Treizième après dix journées de Jupiler Pro League, Anderlecht, habituel prétendant au titre, est plus qu’à la peine. Avec ce pire début de saison depuis vingt-et-un ans et la fin précipitée de l’expérience Vincent Kompany en tant qu’entraîneur-joueur, c’est surtout l’échec du rachat du club par Marc Coucke qui se dessine. Explication d’un fiasco.

Anderlecht, c’est d’abord aborder l’armoire à trophée la plus remplie du plat pays. Avec entre autres trente-quatre titres de champion de Belgique, neuf coupes nationales, deux coupes des vainqueurs des coupes et une coupe de l’UEFA. Loin de ce glorieux passé, cette saison, le club de mauve se traîne en queue de peloton de la JPL. Pourtant le retour de l’enfant chéri Vincent Kompany en entraîneur-joueur et un mercato ambitieux promettaient un titre qui leur échappe depuis 2016/2017. Entre paris perdants et mauvais choix, chronique d’un échec.

Les pleins pouvoirs donnés à Kompany

Flash-back. Mai 2019, Anderlecht sort d’une saison cauchemardesque tant du point de vue sportif qu’extrasportif. Sixième et dernier des play-offs un, le club mauve licencie son technicien, Fred Rutten. Pour la première fois depuis cinquante-cinq ans, Anderlecht ne jouera pas de compétition européenne. Le club a besoin de changement et très rapidement. Ce dernier se matérialise sous les traits du taulier des Cityzens : Vincent Kompany.

Dès mai 2019, Vincent Kompany signe en tant qu’entraîneur-joueur pour une durée de trois ans. C’est le retour du messie pour les supporters. L’enfant du club a grandi à Anderlecht et a toujours rendu public son attachement à son quartier d’origine. Engagé socialement, celui dont le père est maire d’une commune de Bruxelles, fait alors face au premier défi de sa nouvelle carrière. Parti s’envoler à Hambourg en 2006, douze ans plus tard, lorsqu’il revient c’est dans la peau d’une légende de Manchester City et des Diables Rouges. Les attentes sont énormes.

L’ancien Cityzen veut développer un jeu ambitieux proche de Guardiola dans le style. Toujours en forme, malgré son âge, il souhaite jouer encore une ou deux saisons. Le rôle hybride de joueur-entraîneur, inédit à notre époque, paraît idéal.

« Le rôle de Kompany était triple. Être un leader sur le terrain grâce à son expérience. Il était aussi celui qui devait transmettre notre vision. Et il devait servir de guide à nos jeunes joueurs. »

Bert Van Der Auwera, conseiller du club, devant la commission des licences de l’Union belge du football

Sur le papier, dans sa tâche, il est épaulé par Simon Davies qui gère les entraînements, la tactique et les changements en match. Dans les faits c’est « Vince The Prince » et son aura, qui gère la totalité de l’aspect sportif, du coaching au recrutement en passant par la communication. Il met en place un 4-3-3 et place les jeunes au centre de son projet.

La déception est à la hauteur des attentes. Vertigineuse. Dès fin août, après quatre petites journées de championnat et deux points glanés, Vincent Kompany n’est plus entraîneur-joueur, il redevient seulement capitaine.

La désillusion, Marc Coucke

En creux de cet échec de gestion on peut voir l’échec de Marc Coucke. Pourtant, troisième fortune de Belgique, le milliardaire avait jusque-là, enchaîné les réussites. Après avoir connu le succès dans le cyclisme, il se lance dans le football en rachetant Ostende en 2013.

À Anderlecht, Marc Coucke peine a rencontrer le même succès qu’il avait connu à Ostende.(Crédit Photo : Photo News/ La Nouvelle Gazette.be)

Il pérennise le club et l’amène jusqu’en Europa League. Toujours plus ambitieux, il va prendre des parts dans le LOSC en 2014 avant de racheter Anderlecht en mars 2018. Pour ce faire, il pose quatre-vingt millions sur la table pour acquérir 70% des parts du club.

Problème, les résultats n’ont pas suivi. Dans un club au palmarès aussi fourni qu’Anderlecht, les supporteurs perdent vite patience. Le torchon a ainsi rapidement brûlé. La saison dernière, en avril 2019, après un total de zéro points en trois matchs de play-offs un, les supporteurs s’en prennent à Marc Coucke. Au cris des « Coucke buitten », littéralement « Coucke dehors », ils exigent son départ.

Des recrues décevantes

En réponse, cet été, Anderlecht a fait un mercato ambitieux. Noms ronflants et CV internationaux étaient au programme. En plus de Vincent Kompany annoncé de longue date, les supporteurs mauves ont vu débarquer Samir Nasri et Nacer Chadli. À ces joueurs d’expérience s’ajoutent notamment les prometteurs Landry Dimatta, Philippe Sandler ou Michel Vlap.

https://twitter.com/CouckeMarc/status/1160542835181064192

Si on ajoute à cela le formidable vivier de jeunes joueurs que connaît le club avec en tête le prodige Yari Verscharen, Anderlecht avait une sacrée gueule de prétendant au titre.

