour le titre promet d’être âpre de l’autre côté des Pyrénées.

Au mois d’août, l’actualité espagnole semble se résumer au mot Neymar et à la lutte entre le triumvirat Paris-Madrid-Barcelone pour s’attacher les services de l’international auriverde. Et pourtant, LaLiga Santander entame son 89ème exercice ce vendredi avec la réception du Barça de Lionel Messi à Bilbao. Double champion en titre, les Blaugranas semblent intouchables. Les 560 millions investis par les deux formations madrilènes seront-ils suffisants pour reprendre le sceptre des mains des Azulgranas ? Weeplay a tenté d’imaginer à quoi pourrait ressembler la saison dans la péninsule ibérique.

La passe de trois pour le Barça ?

Griezmann et De Jong, un duo à 200 millions, qui aura à charge de remporter la C1, que le Barça n’a plus toucher depuis 2015 (Crédit photo : 90 min)

Terne. C’est le meilleur qualificatif pour définir le dernier exercice espagnol. Un Real Madrid aux abonnés absents, tant sur le plan national qu’au niveau européen, des Colchoneros en cran en dessous de leur niveau habituel et des Valenciens en proie à une crise institutionnelle. Tout était en place pour que le Barça remporte la deuxième Liga de l’ère Valverde. Avec un Messi qui marchait sur l’eau et une domination sans partage dans toutes les compétitions dans lesquelles il était engagé, le Barça était pressenti pour achever la saison dernière avec un triplé : il n’en fût rien finalement. Pourtant critiquée, voire conspuée, l’ancienne gloire de Bilbao est toujours en place sur le banc. Mais cette saison pourrait être sa dernière si les Blaugranas ne remplissent les objectifs fixés.

“Je ne regrette pas mes mots de l’an dernier. J’ai confiance en cette équipe pour aller chercher tous les titres en jeu. La saison dernière s’est mal finie mais il ne faut pas sous estimer la Liga”

Lionel Messi, annonçant la couleur pour sa dix-septième saison sous le maillot des Blaugranas (via Onze Mondial)

Recruté à prix d’or, Antoine Griezmann aura à charge de faire oublier les déroutes de Liverpool et Valence. Et surtout de soulager Lionel Messi des charges offensives, dont il a été presque le seul instigateur en 2018. Transcendant en préparation, les culers placent également beaucoup d’espoir en Frenkie De Jong, appelé à devenir le moteur de jeu du Barça aux côtés d’Arthur. L’arrière-garde se porte tout aussi bien. Gérard Piqué semble avoir retrouvé son meilleur niveau et Clément Lenglet devrait s’appuyer sur ses bonnes performances depuis le mois de janvier. Après un été maîtrisé, Barcelone se place logiquement comme candidat à sa propre succession en Liga.

Des outsiders 100% madrilènes

L’Histoire se répète. Malheureux troisième de Liga et seulement huitième de finaliste de C1, le dernier exercice du Real Madrid est une totale déception. Une décennie après le mercato légendaire de 2009, les Merengue ont de nouveau mis la main au portefeuille. Hazard, Jovic, Mendy et consorts arrivent en grande pompe grossir les rangs de l’équipe de ZZ. Pourtant, les millions ne font pas tout. Après 4 défaites en 7 matchs de préparation, les Blancos peinent à prendre leur marque dans un 3-5-2 pourtant ambitieux.

Zinédine Zidane sera très attendu pour son deuxième passage dans la capitale espagnole (Crédit photo : ESPN)

L’idée est d’associer Benzema à Jovic ou Vinícius, devant Hazard en 10. Le Belge serait ainsi déchargé de toutes tâches défensives, lui qui est peu réputé pour ses qualités de repli. Les latéraux monteraient d’un grand, Marcelo serait alors libre de s’exprimer pleinement, et l’arrière-garde s’articulerait autour de Militão, Ramos et Varane. “La préparation ne définit pas la saison” avait dit Gérard Lopez, propriétaire du LOSC. Et cette maxime pourrait aller comme un gant à Zinédine Zidane. Son effectif a de la profondeur, de la rigueur et surtout une importante volonté de mieux faire. Assez pour accrocher la deuxième place.

Nous souffrons toujours. Nous n’arrêtons pas de souffrir, peu importe combien nous gagnons. La concurrence contre les tout-puissants, contre le Real Madrid et le FC Barcelone, les meilleurs au monde, n’est pas simple. Avoir terminé à deuxième place commence à générer la possibilité de rivaliser avec eux pour les battre.”

