Après deux années blanches et cinq tournois consécutifs sans pouvoir se qualifier dans les huit premiers du championnat, le club légendaire des Chivas de Guadalajara entame cette décennie avec de nouvelles ambitions. Bien décidé à retrouver la gloire qui a fait son histoire.

Douze fois champion du Mexique, le club des « Chivas » (« les chèvres », en référence à un surnom péjoratif donné par un journaliste en 1948 et par leurs rivaux de l’Atlas, repris ensuite fièrement ensuite par les supporters, NDLR) de Guadalajara est actuellement dans une période sombre, marquée par une grande instabilité sportive et institutionnelle. Conscient de ses nombreux atouts et désireux de retrouver la gloire, le club a décidé en ce début d’année d’entreprendre les grandes manœuvres avec une nouvelle équipe dirigeante et un investissement conséquent sur le marché des transferts.

Un géant du football mexicain sur la pente descendante

Avec l’América de Mexico, le Club Deportivo de Guadalajara est sans conteste le plus grand club de l’histoire du football mexicain. En termes de palmarès ou de popularité, ces deux monuments n’ont pas d’égal à l’échelle nationale, et les Chivas représentent juste en-dessous des Águilas la deuxième équipe la plus titrée du Mexique avec un total de vingt-quatre trophées nationaux (douze Liga MX, quatre Copa MX, sept Campeón de Campeones et une Supercoupe du Mexique). En dehors des équipes de Mexico (América, Cruz Azul, Pumas UNAM), le CD Guadalajara est le seul club qui compte des millions de supporters dans tout le pays, bien au-delà de la ville de Guadalajara et de l’État de Jalisco. À titre de comparaison, les Tigres UANL et le CF Monterrey sont très populaires dans le Nord-Est du pays mais cette influence se limite à l’échelle régionale.

Malgré ce passé glorieux et ce prestige national, le CD Guadalajara connaît depuis plusieurs tournois une situation problématique. Depuis son dernier titre de Champion en 2017, « El Rebaño » (le troupeau) éprouve les plus grandes difficultés à jouer les premiers rôles en Liga MX. Le départ d’« El Pelado » Matías Almeyda, ancien international argentin et entraîneur du club de 2015 à 2018, a fait beaucoup de mal à la santé sportive du club. L’homme à l’origine du retour de River Plate en première division argentine en 2012 avait su faire des Chivas une redoutable équipe, pratiquant un jeu offensif et spectaculaire, avec cinq titres en trois ans à la clé (deux Copa MX, une Supercopa MX, une Liga MX et une Ligue des Champions de la CONCACAF).

Matías Almeyda (au centre) avait redonné aux Chivas une place parmi les meilleures équipes du pays. Depuis son départ, le club ne parvient plus à jouer les premiers rôles (Crédit photo : AS México)

Depuis son départ, les joueurs de Guadalajara n’ont plus réussi à participer à la Liguilla (les play-offs), et le tournoi Apertura 2019 était leur cinquième tournoi consécutif hors des huit premières places. Avec déjà trois coachs différents utilisés depuis le début de saison, le CD Guadalajara vit l’une des pires périodes de son histoire. Efraín Flores, ancien entraîneur du club, analyse la situation de son ancien club pour Récord et affirme que Guadalajara est victime depuis quelques années d’une perte d’identité et de philosophie, éléments qui faisaient sa force et qu’il est nécéssaire de restaurer :

« Plus que de former des joueurs, ils ont besoin de former des leaders et ils ne le font pas, on peut le voir clairement avec un exemple facile : le capitaine, Jesús Molina, n’est pas issu du centre de formation des Chivas. Quand on avait terminé premiers du championnat à mon époque on devait avoir 90% de joueurs formés au club dans l’équipe, je pense qu’il y a une perte d’identité et de philosophie ».

Erfain Flores, entraîneur du CD Guadalajara de 2007 à 2009 (Récord).

Une identité forte et des atouts importants

Car l’identité dont parle Flores, c’est celle qui fait la force du CD Guadalajara depuis toujours et qui le distingue de n’importe quel autre club du pays. En effet, depuis sa création en 1906, l’équipe n’a toujours été composée que de joueurs mexicains. Cette politique demande un gros travail en amont, notamment auprès des jeunes, et le CD Guadalajara est reconnu comme l’un des tous meilleurs centres de formation mexicains. Celui-ci a pour rôle d’alimenter directement l’équipe première du club et fournit en très grand nombre toutes les sélections nationales du Mexique, des U15 jusqu’aux A.

Les joueurs les plus connus à être sortis du centre de formation des Chivas sont par exemple Carlos Salcido, Javier « Chicharito » Hernández ou encore Carlos Vela, et de nombreux autres internationaux mexicains actuels en sont également issus. Comme nous le confie le jeune gardien des Chivas André Alcaráz, le CD Guadalajara est un club unique au Mexique, qui a su se créer une très forte identité mexicaine et qui forge chez ses joueurs un vrai sentiment d’appartenance dès le plus jeune âge :

André Alcaráz Díaz, né en France, est le portier des Chivas U20 (Crédit photo : Chivas).

