Dimanche, l’Atlético Madrid féminine affrontera la Real Sociedad pour la dernière journée du championnat. Avec trois points d’avance sur le FC Barcelone, les Colchoneras seront très probablement sacrées championne à l’issue du match, grâce notamment à la solidité de sa défense.

Hier soir, cinq millions de téléspectateurs étaient devant leur télévision pour voir Corinne Diacre dévoiler la liste des 23 joueuses qui défendront les couleurs tricolores à la Coupe du Monde en France en juin prochain. Une liste avec quelques noms qui peuvent raisonner comme des surprises, et d’autres qui coulent de source. C’est le cas de celui d’Aïssatou Tounkara. Auteure d’une saison pleine avec l’Atlético, l’internationale tricolore sera un élément clé de l’arrière-garde française lors du Mondial. Retour sur un parcours déjà brillant, qui fut pourtant semé d’embûches.

Une blessure qui aurait pu tout changer… mais non

Le 7 mars 2018, l’Équipe de France féminine affrontait l’Allemagne dans le cadre de la troisième et dernière journée de la She Believes Cup, un tournoi amical qui réunit les quatre meilleures nations au classement mondial et qui se déroule chaque année aux États-Unis. Les quatre participants de l’édition 2018 sont les États-Unis, la France, l’Allemagne et l’Angleterre. 

Dernières au classement après leur défaite face à l’Angleterre (4-1) et le match nul concédé face aux États-Unis (1-1), les Françaises veulent rentrer au pays sur une bonne note. Cela passe par une victoire face à l’Allemagne, troisième au classement.

Durant ce match, les Bleues réalisent la partition parfaite et s’imposent largement 3 buts à 0 sur leurs homologues allemandes, mais ressortent du terrain la tête basse. Non pas car elles n’ont pas remporté ce mini-championnat, mais car une leur coéquipière, Aïssatou Tounkara, a été gravement blessée et a dû sortir sur civière juste avant la pause suite à un choc avec la joueuse allemande de l’Olympique Lyonnais Dzsenifer Marozsan. Verdict : double fracture ouverte du tibia-péroné, et des rêves qui s’envolent. 

Mais la défenseure centrale a un mental d’acier et une motivation à toute épreuve. En effet, elle effectue une rééducation intensive à Clairefontaine et revient, à peine six mois plus tard, sur les terrains. Mieux, elle fait son retour avec l’Équipe de France dès le mois d’octobre. Forte de sa jeunesse fougueuse et débordante (24 ans), Tounkara fait un retour inespéré et montre sa force de caractère. 

« Je n’ai pas de chance. Je revenais déjà de blessure, et il m’arrive ça. Mais avec le recul, quand tu penses aux mois de galère, sans pouvoir marcher normalement ou à regarder les copines jouer, tu relativises et tu te plains moins. Et il valait mieux que ça tombe là plutôt que maintenant. »

Aïssatou Tounkara

« Partir pour revenir encore plus fort ». Cette expression résume parfaitement le retour au sommet de Tounkara. Ce n’est peut être donc pas un hasard si l’ancienne parisienne a rejoint à l’été 2018, alors qu’elle était en pleine convalescence, l’Atlético Madrid. Un club qui symbolise depuis de nombreuses années déjà des valeurs de courage et de détermination, dans l’esprit du cholo Simeone. Un incroyable come-back réalisé grâce à des mois et des mois de sacrifices et de séances intensives dans les locaux de Clairefontaine, mais pas seulement. 

Le soutien inconditionnel de Diacre

« Après une grave blessure comme celle-là, on revient plus fort mentalement. Et comme Aïssatou avait déjà une grosse force mentale, là, elle est décuplée. Je trouve aussi qu’elle a fait des progrès techniques. »

Corinne Diacre évoque le spectaculaire retour de blessure de sa défenseure, et justifie son retour en EDF.

