Pour rien au monde l’internationale allemande Alexandra Popp (Wolfsburg) n’aurait raté le quart de finale aller de Ligue des Championnes le 20 mars dernier contre l’Olympique Lyonnais. Défaites 2-1, les Louves conservent leurs chances de qualification. Le match retour sera bien plus qu’un quart de finale pour Popp : il s’agit de vaincre le signe indien et conquérir les trophées majeurs qui la fuient depuis 2016.

C’était le 24 mai dernier, sur la pelouse du stade Dynamo Lobanovski en Ukraine. Finale de Ligue des Championnes entre l’Olympique Lyonnais et le Wolfsburg FC. On joue la 95ème minute. Trois minutes plus tôt, Pernille Harder a ouvert le score, et donne l’avantage aux Allemandes, dans un match fermé, poussé jusqu’aux retranchements de la nuit. 95ème minute. Alexandra Popp fauche Delphine Cascarino, écope d’un second carton jaune et est expulsée. Les Allemandes se retrouvent à 10 contre 11 pour terminer les deux prolongations. La suite… Elles encaisseront quatre buts et s’inclineront pour la deuxième fois en finale de Ligue des Championnes, contre Lyon, encore et toujours Lyon.

La finale de Ligue des Championnes 2018 a laissé un souvenir amer à Alexandra Popp expulsée pour une faute sur Delphine Cascarino. Wolfsburg encaisse 4 buts dans la foulée et s’incline (Crédit vidéo : Youtube VfL Wolfsburg)

Que se serait-il passé si l’attaquante allemande n’avait pas déboulé dans les jambes de Cascarino ? Cet épisode, Alexandra Popp dit l’avoir digéré. Les Louves retrouvent les « Lyonnes » en quart de finale de Ligue des Championnes, avec pour seule obsession : vaincre. Vaincre. Vaincre. Et Popp, plus que les autres. Popp plus que les autres car la native de Witten (ville allemande de la Ruhr) doit briser le signe indien qui plane sur son crâne blond depuis la victoire aux Jeux Olympiques de 2016. Au journal DW, elle dit :

« Mir fehlt zwar auch noch der Europameisterschaftstitel, zweimal bin ich bei EM-Turnieren aufgrund von Verletzungen ausgefallen. »


« Je manque toujours le titre de champion d’Europe, deux fois j’ai échoué dans les tournois du championnat d’Europe à cause de blessures. »

Alexandra Popp (DW) le 5 janvier dernier

En d’autres termes, trois ans qu’Alexandra Popp n’a plus remporté de titre majeur, ni avec la Mannschaft, ni avec Wolfsburg. Côté sélection, elle a manqué les deux derniers Euros, pour cause de blessure. Côté VFL Wolfsburg, Popp était de la partie pour remporter les deux titres de Ligue des Championnes (2013 et 2014). Mais ça remontent à loin maintenant. Les deux finales suivantes (2016 et 2018), elle les a jouées et perdues. Et le titre européen remporté en 2009 par le FCR Duisbourg, son premier club ? Un souvenir plus ancien encore. C’était avant que la Ligue des Championnes n’existe dans le format que l’on connaît.

Popp, vers le sommet sans atteindre les cimes

Alexandra Popp a déboulé sur la scène footballistique en 2010. Cette année-là, elle remporte devant son public la Coupe du Monde U20, inscrivant 10 buts lors de la compétition, dont un en finale contre le Nigéria. Cette année-là aussi, elle reçoit le Ballon d’Or Adidas, qui récompense la meilleure joueuse, et le Soulier d’Or Adidas de la meilleure buteuse. Alexandra Popp, comme Dzsenifer Marozsan, font partie de ces promesses qui adviennent. Et c’est naturellement qu’elle rejoint en 2012 le Vfl Wolfsburg, ce qui se fait de mieux en matière de football allemand.

Alexandra Popp réalise une Coupe du Monde U20 de haute volée, avec 10 buts inscrits dont un en finale face au Nigéria, sur une passe décisive de Marozsan (Crédit vidéo : Youtube SportHistory2010)

La carrière de Popp marque un certain fléchissement depuis 2015. Elle reste une titulaire indiscutable de l’attaque allemande (à Wolfsburg comme au sein de la Nationalmannschaft), mais elle marque moins. Qu’elles semblent loin, désormais, les saisons à plus de dix buts en championnat (jusqu’à 14 en 2014/2015). Elle termine à six réalisations l’année dernière, en compte sept au compteur actuellement. Popp ne soigne pas ses stats. Et Wolfsburg ne s’en porte pas plus mal. Même si le Bayern Munich lui colle aux basques en championnat (41 points pour les deux équipes). Des buteuses, il y en a à la pelle chez les Verts. Pernille Harder, Ewa Pajor, Caroline Hansen… Pourquoi cette baisse de régime ?

Popp buteuse dans ce match contre Potsdam ne franchit plus, depuis quelques saisons, la barre des 10 buts en championnat… (Crédit Twitter : NDR Sport)

Popp, un destin allemand

Le destin de Popp est résolument allemand. Ses performances semblent suivre celles de la Nationalmannschaft. Depuis 2016 et leur titre olympique de Rio sur les terres de Marta, les Allemandes traversent des zones de turbulence : Euro 2017 décevant (défaite en quart de finale face au Danemark), She Believes Cup 2018 catastrophique (dernière place) et qualification pour le Mondial 2019 en France non sans frissons.