Diego Simeone, coach de l’Atlético Madrid depuis 8 ans, croit fermement en ses chances de rivaliser avec le Real et le Barça (via Yahoo)

L’autre Madrid n’a pas non plus lésiné sur les moyens. En fin de cycle, la charnière uruguayenne et deux des trois champions du monde ont plié bagage. Pourtant, tout est sous contrôle. Trippier et Hermoso redonnent du peps à une défense vieillissante et le reste des recrues apportent de la profondeur au banc des Rojiblancos. Alors que le flocage João Felix remplace celui de Griezmann sur les maillots colchoneros, l’Atlético de Madrid s’avance avec assurance dans cette nouvelle saison. La pépite portugaise de 19 ans, arrivé pour 120 millions d’euros du Benfica, a rendu folle la planète football l’an dernier. Les 20 buts inscrits pour sa première saison chez les pros ont convaincu Diego Simeone. Il sera le nouvel homme fort, la pierre angulaire d’une nouvelle ère. Son duo avec Diego Costa s’annonce redoutable et pourrait permettre à l’Atlético de gêner les deux cadors.

D’ambitieux wagons derrières les trois locomotives

Vainqueur de la Copa del Rey l’an passé pour son centenaire, les Naranjas tenteront encore de jouer les trouble-fêtes cette année (Crédit photo : Actu)

Les années se suivent et se ressemblent. Valencia, auteur d’une remarquable quatrième place l’an passé, espère continuer sur sa lancée. Cerise sur le gâteau, les Ches ont même ramené la Copa del Rey à la maison. Cette saison, Maxi Gómez arrive du Celta Vigo avec beaucoup d’espoirs dans les valises. Auteur de trente buts en deux saisons, son association avec Rodrigo promet des soirées intéressantes du côté de la Mestalla. Soirées qui pourraient s’annoncer plus sereines maintenant que Cillessen est dans les cages. Et car on ne change pas un milieu qui gagne : Wass, Parejo, Kondogbia et Guedes devraient compléter le 4-4-2 habituel de Marcelino García. En somme, des bases excellentes pour un club qui était pourtant secoué par une importante crise institutionnelle depuis le mois de janvier. Peter Lim, propriétaire, et Mateu Alemany, directeur général, se disputaient la direction des Murcièlagos. Néanmoins, nouvelle saison rime avec nouvelle résolution : Alemany a été confirmé à son poste de directeur général. La quatrième place leur va si bien.

“L’équipe est prête pour les prochains matchs et pour jouer avec ses armes. Il faut maintenant que l’équipe assimile les concepts de l’entraîneur et ainsi on sera plus proches de nos objectifs. On espère être sur une bonne dynamique”

Monchi, directeur sportif de Séville, est optimiste pour la saison de son équipe (via Be Soccer)

Un être vous manque et tout est dépeuplé. Dans le cas présent, c’est entièrement vrai. Orphelin de Monchi à l’été 2017, le directeur sportif a pourtant retrouvé le FC Séville au mois de juillet. Et les résultats sont satisfaisants puisque Rony Lopes, Lucas Ocampos, Luuk de Jong, Oliver Torres ou encore Reguilón ont déjà rejoint les rangs des Nervionenses. Car si Valence est un club relativement stable, qui inscrit son projet sportif dans la continuité, le FC Séville est sans cesse contraint d’innover et de pallier le départ de ses joueurs. Sorte de club tremplin, Séville tient à effacer cette image de club intermédiaire. Et au vu du passif en coupes européennes, de l’attractivité de la ville, du magnifique public, il y évidemment matière à mieux faire. Cette saison sera clé pour le club de Nervión. Il ne peut pas se permettre un troisième exercice de suite raté. Lopetegui aura beaucoup à faire, une cinquième place semble crédible cette année. En attendant mieux.

Joue-là comme Getafe !

Dans les rédactions, on adore les belles histoires et Getafe a inspiré plus d’un journaliste l’an passé. En à peine trois ans, Pepe Bordalás a pris ce club de la banlieue sud de Madrid à l’agonie, et prêt à tomber en Segunda B, pour le placer aux portes de la Ligue des Champions. En un mot, la simplicité. 4-4-2 à double pivot, agressivité, vieux briscards et jeunes pousses. Les Azulones ont la chance de conserver leurs cadres et de se renforcer avec les arrivées de Nemanja Maksimovic, en manque de temps de jeu à Valencia, et Jaime Mata, Pichichi de Segunda en 2018. Mais la réalité n’aime pas les belles histoires et le constat risque de faire grincer des dents quelques Getafense. À l’image de Lille en Ligue 1 la saison passée, il sera compliqué pour les hommes de Bordalás de jouer le top 5 en disputant l’Europa League. Pourquoi pas une sixième place, en attendant de confirmer que 2018 n’était pas un feu de paille et que les Azulones peuvent rester compétitif avec un calendrier chargé ?