« Même s’il est très difficile de mettre des mots sur les sentiment que j’ai pour ce club je dirai que pour moi, les Chivas représentent tout ce qu’un joueur peut désirer, c’est le meilleur club du Mexique. Il te soutient toujours et te fait devenir une excellente personne. Les Chivas c’est l’excellence du football mexicain, traditionnellement et pour tout ce que cela représente, l’équipe 100% mexicaine, l’équipe qui m’a vu naître et pour laquelle je donnerai la vie. Les Chivas sont beaucoup plus qu’une simple équipe, cela représente la lutte incessante du mexicain contre le monde, cette lutte qui nous rappelle entre nous que quelle que soit ta situation, un compatriote sera toujours là pour t’aider. Les joueurs formés par les Chivas sont des joueurs d’excellence dans tous les domaines : physiquement, techniquement, mentalement, etc. Des joueurs faits pour s’exporter et briller dans le monde entier. »

Victor André Álcaraz Díaz (20 ans), gardien des U20 du CD Guadalajara et international passé par les sélections de jeunes

De plus, comme dit précédemment, les Chivas peuvent s’appuyer sur une base de fans immense, la ville de Guadalajara étant la deuxième du Mexique derrière Mexico. Ce bassin de population ainsi que la localisation de la ville, au centre du pays, offrent au club une exposition idéale. L’Estadio Akron, inauguré en 2010 lors d’un match amical face à Manchester United (le premier buteur de l’histoire du stade est « Chicharito », NDLR), est l’un des plus modernes du pays. Avec une capacité de 49 850 spectateurs, il est un atout important pour le club et sa réputation dans le monde, d’autant plus qu’il fait partie des trois stades mexicains sélectionnés pour l’organisation de la Coupe du Monde 2026 Mexique-Etats-Unis-Canada.

L’Estadio Akron, antre des Chivas de Guadalajara (Crédit photo : @IntChampionsCup)

Une nouvelle équipe dirigeante et un mercato ambitieux, signes d’espoir

Après le fiasco de la première partie de saison, Tomás Boy a été limogé fin septembre et Luis Fernando Tena, qui avait emmené la sélection olympique mexicaine vers l’or à Londres en 2012, l’a remplacé. Reprenant une équipe tombant en morceaux, il avait presque réussi à redresser la barre mais n’a pas encore eu assez de temps pour exploiter pleinement le potentiel de son équipe. L’autre décision forte a été la nomination de Ricardo Peláez, ancien joueur des Chivas et buteur de la sélection mexicaine, comme directeur sportif du club. Ce dernier, connu pour sa sévérité et sa main de fer, compte bien se retrousser les manches pour redonner à Guadalajara son lustre d’antan. Le président du club, Amaury Vergara, a quand à lui décidé de sortir le chéquier et s’est montré généreux afin de donner tous les moyens à sa nouvelle équipe sportive malgré la perte du meilleur buteur de l’Apertura 2019 Alan Pulido, parti à Kansas City en MLS.

Luis Fernando Tena (entraîneur) et Ricardo Peláez (directeur sportif), le nouveau duo chargé d’emmener les Chivas vers les sommets en 2020 (Crédit photo : Fernando Carranza).

Ricardo Peláez, grâce à sa grande influence dans le football mexicain, a réussi à négocier des transferts importants pour offrir un recrutement cinq étoiles à Guadalajara cet hiver. Les Chivas viennent de boucler leur mercato pour le tournoi Clausura 2020 : pas moins de huit nouveaux joueurs, dont six internationaux A mexicains, pour une somme totale de près de cinquante millions de dollars.

La tête de gondole de ce recrutement est José Juan Macías, qui revient d’un prêt d’un an à Léon où il s’est révélé en terminant meilleur buteur du club en 2019, et qui à délogé « Chicharito » en sélection. Ensuite, le latéral gauche Cristián Calderón, qui a aussi découvert la sélection cette année, a été la révélation du dernier tournoi avec Necaxa. Pour finir, Uriel Antuna, ancien joueur de Manchester City, José Juan Vázquez, international de longue date et déjà champion avec les Chivas en 2017, et Victor Guzmán, l’un des meilleurs milieux du championnat depuis plusieurs saisons et à qui l’on prévoyait un transfert en Europe, seront sans conteste des atouts de poids pour cette nouvelle année.

Les huit recrues (dont six internationaux mexicains) des Chivas pour le tournoi Clausura 2020 sont le visage de cette ambition retrouvée. De gauche à droite : Cristian Calderón, José Juan Vázquez, Uriel Antuna, José Juan Macías, Víctor Guzmán, José Antonio Madueña, Jesús Ricardo Angulo et Alexis Peña. (Crédit photo : @Chivas)

Ainsi, après des heures très sombres, plusieurs éléments peuvent faire espérer à un retour au premier plan des Chivas. Une équipe directive forte et compétente, prête à remettre de l’ordre dans l’institution, et un effectif très fourni avec beaucoup de qualité. Historiquement, on se souvient des équipes de 2006 avec Ramon Morales, Adolfo Bautista, ou encore Osvaldo Sanchez, et récemment de 2017 avec Alan Pulido, José Juan Vazquez et Rodolfo Pizzaro. Ainsi, l’attente est immense parmi les fans du « Rebaño Sagrado » qui espèrent enfin regoûter à la gloire et qui voient dans ces Chivas 2.0 une potentielle nouvelle époque dorée arriver. Mais comme toujours dans le football, seul le temps nous donnera la réponse, rendez-vous donc dès ce week-end pour la reprise de la Liga MX et le début du tournoi Clausura 2020.