La réalité du terrain a été tout autre. Si Nacer Chadli est le plus régulier, Vincent Kompany est souvent sujet à des blessures (cinq matchs joués sur dix possibles) et Samir Nasri n’est pas le leader technique annoncé. Avec un seul petit but, il déçoit.

Pourtant tout avait était fait pour le responsabiliser. Vincent Kompany le voyait au cœur de son projet et lui a même donné le brassard de capitaine pendant deux matchs. Aujourd’hui, il est clairement critiqué et plusieurs titres de la presse belge remettent en cause son implication.

Des difficultés dans le jeu

Sur la pelouse, les promesses de jeu offensif se transforment en possession stérile. Le manque de finition est criant: avec huit buts marqués depuis le début de la saison c’est la treizième attaque de JPL ! Le fait que le meilleur buteur ne soit même pas un attaquant (Nacer Chadli avec trois buts) révèle la profondeur du mal mauve.

Défensivement cela paraît solide, avec seulement douze buts encaissés soit la quatrième meilleure défense. Dans les faits, cela n’a pas empêché le club mauve de couler à Courtrai (défaite quatre buts à deux) et de s’incliner face à Ostende, des équipes réputées plus faibles.

Samir Nasri est la figure de proue du recrutement de Vincent Kompany, loin de son meilleur niveau, pour l’instant il déçoit avec un seul petit but. (Crédit Photo : DH.be)

Pire, le club de Marc Coucke ne fait plus peur au Parc Astrid, avec seulement une victoire sur cinq matchs à domicile!

Ces statistiques cinglantes ne sont pas à mettre au seul crédit des recrues. La jeunesse de l’effectif constitue également un élément d’explication. Avec un effectif qui chiffre vingt-trois ans et demi de moyenne d’âge, Anderlecht a souvent été jugé trop tendre quand le jeu se durcit. Abandonné par des leaders aux abonnés absents pour la plupart, la jeune garde mauve n’a pas su faire face avec des joueurs qui, ne l’oublions pas, effectuent pour certains leurs premières saisons en professionnel.

En parallèle, le manque d’expérience du staff a semblé être également un écueil. Seul John De Roeck, à St-Trond, avait connu une expérience en tant que coach au haut niveau. Cela a pu être préjudiciable à un encadrement qui ne connaissait pas la gestion de crise au haut niveau. Plus généralement, la gestion de l’effectif interpelle.

Meilleure illustration, le cas Adrien Trebel. Le milieu défensif est régulièrement non convoqué, alors qu’il fait figure de joueur très expérimenté dans un milieu de terrain auquel il pourrait faire beaucoup de bien.

Vercauteren en pompier de service

Pour pallier ce début de saison catastrophique, Anderlecht a fait dans le classique pour un club en temps de crise : rappeler un ancien de la maison. Surnommé le petit prince du parc, Francky Vercauteren n’est pas n’importe qui pour les fans mauves. Joueur de 1975 à 1987, le milieu de terrain a tout gagné avec Anderlecht avec notamment deux coupes d’Europe des vainqueurs des coupes.

Par la suite, longtemps adjoint il est devenu coach principal d’Anderlecht pendant deux saisons entre 2005 et 2007. Suffisant pour remporter deux championnats laissé un bon souvenir au sein de son club de (presque) toujours.

Francky Vercauteren c’est trois cents soixante-sept matchs avec Anderlecht lorsqu’il était joueur et un statut d’icône du club (Crédit Photo : DH.be)

Arrivé le trois octobre, en remplacement de Sam Davis (qui demeure dans le staff), il entame, à soixante-trois ans, l’un des derniers gros défis de sa carrière. Sa nomination est également un signal fort: finit les tentatives, retour à quelque chose de connu. Pragmatique, il a déjà pointé du doigt le manque d’efficacité et même s’il souhaite envoyer du jeu, il a déjà expliqué à la presse belge vouloir gagner à tout prix même si cela veut dire jouer mal.

« On peut en apprendre beaucoup, mais nous ne sommes ni Manchester City, ni le FC Barcelone. Nous devons avoir notre jeu, celui d’Anderlecht. Et j’ai l’ADN d’Anderlecht, il me semble … »

Francky Vercauteren à la presse lors de son intronisation (Walfoot)

Pour l’instant à travers un match amical et une défaite quatre buts à un contre Malines, le mal est toujours présent. Le 20 octobre face à St-Trond les éléments de réponse probants devraient être plus nombreux. Les enjeux sont énormes pour Anderlecht qui ne veut pas revivre une nouvelle saison en forme de catastrophe industrielle.

Alors que les rumeurs d’une revente se font insistantes, Marc Coucke joue également sa survie à la tête d’un club qui ne l’a jamais vraiment accepté. À Francky Vercauteren ne déterminer si ce début de saison raté n’était qu’un feu de paille ou véritablement l’incendie que tout le monde craint du côté du Parc Astrid.