Nouveau pays, nouvelle mise en forme. Dans la suite de cette saga à la recherche de ces clubs ayant derrière eux un passé prestigieux, nous quittons l’Angleterre pour l’Espagne et le Real Saragosse.

Dans ce sixième épisode, nous rejoignons l’Espagne par la Communauté (nom donné pour région) d’Aragon, coincé entre Catalogne et Navarre. Nous nous dirigeons plus précisément par sa capitale, Saragosse. Connue pour sa majestueuse basilique, la ville est aussi connue pour son club de football : le Real Saragosse. Selon une étude réalisée en 2007, 2,7% de la population espagnole est supporter du club, ce qui en fait la 7ème équipe la plus supportée du pays. Deux fois vainqueurs d’une coupe européenne, nous allons découvrir ensemble ce que deviennent les Blancos (surnom des supporters), aujourd’hui pensionnaires de Liga 1|2|3.

Une fondation difficile 

Fondé en 1932, le club connaîtra des débuts difficiles, marquées par un contexte politique épineux. En effet, la Guerre d’Espagne entre les nationalistes de Franco et les républicains stopperont net toute activités sportives. Après cette période sombre pour le pays, le football peut reprendre ses droits. Cependant cette trêve forcée ne profitera pas au Real, de nombreuses dettes financières plombant le club. Ce qui forcera même à quitter son stade originel du Torrero pour rejoindre la Romareda, moins cher à entretenir, mais qui sera toujours là de nos jours.

La Romareda, antre des Blancos depuis 1957 (Crédits : Diegocarcaszgz)

Los Magníficos : une équipe exceptionnelle mais trop oubliée

Les années qui suivent ce déménagement coïncide avec une période faste pour le club qui fait signer de nombreux joueurs et lui rapportera ses premiers succès.

Cette période, qui durera tout le long des années 60 est due, comme dit précédemment, à de nombreux joueurs qui formeront une équipe. Cette équipe sera surnommée Los Magníficos (Les Magnifiques). Ces Magnifiques seront composés d’une attaque de feu en WM, tactique composée de trois défenseurs, deux demis (milieux centraux), deux inters (milieux offensifs) et trois attaquants. Son nom est dû au fait que le schéma forme les lettres « W » et « M ». Un 3-2-2-3 en somme.

Nous pouvons commencer par l’ailier droit brésilien Canario, excellent dribbleur, mais qui restera dans l’ombre de Garrincha à l’international. Le grand 8 de l’équipe sera Eleuterio Santos, joueur complet, doté de qualités physiques et techniques exceptionnelles, il est aussi un véritable guerrier, devenant ainsi le chouchou du public. L’aile gauche est occupée par Juan Manuel Villa, rejeté par le grand Real Madrid et qui provoquera bien des regrets du côté de la capitale. L’attaque, elle, est composée de deux joueurs : Marcelino Martinez, auteur du but vainqueur lors de la finale de l’Euro 1964 contre l’URSS, et de Carlos Lapetra, sa finition exceptionnelle aidant à se construire une réputation d’un des meilleurs joueurs du monde.

Le quintet des Magnificos, non ce n’est pas un groupe de musique latine (Crédits : Heraldo)

Cette fabuleuse attaque, doublée d’une défense solide, mènera Saragosse sur les plus hautes marches espagnoles, en terminant chaque saison dans les cinq premiers du championnat entre 1961 et 1969. Ils remporteront aussi leurs premiers trophées, avec deux Copa del Rey en 1964 et 1966. Les Blancos feront aussi de nombreux exploits sur le plan européen, mais nous y reviendrons.

(Crédits : RBC)

 

Résumé de la finale de Copa del Rey 1964 contre l’Atletico Madrid (crédits : WireRed)

Los Zaraguayos, un futur gâché 

Le départ de quelques joueurs phares du club marque la fin des Magnificos et coïncide avec une baisse de régime des Aragonais à la fin des années 1960. Cependant, malgré l’absence de succès, le jeu proposé par les Aragonais reste toujours aussi intéressant et spectaculaire. Cela est notamment dû à l’importante présence de sud-américains sur le bord du fleuve de l’Ebre. Une nouvelle équipe semble naître à Saragosse : Los Zaraguayos, nom donné au grand nombre de paraguayens et d’uruguayens qui composent l’équipe.