C’est d’ailleurs elle, Popp, qui secoue le cocotier lorsque la qualification pour la Coupe du Monde en France commence à tourner vinaigre avec cette défaite à domicile contre l’Islande (2-3, le 20 octobre 2017) :

« Nous sommes sous pression, ça ne fait aucun doute. On attend beaucoup plus de l’Allemagne. Nous nous devons donc de réagir après les récents événements. Depuis quelques mois, nous ne sommes pas au mieux. Le changement à la tête de l’équipe nous offre une autre perspective. Il faut retrouver notre jeu et repartir au plus vite dans la bonne direction. Indépendamment de notre situation actuelle, nous sommes dans l’obligation de remporter ces deux matches. […] On sent que l’équipe a envie de changer et qu’elle est prête à faire les sacrifices nécessaires. L’essentiel, c’est de retrouver une ligne de conduite claire. Il faut revenir aux fondamentaux et laisser de côté les gestes inutiles. Tout ce que nous avons à faire, c’est de bien analyser nos adversaires et d’appliquer les consignes sur le terrain. Il faut prendre ces matches avec calme et sérénité. […] » 

Alexandra Popp au micro de FIFA.com, avant les matches contre la République tchèque (7 avril 2018) et la Slovénie (10 avril 2018).

Le temps de la maturité

Dans cette jeune sélection nationale, Popp fait figure de vétérante, à moins de 28 ans. Du haut de ses 93 sélections et 44 buts, elle a des responsabilités, ne se défile pas :

«  Nous [Lena Goeßling et Dzsenifer Marozsan, NDLR] avons évidemment un rôle très important à jouer. Nous sommes là pour maintenir l’harmonie au sein du groupe, mais aussi pour montrer l’exemple dans certaines situations. Le cas échéant, nous pouvons aussi rappeler à l’ordre telle ou telle joueuse. Mais au bout du compte, nous faisons partie d’un tout. Nous ne pouvons pas gagner le match toutes seules. Il faut retrouver notre cohésion, ce qui suppose que chacune d’entre nous soit prête à se battre pour les autres. Je sais que nous allons y arriver » 

Alexandra Popp (FIFA.com)

Pèse sur les épaules de Popp, une certaine gravité, la conscience que le destin allemand est autant au bout de ses crampons que sur celui de sa langue. Dans les mots qu’elle trouvera pour parler aux coéquipières, dans l’élan qu’elle saura insuffler à ses jeunes partenaires. Ce n’est pas pour rien que la nouvelle sélectionneuse allemande Martina Voss-Tecklenburg lui a confié le brassard de capitaine, délivrant ainsi Dzsenifer Marozsán de ce qu’elle considère comme un fardeau.

Qu’il est encombrant ce brassard. Et souvent, il ne fait pas bon ménage avec l’insouciance de l’attaquante, celles qui, tête légère, frappent au but. Ne penser à rien, à rien d’autre qu’à son tir, pas au précédent, pas au suivant. Ce tir-là. À cette seconde-là. Popp était de celles-là.

Le brassard de capitaine peut être lourd à porter. Maroszan a préféré le céder à Alexandra Popp (crédit photo : Lyon Mag)

À mesure que sa carrière avance, s’installe aussi le souci de l’équipe. Il est grand. Au journal DW, elle confie qu’elle ne marque pas autant qu’elle le souhaiterait. Il est vrai qu’on l’a fait évoluer dans des postes différents, ce qui ne facilite pas la tâche. Mais surtout : devant le but, elle pense trop. « Et ce n’est pas bon ». L’attaquante doit-elle penser à soi avant de penser aux autres ?

Sous le signe du loup

Le point d’équilibre entre ces deux contraires, Alexandra Popp le trouve dans sa fascination pour les meutes de loup. « Une meute est un groupe qui veille sur chacun de ses membres. Exactement comme une équipe. Cela me fascine » affirme-t-elle.

Les animaux occupent une place importante dans la vie de Popp. L’attaquante a passé un diplôme de gardienne de zoo et visite, si l’emploi du temps le lui permet, les zoos des villes dans lesquelles elle joue : « C’est très important pour mon mental, mon état d’esprit. Quand je me sens mal, quand on perd un match, je vais au zoo regarder les animaux. […] Cela m’est nécessaire ».

Les animaux sont nécessaires à l’équilibre d’Alexandra Popp qui a d’ailleurs passé un diplôme de gardienne de zoo (crédits images : dfd.de)

Popp, chef de meute ? Oui, à plusieurs égards. Elle a une influence certaine sur son équipe, à Wolfsburg comme en sélection.

Et pareille aux meutes qui ne pensent qu’à leur festin immédiat, elle ne se projette pas plus loin que le prochain trophée. La Ligue des championnes d’abord. La Coupe du Monde ensuite.

Pour Alexandra Popp, ce quart de finale de Ligue des Championnes est une revanche (Crédit Twitter : Ol + féminin)

L’Euro 2021, elle ne sait pas si elle y sera. Pour Popp, c’est hic et nunc. Ici et maintenant. Et maintenant, c’est enfin battre l’Olympique Lyonnais, le 27 mars prochain, lors du quart de finale retour à domicile. Oublier une bonne fois pour toutes ce carton rouge de la 95ème.