Nous continuons notre périple à travers l’Europe, à la recherche de ces clubs ayant derrière eux un passé prestigieux, mais qui n’ont plus commis de grands exploits depuis quelques temps. Périple qui va continuer outre-Manche.

Pour ce deuxième épisode, nous quittons Birmingham et les Midlands pour aller plus au nord du pays, dans la région du Yorkshire, et plus précisément du côté de Leeds, où nous allons nous attarder sur le seul club de la ville : le Leeds United Football Club. Roulant sur l’Angleterre pendant plus de 15 ans, nous allons faire le nécessaire pour vous montrer comment un club aussi couronné de succès a-t-il pu connaître une aussi longue traversée du désert ?

Oui, Leeds est le vrai rival de Manchester United

Avant de partir dans le vif du sujet, nous souhaitons mettre les choses au clair sur un point dont se trompent énormément de personnes : non, Liverpool n’est pas le vrai rival de Manchester United, et encore moins Manchester City. Cette rivalité est due aux nombreuses tensions entre les régions du Lancashire et du Yorkshire, adversaires lors de la Guerre des Deux-Roses (1455-1485). Cinq siècles plus tard, malgré l’assez longue distance entre Leeds et Manchester (60 kilomètres), la rivalité et les tensions sont restées. Cela se verra par exemple en 1965, lors d’une demie-finale de FA Cup, lorsque Jack Charlton et Denis Law s’échangeront plusieurs coups de poing, période marquée par la domination du Manchester United de Matt Busby, ainsi que de Leeds United.

(source : Mighty Leeds)

Ascenseur et John Charles 

Fondé en 1919, Leeds intègre la Football League lors de la saison 1920-1921. Ils remportent le titre en deuxième division seulement quatre ans plus tard et accèdent alors à la première division.

Le club fait ensuite l’ascenseur entre l’elite et la deuxième division, enchaînant 4 descentes et 4 remontées entre 1924 et 1956, année où ils seront emmenés par le buteur gallois John Charles, 3e au classement du Ballon d’Or 1959. Et surtout réputé pour être l’un des meilleurs joueurs gallois de l’histoire. 1956 est aussi l’année où la tribune ouest d’Elland Road (stade de Leeds United) est détruite par un incendie. Le club devant même faire appel à ses supporters afin de récolter des fonds.

L’année suivante, Leeds arrive à se maintenir en Première Division avec brio, terminant à la huitième place grâce à un John Charles en état de grâce, inscrivant 38 buts en 42 matchs. Ce qui attirera l’œil de la Juventus qui signera le gallois pour la somme de 65 000 £ (soit 75 000 euros). Les années suivantes du club se verront marquées par son absence, Leeds étant à nouveau relégué en 1960.

John Charles (source : Flickr)

L’âge d’or des Whites

En mars 1961, arrive l’homme qui va permettre de faire rentrer Leeds dans le panthéon du football anglais : Don Revie. Ses débuts sont difficiles et les problèmes sportifs et financiers sont nombreux, mais il arrivera tout de même à éviter la descente en troisième division. Il arrivera même à faire remonter le club dans l’élite anglaise en 1964 en instaurant une politique de formation de jeunes joueurs dont sortiront des légendes du club telles que Billy Bremner, Jack Charlton ou encore Peter Lorimer. Entre 1965 et 1974, le Leeds United de Revie termine systématiquement à l’une des quatre premières places du championnat anglais et remporte deux titres de champions en 1969 et 1974, une FA Cup en 1972, une League Cup en 1968 et deux Coupes de Villes de Foires (ancêtre de l’Europa League) en 1968 et 1971.