Los Zaraguayos, ou une énième preuve que le football sudaméricain veut dire beau jeu (Crédits : Federación de Peñas del Real Zaragoza)
Cette équipe atteindra la troisième  place du championnat en 1974, ainsi qu’un place de vice-champion l’année
suivante, meilleure place de l’histoire du club d’ailleurs). Pourtant, alors que le club semble sortir la tête de l’eau, l’élan sud-américain sera très vite stoppé. Après une 14ème place en 1976, les Blancos seront relégués la saison suivante. Même si l’escale dans l’antichambre du football espagnol ne dure qu’une année, le club aura bien du mal à se relever et restera dans le ventre mou de la Liga.

Une entrée au XXIème siècle meurtrière

Après un passage aux années 90 reposant surtout sur des succès européens, le début des années 2000 sera très prometteur pour les Blancos. Une belle quatrième place en 2000, due au goleador serbe Savo Milosevic et une Copa del Rey en 2001 ont l’air de remettre Saragosse sur les rails. Pourtant les espoirs seront encore détruits, car ils seront encore relégués la saison suivante.

De retour dans l’élite en 2006, le club sera racheté par l’homme d’affaires aragonnais Agapito Iglesias. Son objectif étant de faire du Real une des plus grandes équipes d’Europe. Pour ce faire, il va faire appel à son plus fidèle compagnon : son chéquier. Il va signer en deux ans : le milieu offensif Pablo Aimar et le défenseur central Roberto Ayala (tous deux argentins provenant de Valence), le dribbleur argentin Andres d’Alessandro (Portsmouth), le goleador brésilien Ricardo Oliveira (AC Milan), le milieu défensif français Peter Luccin et Gabi, qui n’avait pas encore la réputation de joueur emblématique de l’Atletico Madrid.

Réaction des grands clubs de Liga à ces transferts, allégorie (crédits : Scientific Park)

Pourtant, malgré une année 2007 ponctuée d’une très bonne sixième place, la saison suivante sera catastrophique. En plus d’un échec au Premier Tour de la Coupe UEFA contre l’Aris Salonique (Grèce), Saragosse sera reléguée à la surprise générale en Segunda Division. Un tour de force exceptionnel qui nous fera penser en France au RC Lens, relégué la même saison, et avec la même déception.

Tant de bons joueurs et déception en une seule image, on dirait Monaco (Crédit : Heraldo)

En Europe : un meilleur palmarès qu’au pays 

L’histoire du Real Saragosse est bien plus couronnée de succès sur le plan européen que sur le plan national. Cela commencera avec l’ère des Magnificos, remportant une Coupe des Villes de Foires en 1964 contre Valence, ainsi qu’une finale perdue contre le Barca deux ans plus tard. Entre deux, les Blancos feront un très beau parcours dans une autre compétition disparue : la Coupe des Coupes, où ils n’atteindront que les demies-finales, perdues contre West Ham.

L’histoire d’amour entre la Coupe des Coupes et les aragonnais ne se terminera pas là, loin de là. Après avoir atteint une nouvelle fois les demies-finales en 1987 contre l’Ajax Amsterdam, le club trouvera enfin son graal en 1995 au Parc des Princes face au géant londonien d’Arsenal, dans un match que nous vous décrirons plus bas.