Entre Tounkara et Diacre, le courant semble bien passer. On pourrait même dire que leur relation est très bonne. En effet, la sélectionneure de l’Équipe de France féminine Corinne Diacre semble accorder une confiance aveugle à sa joueuse, comme le montre le fait qu’elle l’ait convoqué dès son retour de blessure. Une situation rare dans le football.

« J’étais surprise car je viens à peine de reprendre avec l’Atlético. C’est une grande marque de confiance. »

Aïssatou Tounkara ne cache pas sa joie et sa fierté de retrouver aussi tôt l’Équipe de France.

Mais cette confiance, Tounkara la mérite amplement, de par le courage et la détermination dont elle a fait preuve pour revenir au plus haut niveau en si peu de temps. Rares sont les sportifs qui se remettent aussi bien d’une telle blessure et à revenir au niveau qui était le leur. Ici, la joueuse semble être revenue encore meilleure.

Seule représentante du championnat espagnol

Tout est dans le titre : Tounkara est la seule joueuse de la liste de Corinne Diacre à évoluer dans le championnat d’Espagne. Un chiffre pas très étonnant, étant donné que seuls trois françaises jouent en Espagne : Kheira Hamraoui (FC Barcelone), Aurélie Kaci (Atlético Madrid) et donc sa coéquipière Aïssatou Tounkara. 

Même si Aurélie Kaci (29 ans) ne figurait pas parmi les sérieuses prétendantes pour participer au Mondial, Kheira Hamraoui, quant à elle, peut être déçue. Qualifiée pour la finale de la Ligue des Champions et titulaire indiscutable avec le Barça, l’ancienne parisienne prétendait à une place dans la fameuse liste. 

Titulaire dans une des meilleures équipes au monde, Kheira Hamraoui va manquer la Coupe du Monde qui aura lieu dans son pays (crédit photo : twitter @kheirahamraoui)

Au final, seule Tounkara quittera la péninsule ibérique pour rejoindre l’Équipe de France en juin prochain.

Une armoire à trophées déjà bien remplie…

U16, U17, U19, U20…Tounkara est passée par tous les échelons de l’Équipe de France
(crédit photo : Dave Winter/Icon Sport)

À seulement 24 ans, la Parisienne compte déjà un palmarès assez conséquent. En effet, elle a remporté la Coupe du Monde U17 avec l’Équipe de France en 2012, ainsi que le championnat d’Europe U19 l’année suivante.  Un palmarès déjà conséquent avec deux trophées des plus prestigieux et qui seront, selon toute vraisemblance, rejoints par un autre d’ici dimanche… Comme nous vous l’avons expliqué, l’Atlético Madrid féminin est sur le point de remporter le quatrième championnat d’Espagne de son histoire après ceux de 1990, 2017 et 2018.

Un simple match nul suffirait aux joueuses colchoneras pour être sacrée, alors que les joueuses du Barça se déplaceront dans les Îles Canaries pour y affronter Tenerife, quatrième. Mais attention, car si les Blaugranas remportent ce match, Tounkara et ses coéquipières n’auront pas le droit à l’erreur face à la Real Sociedad, classé sixième de la Liga Iberdrola. Tout reste donc encore ouvert, même si un retournement de situation paraît peu probable. Ce nouveau trophée viendrait remplir davantage le palmarès de Tounkara, qui arriverait ainsi au Mondial pleine de confiance. 

Quatre trophées à 24 ans, un début de carrière couronné de succès ! (crédit Twitter : @Aissatou75)

Aïssatou Tounkara représente donc bien plus qu’une simple stoppeuse. C’est un modèle de détermination pour tout sportif et sa mentalité de guerrière va faire beaucoup de bien au sein du vestiaire de l’Équipe de France, enfouie à d’incroyables contre-performances dans les grandes compétitions ces dernières années… Cette force de caractère va-t-elle permettre aux Françaises de créer la surprise ?