Pourtant cette période ne sera pas uniquement le fruit de succès pour les Whites, il sera aussi le fruit de nombreuses désillusions, comme par exemple cette finale de Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe en 1973 contre l’AC Milan. Sans Bremner, Giles ou encore Allan Clarke, le vestiaire étant marqué par des rumeurs annonçant le départ de Don Revie pour Everton (offre qu’il aurait acceptée une heure avant le match), l’atmosphère était loin d’être au beau fixe. Leeds perdra cette finale 1-0 sur un but de Luciano Chiarugi, mais avec de nombreuses controverses : de nombreuses fautes non sifflées, deux penaltys refusés, ainsi qu’une expulsion de Norman Hunter en fin de match. L’UEFA après ce match suspendra à vie l’arbitre du match, le grec Christos Michas.

Milan-Leeds (source : Colorsport)

Finalement après ce match, Don Revie reviendra sur sa décision et ne quittera le club que la saison suivante pour la sélection anglaise, un deuxième titre de Première Division dans la poche. La fin d’une grande histoire pour cet ancien international, qui aura fait rentrer dans l’histoire cette petite équipe de la troisième plus grande ville d’Angleterre. Adulés par beaucoup pour sa solidité et son jeu fluide sur les ailes, critiqués par d’autres (tels que Brian Clough, légendaire manager de Nottingham Forest) pour son kick and rush ainsi que ses fautes grossières, le jeu proposé par ses Whites n’aura jamais laissé indiffèrent, et c’est sûrement pour cela qu’il est entré dans l’histoire.

Traversée du désert puis retour aux sommets

En octobre 1988, alors que l’équipe n’est classée que 21e en deuxième division, Billy Bremner est remercié. Il est immédiatement remplacé par Howard Wilkinson qui réussit là où les anciennes gloires du club avaient échoué : faire remonter Leeds en première division. Il atteint cet objectif au terme de la saison 1989-1990.

Wilkinson arrivera à reconstruire l’équipe en très peu de temps, notamment en signant des joueurs de renom, tels que Gary McAllister, Gordon Stratchan ou encore un certain Eric Cantona. Ces nouvelles arrivées les mèneront à une quatrième place la saison suivante, pour ensuite remporter le championnat en 1992.

 

Leeds fêtant le titre (source : Planet Football)

Inconstance et grandeur européenne 

Cependant, le club restera très inconstant dans les années suivantes (17ème en 1993, 5ème en 1994 et 1995, 13ème en 1996) malgré la signature de joueurs marquants tels que Jimmy Floyd Hasselbaink, ainsi que l’éclosion de Alan Smith, formé au club. Arrive sur le banc en 1998 David O’Leary, joueur le plus capé de l’histoire d’Arsenal, qui arrive à faire monter Leeds à la 3e place dès sa première saison. Ils feront aussi la même année une superbe épopée en Coupe de l’UEFA, éliminés aux portes de la Finale, par le Galatasaray.

Par ailleurs, c’est lors de cette double confrontation que Leeds est secoué par la mort de deux de ses supporters, poignardés à  Istanbul avant le match. Depuis, une grande rivalité est née entre les deux clubs et une minute de silence est faite à chaque match dont la date est la plus proche de celle de ce tragique événement.

La saison suivante, Leeds effectuera un parcours de qualité en Premier League et en Ligue des Champions, éliminant des équipes telles que Barcelone ou encore le Deportivo, grand favori à l’époque. Malheureusement pour eux, leur fantastique parcours se terminera encore aux portes de la Finale, battus 3-0 au Mestalla du FC Valence.

Valence-Leeds (source : SO FOOT)

En 2001-2002, le club finit 5e (le dernier top 5 à ce jour de l’équipe en PL). Leeds rate donc d’un point la qualification pour la C1, économiquement très importante pour le club. En effet, à force d’enchaîner les signatures de nombreuses stars, comme Olivier Dacourt, Mark Viduka ou encore Robbie Keane, le club aura fini par s’endetter petit à petit. Ce qui forcera donc Leeds à réaliser le transfert le plus important du club côté départs, avec la vente de Rio Ferdinand à Manchester contre la somme de 36 millions d’euros. Départ qui va pousser celui de David O’Leary à quitter ses fonctions d’entraîneur à la fin de la saison.