Résumés des demies-finales de la Coupe des Coupes contre l’Ajax Amsterdam (Crédits : sp1873)

De nos jours : mi-catastrophe, mi-remontée

Le Real Saragosse n’est pas au bout de ses déconvenues. En effet, après une énième relégation en 2013, le club frôle la banqueroute en 2014, la baisse des revenus télé/billetterie n’aidant pas à la situation financière du club. Le nombre d’abonnés baissera lui aussi fortement, en raison du prix élevé ainsi que du mécontentement dû à la mauvaise gestion du club. Heureusement pour eux, le 24 juillet 2014, la Fundación Zaragoza 2032, un groupe d’investisseurs de la région, rachète toutes les parts détenues par Agapito Iglesias et deviennent les principaux actionnaires du club. Ils nommeront comme président Christian Lapetra, fils du joueur formant les Magnificos, Carlos Lapetra.
Les saisons suivantes en Segunda Division seront elles aussi irrégulières sur le plan sportif. Un coup en finale de barrages pour la montée, un coup 16ème du championnat. Zaragoza a énormément de mal à remonter en Liga. Les Blancos ont encore raté le coche la saison dernière alors qu’ils étaient les favoris pour la montée. Menés par Natxo Gonzalez sur le banc, ainsi que par le buteur Borja Iglesias, l’équipe atteindra la troisième place du championnat, synonyme de barrages. Barrages qu’ils perdront en demies-finales contre Numancia.
Même si la saison précédente n’a pas tenue toute ses promesses, peut-on espérer mieux de celle-ci ? Vous pouvez vous gratter. Natxo Gonzalez est parti entraîner le Deportivo, pourtant relégué la saison passée. Borja Iglesias était prêté par le Celta Vigo et a signé à l’Espanyol Barcelone, rivalisant actuellement avec Messi et Suarez pour le titre de Pichichi (meilleur buteur de Liga).
Saragosse est actuellement 16ème du championnat, à un point du premier relégable, et semble bien parti pour vivre une année galère, après avoir viré son entraîneur, Imanol Idiakez. Encore une.

Le match référence 

Comme dit précédemment, nous allons parler de la finale de la Coupe des Coupes 1995 contre Arsenal au Parc des Princes. Pour contextualiser un peu, les années 90 ne sont pas la meilleure période du Real. D’abord finaliste malheureux de la Copa del Rey en 1993 face au Real Madrid, Saragosse récidive l’année suivante. Face au Celta Vigo, les Blancos doivent attendre la séance des penaltys pour soulever leur quatrième Copa et s’autoriser à rêver d’un énième beau parcours européen.

L’aventure commence par une série de déplacements. Avec une enceinte en travaux, le Real Saragosse battra au premier tour les Roumains de Gloria Bistrita, puis en huitièmes les Slovaques du FC Tartan Presov à Mestalla, enceinte du FC Valence. Se succédera un 3-0 face à Chelsea en demies. Le retour se conclut par une défaite 3-1, qui leur ouvre quand même les portes de la finale.

Résumés des deux demies-finales contre Chelsea (Crédits : CanalPSG et rafaru2002)

Saragosse fait figure d’outsider face à un Arsenal composé de David Seaman, Tony Adams ou encore Ian Wright. Cette prétendue différence de niveau sera balayée, le buteur argentin Juan Eduardo Esnaider ouvrant le score à la 68ème minute. Le Gallois John Hartson égalisant à la 76ème. L’ambiance de cette soirée est d’ailleurs peu commune. Esnaider s’en rappelle : «  J’essayais de déconcentrer Adams par tous les subterfuges mais il remportait chaque duel. Je l’insultais, je lui crachais dessus, mais il ne me comprenait pas. Je lui mettais de vilains coups et lui me serrait la main  ». Imperturbable, la défense anglaise le reste jusqu’à la dernière minute de la prolongation.

Dernière minute ? Pas tout à fait, car c’est le moment choisi par Nayim, isolé sur l’aile droite de tirer un obus dans les cages d’un David Seaman, très avancé. Deux secondes plus tard, le ballon finit dans le but, la Coupe des Coupes est pour Saragosse et Seaman ne semble avoir toujours rien compris à ce qu’il s’était passé. Un moment que l’on aimerait revoir à Saragosse.

(Crédits : TJS Sports)