Si le football est sacré en Angleterre, la passion ne s’arrête pas aux clubs de Premier League. À l’heure où le football business triomphe, il reste des équipes où la passion du jeu prime sur tout, loin des pelouses parfaites et des salaires mirobolants.

La définition même de ce football se trouve entre Burnley et Blackburn, dans un club de troisième division qui sort d’outre-tombe : Accrington Stanley. Retour sur le parcours extraordinaire d’un club peu médiatisé.

Une histoire très compliquée

Le club d’Accrington a une histoire des plus anciennes semée d’embûches. Trois équipes se succéderont au fil du temps. Fondé en 1876, le premier club est l’un des 12 membres fondateurs du championnat anglais. Participant à la toute première édition, Accrington finit huitième et reste cinq saisons dans l’élite avant de descendre et disparaître du paysage national.

Le problème que le club rencontre déjà dans l’élite l’a poursuit jusqu’aujourd’hui : l’argent. Dans les années 1890, face à des équipes qui se transforment déjà en écuries comme Everton ou Blackburn, Accrington fait office de petit poucet et se trouve dans l’incapacité de concurrencer.

Le président met la clé sous la porte dès 1896. 5 ans plus tôt, un autre club nait à Accrington, devenant en 1896 l’unique équipe du championnat. Avec un niveau modeste, l’équipe tient de 1921 à 1962 dans la Football League (4 premières divisions du championnat).

Mais de nouvelles dettes enterrent le club en 1966. Deux ans plus tard apparaît alors Accrington Stanley, repris en main par ses supporters, qui gravit à nouveau les échelons.

Un stade en ruine après la liquidation du club en 1966. (Crédits Photo : Accrington Observer)

De retour en Football League en 2006, Accrington a fait l’exploit de monter en troisième division l’année dernière. Un retour inespéré.

La D3, un véritable exploit pour un club très modeste

La saison 2017/2018 a été un vrai conte de fée pour Accrington. Après avoir échoué en Play-Offs en 2011 et en 2016 et sortant d’une saison 2016/2017 en demi-teinte (treizième sur 24 équipes), les Red and White ont réalisé un exploit sans précédent.

Remportant le championnat avec 93 points, les joueurs évitent ainsi les play-offs et débarquent en troisième division. En étant le vingt-troisième budget de D4, rien que ça.

La consécration d’une excellente année (Crédit Photo : Sky Sports)

Et malgré ce problème financier qui a empêché le club d’apporter du sang frais dans les rangs pour concurrencer des Sunderland ou des Portsmouth, Accrington est en train de bluffer tout le monde en ce moment. Alors que le maintien serait considéré comme miraculeux à la fin de la saison, l’équipe se tient en ce moment à 4 points devant la zone rouge, avec un match de retard. Quinzième, elle a encore 12 matchs pour tenir.

Les Red and White déjouent vraiment les pronostics cette saison. Se hissant jusqu’au quatrième tour de la FA Cup, ils se sont offert l’équipe de D2 Ipswich Town par un but de Billy Kee avant de tomber sur Derby County et perdre 1-0. Le début de saison était même idyllique avec 9 matchs d’affilées sans une seule défaite. Dernièrement, ils ont sorti de belles prestations avec une victoire 4-2 contre Oxford et un match nul contre Sunderland.

Accrington est également à 14 points des play-offs. La montée, quelque chose à espérer ? Pas vraiment, en fait. Du moins, pas tout de suite. La Championship est très ancrée dans le football business, y aller est suicidaire pour un club aussi modeste financièrement qu’Accrington. L’objectif est donc plus de se pérenniser en division 3, ce qui serait déjà un miracle.

Financièrement, Accrington respire enfin. Il y a quelques années encore, les joueurs pouvant être vendu partaient comme des petits pains. Aujourd’hui, le club peut enfin se permettre de refuser des offres. Le stade bénéficie également du mieux financier, une tribune a été refaite à neuf il y a quelques temps.

De plus, des joueurs commencent à émerger. Jordan Clark a été annoncé comme le nouveau joueur pouvant partir pour 1 million de pounds. À côté de lui, le tout fin Daniel Barlaser (1m84 pour moins de 70 kg), tout droit sorti de Newcastle United, est en train de devenir un très bon n°10. Très technique et persévérant, il a marqué le premier but de sa carrière la semaine dernière. Sans oublier les stars Billy Kee (un monstre offensif avec 73 buts pour le club), le très puissant capitaine et ailier Sean McConville (200 matchs avec les Reds and White) et le très costaud défenseur Mark Hughes (plus de 100 matchs pour Accrington), qui a fait ses classes et a joué à Everton. Sans oublier, les jeunes Ross Sykes (19 ans) et Liam Gibson qui vient comme Barlaser de Newcastle (21 ans).

Le superbe but de Daniel Barlaser, son premier professionnel, la semaine dernière (Crédit Twitter : Sporting Life Football).

La passion avant le business

Malgré cette excellente saison en D3, Accrington ne peut pas se permettre d’offrir des salaires mirobolants à ses joueurs. Le collectif est conscient de cela mais préfère rester. L’amour du maillot surpasse l’appât du gain. Mais pourquoi ?

Accrington dispose d’un état d’esprit unique. L’équipe est dotée d’une rage de vaincre incroyable, avec des joueurs qui mouillent le maillot à chaque rencontre. Des joueurs qui pour la plupart ont sacrifié des salaires et des offres beaucoup plus alléchantes pour privilégier le projet du club : le maintien coûte que coûte.

Le club bénéficie également d’un public très fidèle, rare en Angleterre. Malgré la proximité avec Blackburn, Burnley ou même Manchester qui est à 40 kilomètres, les matchs d’Accrington sont assez remplis (sans être plein). Le kop fait vibrer le modeste Wham Stadium (5000 places) tout le long de la rencontre.

Un public assidu et nombreux (Crédit Photo : Lancashire Telegraph)

C’est donc une véritable cohésion, sur le terrain comme dans les tribunes qui soude le club, pour aller de l’avant.

Accrington est donc un club unique, la définition même de la beauté du football : une équipe vieille de 140 ans qui a connu de nombreuses crises, mais qui connaît un renouveau depuis quelques années avec des joueurs qui mouillent toujours le maillot pour l’amour du club, ainsi qu’un public fidèle et bruyant. La cohésion qui fait aimer le foot.