La chute de Leeds United

Avec le départ du technicien irlandais, ainsi que de nombreux joueurs, Leeds coule. Après une 15e place en 2003, le club sera finalement relégué en Championship en 2004. Ils ne seront pas arrivés à remonter la tête autant sportivement que financièrement.

Les Whites arriveront plutôt vite à remonter la tête, accrochant une 5e place en championnat, ainsi qu’une finale de play-offs, perdue contre Watford. Pourtant cette saison ne sera qu’un coup d’éclat, la suivante étant catastrophique. Le début de saison est difficile, l’entraîneur sera renvoyé, des joueurs importants quitteront encore une fois Leeds, comme Matthew Kilgallon. Le retrait de 10 points dû à leurs nombreuses dettes sera le coup de trop, le club étant relégué en League One, troisième échelon anglais. Une première dans l’histoire du club.

Leeds commencera la saison suivante avec 15 points de pénalité, pour les mêmes raisons financières. Cela ne leur empêchera pas de décrocher la 5e place, et d’atteindre la finale des play-offs, cette fois perdue contre Doncaster. Après un nouvel échec en barrages la saison suivante, Leeds fera une saison 2009-2010 exceptionnelle, éliminant leurs rivaux de Manchester en FA Cup, ainsi qu’en arrachant à la dernière journée une deuxième place, synonyme de remontée en Championship.

Jermaine Beckford, grand artisan de la remontée en Championship
(source : leedsunited.com)

Aujourd’hui : objectif PL avec Bielsa 

Les saisons suivantes verront une stabilité sportive, pointant le plus souvent en milieu de tableau. Cependant l’instabilité règne toujours dans l’administration, faisant partir de nombreux cadres, comme Snoodgrass ou encore Bradley Johnson, la banque émirate GFH Capital rachetant le club en 2012, puis à nouveau rachetée par Massimiliano Celino trois ans plus tard.

La gestion désastreuse mise de côté, Leeds aspire à revenir dans l’élite anglaise : la Premier League. Pour cela, les Whites ont réussi un coup de maître : faire venir Marcelo Bielsa. El Loco reste très critiqué en Europe, pour son tempérament, mais aussi pour ses dernières expériences. Son départ de Marseille, son abandon de la Lazio, son échec à Lille, les dernières années de l’argentin restent chaotiques. Malgré tout, il reste un génie tactique hors pair. Adulé par Guardiola et Pochettino, bourreau de travail, regardant des milliers d’heures de vidéos afin de mieux connaître ses joueurs, le natif de Rosario peut être l’entraîneur qui peut faire remonter Leeds aux sommets de l’Angleterre.

Un objectif qui est pour le moment sur la bonne voie. En effet, ils sont à la 4e place du Championship après 13 journées de championnat, synonyme de play-offs. Menée par le roc suédois Pontus Jansson, le milieu central polonais Mateusz Klich, pièce maîtresse du 3-3-3-1 de Marcelo Bielsa, ainsi que le milieu offensif Kemar Roofe, les hommes du technicien argentin auront pour objectif (si cela se confirme) de briser la malédiction en play-offs. Pourquoi pas cette année ?

Bielsa sur le banc d’Elland Road (source : Eastern Daily Press)

Le match référence 

Nous allons rester dans le thème de la Ligue des Champions, et encore une fois une Finale, et encore une fois avec le Bayern Munich. Nous sommes le 28 mai 1975, au Parc des Princes. C’est un peu par chance que Leeds se retrouve à ce stade de la compétition, l’équipe étant vieillissante, et ayant fini cette saison 10e du championnat. Pourtant ils auront su se défaire du FC Zurich, d’Ujpest, d’Anderlecht ainsi que du Barca pour réaliser leur objectif final : remporter la Ligue des Champions.

