L’Australie se prépare avec match amical prévu contre les Pays-Bas samedi prochain à Eindhoven. Pour le sélectionneur national Ante Milicic, l’occasion de revenir en Europe lui qui représente un pont culturel entre deux pays, l’Australie et la Croatie.

Plus qu’une semaine avant le début de la Coupe du monde féminine en France. Samedi 1er juin, 18h15, les « Matildas » vont lancer leur préparation pour Coupe du monde 2019. Avant de rentrer dans le vif du sujet une semaine plus tard dans un groupe C composé du Brésil, de l’Italie et de la Jamaïque. Pour cela, les « Jaune et Vert » compteront sur le plus européen des Australiens, Ante Milicic. Un digne représentant de la culture d’ouverture et du lien profond qui lie l’Australie à la Croatie.

Ante Milicic, en 2008, du temps de Sydney United (Crédit photo : Footballnsw)

Dernière ligne droite pour les Matildas

Une Coupe du monde est toujours un évènement qui marque une personne engagée dans le sport. Une idée de participer à une fête planétaire, se préparer avec un objectif de représentation de son pays, ou tout simplement, vouloir glaner de l’expérience et ramener le maximum de souvenirs possible. L’occasion rêvée de rentrer dans l’histoire et la marquer du sceau de son talent.

Ante Milicic et ses joueuses sont prêts ! (Crédit photo : Foxsports)

L’équipe nationale d’Australie ne fait pas exception à la règle et se prépare d’arrache-pied pour cette compétition. Constituées de joueuses expérimentées telles que l’attaquante de 34 ans Lisa De Vanna (qui vivra sa quatrième compétition) mais également confirmée telle que l’autre attaquante-star Sam Kerr ou la jeune Mary Fowler, 16 ans seulement, l’Australie représente un bon mix entre joueuses pour entrevoir des possibilités de qualifications certaines.

Un groupe solide, compact et qui risque de faire parler. De plus à quelques exceptions près, les joueuses possèdent un bagage alliant expérience et connaissance des enjeux. Toutefois, une personne vivra sa première véritable expérience de numéro 1. Ante Milicic (44 ans), sélectionneur depuis février dernier en remplacement d’Alen Stajcic, vivra une expérience sur le banc mais pas que. Un homme qui est un trait d’union à lui seul entre deux pays si loin mais pourtant si proche.

Les Balkans, une histoire chargée

Lorsque l’on parle des Balkans, deux éléments reviennent souvent sur le tapis. Théâtres de conflits sanglants entre peuples parlant la même langue. Une histoire trouble et chargée qui a précipité le chaos et causée mille souffrances entre les peuples à travers l’histoire. Une certitude, un lieu de recueillement et un passé qui sera à jamais gravée dans les mémoires collectives.

Toutefois, il convient de contrebalancer somme toute cette notion de guerres et de déchirements. En effet, l’ex-Yougoslavie est également une terre où sont sortis quelques-uns des meilleurs sportifs que le monde ait connu jusqu’à présent. Tous sports confondus aussi bien au football qu’au basket ou au tennis, d’illustres noms reviennent souvent sur le devant de la scène. Un capital sportif exceptionnel pour une région qui respire la compétition et se constitue une réputation de champions hommes-femmes réunis.

Parmi les pays qui composent donc désormais cette entité balkanique, la Croatie est le parfait exemple sportif. Aussi bien directement sur les terres de Luka Modrić et de sa bande de finalistes de la dernière Coupe en Russie l’an passé, que sur d’autres continents, car plus étonnant encore, la Croatie est également passée maître dans l’art de l’exportation sportive. Au-delà de sa propre zone d’influence et à travers l’émigration de ses ressortissants vers des contrées plus lointaines.

La Croatie, terre de sport et d’émigrations dans le monde

Dans cette optique, il n’est désormais pas rare de voir à Sydney ou Melbourne des noms à consonance balkaniques mais surtout croates. Dès lors, pas étonnant que le monde du football connaisse certaines anciennes gloires des représentants du drapeau à damier en Australie. Tels que les anciens internationaux croates Josip Šimunić (ex-Hertha Berlin) ou Anthony Šerić, nés au pays de Russel Crowe.

Ante Milicic sous le maillot croate… ou pas (Crédit photo : Myfootball)

À l’inverse cependant, au-delà des joueurs mêmes, il existe toute une communauté d’Australiens d’origines Croates. 400 000 selon les chiffres et comptant bon nombre de politiciens, d’artistes ou sportifs, chacune de ces personnes ayant une part de Croatie en elle. Notamment le sélectionneur Ante Milicic dont la propre histoire est un écho à la Croatie.