Devra-t-on attendre l’Euro 2020 pour vivre à San Mamès (Crédit photo : Athletic Club) ?

Dans cette lutte incroyable pour l’Europe, il ne reste qu’un ticket. Les Lions de Bilbao auront-ils assez les crocs pour le prendre ? Un homme, Gaizka Garitano, répondra à coup sûr que oui. Avant sa nomination la saison dernière, l’Athletic n’avait remporté qu’un match de Liga alors que le mois de décembre avait déjà débuté. Avant lui, Berizzo demandait à ses joueurs de presser constamment. Mais avec un effectif relativement âgé, la bonne idée vire au cauchemar. Avec Garitano c’est le retour du style qui a fait le succès de l’Athletic : un jeu basé sur une défense solide, un box-to-box aussi adroit en attaque qu’en défense et des défenseurs n’hésitant pas à se projeter. Cette saison, Bilbao fait un mercato très calme : peu d’arrivé et peu de départ. Juste la continuité d’une recette miracle. La zone rouge est déjà loin et les Basques se mettent à rêver. Raccrocher le wagon de l’Europe juste avant d’accueillir quelques matches du prochain Euro 2020 à San Mamés, ne serait-ce pas la meilleure façon de dire au revoir à Aduriz ?

Quasi recru des Reds de Liverpool à hauteur de 70M d’euros en 2018, Nabil Fékir s’est engagé avec le Bétis pour 20M un an plus tard. Stupéfiant (Crédit photo : Eurosport)

L’Europe compte néanmoins un autre prétendant de poids. Le Real Betis Balompiéne compte pas laisser passer sa chance deux années de suite. En Andalousie, pas question de continuité mais bien de rupture. La nomination de Rubi au poste d’entraîneur à la place de Quique Setién en a surpris plus d’un. Un homme qui aime les défis et qui en a déjà relevé plusieurs. Pour celui qui avait amené Huesca dans l’élite pour la première fois, l’Europa League est loin d’être une utopie. Avec une attaque flambant neuve composée de Fékir et de Borja Iglesias, les Béticos devraient compliquer la vie des défenseurs de Liga. Pour le reste, Rubi s’appuiera sur les solides acquis de son prédécesseur. Le milieu Carvalho-Guardado épaulera l’attaque tandis que l’ex-Blaugrana Marc Bartra encadrera la défense. L’effervescence de Rubi couplée à l’effectif bien huilé des Verderones pourrait faire des étincelles. Une équipe à suivre attentivement.

À la fin, il n’en reste que 17

Aussi tôt arrivé, aussitôt parti ? Majorque, passé sous pavillon américain en 2016, retrouve la Liga six ans après l’avoir quitté. Club iconique du football espagnol au début des années 2000, où sont notamment passés des joueurs comme Samuel Eto’o, la gloire a pourtant quitté l’Iberostar Stadium. L’arrivée d’Aleix Febas, prometteur milieu de terrain et pur produit du Castilla de Zidane, ne semble pas peser bien lourd dans la balance. Grenade a également lancé son opération maintien. Diego Martínez Penas, ex-coach adjoint de Séville, a transformé le club en une grande famille par sa bonne humeur et son côté abordable. Il ne proposera pas le jeu le plus léché de la division mais surement l’un des plus rentables en rapport de qualité-prix. Le seul hic, peu de joueurs connaissent le plus haut niveau. Et cela a souvent montré ses limites.

“C’est un joueur avec une grande expérience, qui a remporté des titres, mais qui est en même temps humble. Il a faim C’est un joueur qui fera la différence avec nous.”

Jagoba Arraste, coach d’Osasuna, à propos d’Adrian Lopez, arrivé de Porto (traduit d’El Pais)

Dernier promu, Osasuna fait son retour en Liga au terme d’une saison historique. L’équipe de Pampelune s’appuie sur une base solide et devrait surfer sur l’élan de la saison dernière et jouer les troubles fêtes pendant les premiers mois. Jagoba Arrasate ne devrait pas revoir ses plans et Osasuna jouera dans son dispositif favori, le 4-2-3-1. Des joueurs de couloir rapides, forts en un contre, et avec un seul attaquant tueur, le vrai 9. Le recrutement, cohérent, compte tout de même Adrian Lopez, arrivé de Porto librement. Les Rojillos ont les capacités pour se maintenir, plus que leur voisin de Valladolid. Très souvent proche du précipice sans jamais y tomber la saison dernière, le club de Ronaldo a en plus subi un scandale aux matchs truqués. Pour l’un des plus petits budgets de la Liga, la marche semble trop haute cette année. Et Osasuna semble définitivement mieux armé pour la première division, malgré l’air frais insufflé par l’arrivée de l’ex-star brésilienne. Néanmoins, bonne chance à tous !