Pour ce faire, ils n’ont plus qu’un adversaire à battre : le Bayern Munich. Menée par Hoeness, Beckenbauer ou encore Gerd Muller, les allemands sont en Finale pour la deuxième fois consécutive, ayant battu l’Atletico l’année précédente. Le défi semble impossible à relever, mais pas le choix, il n’y aura plus d’autres occasions pareilles pour les Whites.

Malheureusement pour Leeds, ils n’arriveront pas à réaliser l’exploit, trop forts, et surtout pas aidés par un mauvais arbitrage du français Michel Kitabidjian, ils s’inclineront 2-0 sur des buts de Franz Roth et de l’inévitable Gerd Muller. Ce résultat déchaînera la colère des supporters, étant responsables de violences dans le stade ainsi que sur le terrain. Cela aura des lourdes conséquences pour le club, étant condamné à 3 ans d’interdiction de participation à une compétition européenne. Une interdiction qui a pu être aussi une des raisons de leur déclin dans les années 80.

(source des highlights : British Movietone)

Le match entier sur : https://footballia.net/fr/matchs-complets/bayern-munchen-leeds-united

Le joueur emblématique

Nous allons cette fois parler du milieu irlandais Johnny Giles, réputé pour être l’un des plus grands joueurs irlandais de tous les temps. Arrivant en 1956 chez les jeunes de Manchester United, il se voit arriver en équipe première, équipe en reconstruction après le crash aérien de Munich. Le temps d’une première sélection avec l’équipe d’Irlande, alors qu’il n’a pas encore 19 ans. Devenant un membre important du milieu de terrain mancunien avec Bobby Charlton et Denis Law, il demandera un transfert chez le (pas encore sportivement) rival : Leeds United. Ce transfert aura bien lieu, pour la modique somme de 33 000 livres. Giles commence à devenir l’un des meilleurs milieux d’Angleterre, formant un duo exceptionnel avec Billy Bremner, l’irlandais étant le créateur du jeu, et l’écossais le récupérateur de ballons.

Pourtant, Johnny commence aussi à se faire une réputation de joueur dur, voire violent sur le terrain, étant responsable de nombreuses blessures chez l’adversaire. Qu’importe, les saisons se suivent et se ressemblent, il est toujours aussi étincelant, et Leeds grimpe les sommets de l’Angleterre. La retraite de Jack Charlton en 1973 fait de lui le vétéran de l’équipe, mais aussi à de nouveaux horizons, en devenant la même année, de l’Equipe d’Irlande. L’année suivante, Leeds remporte à nouveau le championnat, avec une superbe série de 24 matchs sans défaite.

Pourtant, l’atmosphère devient de plus en plus mauvaise, le départ de Don Revie n’aidant pas. L’irlandais est d’ailleurs pointé du doigt, vu comme le principal responsable de son départ. Cependant, le nouveau sélectionneur de l’Angleterre n’en tient pas rigueur, et conseille aux dirigeant de le nommer comme nouveau manager de l’équipe, commençant à s’approcher de la retraite. Les dirigeants n’en feront rien, et nommeront Brian Clough (alors à l’époque pas encore pas passé par Nottingham) à la tête de l’équipe.

Cette annonce intensifie les tensions, Clough ayant critiqué par le passé le jeu de Leeds. Il partira 44 jours plus tard. Malgré cette fâcheuse histoire, les dirigeants ne nommeront toujours pas l’irlandais, et nommeront à sa place un certain Jimmy Armfield, qui les mènera en Finale de Ligue des Champions.

Après ça, il acceptera une offre d’entraîneur-joueur vers West Bromwich Albion, tout en restant sélectionneur de l’équipe irlandaise (où il restera jusqu’en 1980). L’une des grandes légendes du club s’en va donc, après 12 ans au club, 383 matchs et 88 buts. Un joueur dont on prierait pour qu’il relance Leeds aux sommets.

John Giles (source : Offtheball.com)