Ante Milicic (à gauche) et Tony Popović (à droite), une légende australienne, en mode « Croatian Style » (Crédit photo : Myfootball)

Une sorte d’existence réelle mais indirecte avec son pays d’origine et un lien jamais rompu. Même à plusieurs milliers de kilomètres, une volonté de faire vivre la ferveur croate sous le soleil australien à travers le football. Cette idée vivace que le sport permet de rapprocher les cultures malgré l’exil qui aura mené de nombreuses familles à aller chercher fortune dans les années 60. Dont Milicic comme d’autres est le digne héritier.

Sydney United de Zagreb

L’homme correspond en tout cas à l’idée du rapprochement entre la Croatie et l’Australie. D’abord, par son nom naturellement mais également son parcours en tant que joueur. Passé durant sa carrière au sein de l’équipe du Sydney United 58, club crée par la diaspora croate et dont les armoiries évoquent le pays des ancêtres. Un club également connu auparavant comme la véritable caisse de résonance de la Croatie en Australie.

Le logo du Sydney United 58. La Croatie est bien représentée (Crédit photo : Sydney United 58)

Le natif de Sydney aura également eu une carrière jalonnée par des allers-retours incessants vers son club formateur. Mais pas que puisque Milicic poussera son exil vers une carrière qui le mènera durant deux saisons au NK Rijeka en… Croatie. Une façon de maintenir vivant ce lien qui unit chaque expatrié vers la mère-patrie. Surtout une bonne expérience de la vie continentale qui lui aura permis de mieux appréhender les cultures.

Un tournoi de foot en Australie (Crédit photo : Croatiaweek)

Une histoire réelle entre deux pays qui parviennent dès lors à commémorer chaque année à travers un tournoi, le « Croatian-Australians Soccer Tournament », la présence de toutes les entités croates dans le football australien. Une grande occasion de se réunir, faire la fête et jouer au football à l’autre bout de la planète. Le football n’ayant pas de frontières, ni de barrières permet de créer la même ambiance qu’à Zagreb ou Split en Océanie.

La révolution Milicic chez les « Matildas »

Toutefois, au-delà de ses origines, Ante Milicic se révèle être bien plus qu’un symbole. Arrivé en février dernier pour remplacer un autre technicien australien au patronyme balkanique dans des conditions baroques, l’homme a réussi une prouesse de choix. Réussir à fédérer autour de sa personne ce qui n’était pas gagné au départ.

Lucy Zelić, une animatrice star de la TV australienne lors de la dernière Coupe du monde en Russie. Zelić porte les couleurs croates et a ses deux frères footballeurs australiens… (Crédit vidéo : Youtube – SBS The World Game)

En effet, entre le départ de son prédécesseur Stajcic et une arrivée au sein d’une équipe quelque peu traumatisée par une gestion extrêmement dure, Milicic a rapidement pris ses marques. Une communication ouverte et sereine, une ambition affichée, l’intégration de jeunes pousses et une envie réelle de prouver sa valeur. Humble, disponible, Milicic est peut-être le chaînon manquant pour une équipe australienne qui voudra aller loin dans la compétition.

« Étant impliqué dans le football australien depuis de nombreuses années, j’en ai assez d’être considéré comme un outsider. Nous avons des joueurs, par exemple chez les Socceroos (l’équipe nationale masculine australienne, NDLR) qui, avec une autre nationalité, pourraient aisément jouer dans de grands clubs »

Ante Milicic voit large et loin (The Womens Game)

Une prise de poids dans le groupe qui permet enfin à ses joueuses de mieux appréhender la compétition. Sans complexes mais avec une volonté d’avancer et de prouver que le football australien n’a pas à rougir de son rang. Ses joueuses auront pour cela l’occasion de montrer toute l’étendue de leur talent au fil des matchs du groupe C.

La Croatie, supportrice des Matildas ?

La Coupe du monde va débuter dans un peu plus d’une semaine donc. Si aucune équipe de l’ex-bloc yougoslave ne participera à la grande compétition internationale, gageons que du côté des Balkans, il y a aura un petit pincement au cœur. Entre Ante Milicic et l’autre attaquante Emily Gielnik, elle aussi originaire de Croatie, le drapeau à damiers sera représenté en France de fort belle manière.

Emily Gielnik, elle aussi d’origine croate (Crédit photo : Matildas)

De Zagreb à Split en passant par Vukovar ou Rijeka, les Croates pourront être fiers d’avoir des ambassadeurs de renom. Les Croates d’Australie, eux, auront dès lors l’occasion de participer à la fête et soutenir une équipe des Matildas gorgée de talent. Car c’est bien connu finalement, si le monde est un village, l’Australie n’est finalement pas si loin de la Croatie dans les cœurs et les âmes. Début de réponse le 9 juin prochain à 13h.