Dimanche dernier, les Rayados de Monterrey ont décroché au bout de la nuit le titre de champion du tournoi Apertura 2019 sur la pelouse de l’Estadio Azteca face au local et club le plus titré du Mexique, Club América.

Après plus de neuf ans d’attente et deux finales consécutives perdues, les Rayados tiennent enfin leur cinquième titre de champion du Mexique. Ce trophée obtenu aux tirs aux buts paraît miraculeux au vu du début de saison calamiteux des hommes alors entraînés par l’Uruguayen Diego Alonso. Un changement d’entraîneur et quelques exploits plus tard, les voici sur le toit du football mexicain.

Un après-Concacaf difficile à gérer

Le 1er mai dernier, les Rayados venaient à bout de leur voisins et ennemis, les Tigres, en finale de la Concacaf Champions League, et rompaient enfin la malédiction dans leur stade. Ils avaient avant cela disputé et perdu trois finales à domicile. Un moment historique pour le club qui décrochait alors son quatrième titre continental et s’offrait un ticket pour le Mondial des Clubs.

Malheureusement pour les joueurs de Monterrey, l’euphorie fut de courte durée puisque vingt jours plus tard, les Tigres se vengèrent en les éliminant en demi-finale du tournoi Clausura 2019 sur la route de leur huitième sacre. Un coup dur pour l’entraîneur uruguayen Diego Alonso qui ne s’en remettra pas. Dans le début de tournoi Apertura 2019, les Rayados n’arrivent pas à décoller, et à partir de la huitième journée, vont même sombrer avec une seule victoire en cinq matchs et une défaite à domicile dans le Clásico Regio face aux Tigres.

Malgré le limogeage d’Alonso le 6 octobre, les Rayados sont battus sur la pelouse de Querétaro (2-1) et perdent leurs nerfs à l’image de Leonel Vangioni. Ils sont alors quatorzièmes et accumulent sept défaites en treize matchs de Liga MX. (Crédit photo : Once Diario)

Le faux-pas de trop pour Alonso qui sera limogé et remplacé par l’intérimaire Julio Treviño en attendant de trouver un remplaçant. Ce changement d’entraîneur n’empêche pas l’équipe de continuer à s’enfoncer dans la crise puisqu’après leur septième défaite de la saison en championnat la semaine suivante à Querétaro, les Rayados sont à la quatorzième position et quasi-éliminés de la course aux play-offs.

Finalement, alors que Matias Almeyda était l’option numéro un des dirigeants pour prendre la suite de l’Uruguayen, Antonio Mohamed, sans club depuis son départ du Celta Vigo, est rappelé à la rescousse. L’Argentin, ancien joueur du club, était l’entraîneur lors des deux précédentes finales perdues par Monterrey face à Pachuca (Clausura 2016) et les Tigres (Apertura 2017). Avec un jeu offensif et séduisant, il avait amené les Rayados à un très haut niveau footballistique mais il semblait maudit par le sort et la direction s’en était séparée après le tournoi Clausura 2018.

Avec « El Turco » Mohamed, le phœnix renaît de ses cendres

Même s’il ne gagne pas pour son premier match (1-1 face aux Chivas de Guadalajara, NDLR), Antonio Mohamed insuffle un changement d’attitude au sein d’un groupe qu’il connaît bien : la majorité des joueurs actuels étaient déjà là lors de son précédent mandat et il peut s’appuyer sur ses compatriotes argentins, cadres de l’équipe. L’historique José Maria Basanta, le taulier Nico Sánchez, le guerrier Leonel Vangioni, ou encore le buteur Rogelio Funes Mori.

« El Turco » relance des joueurs blacklistés par son prédecesseur comme Vangioni et n’hésite pas à mettre sur le banc l’international Miguel Layún, arrivé du FC Séville, après des performances très décevantes depuis le début du tournoi. Les Rayados se mettent à proposer un jeu plus direct, plus offensif, là où Alonso demandait à ses joueurs de prendre leur temps dans des longues phases de construction qui pouvaient s’avérer piégeuses en contre.

Lors de la dix-huitième et avant dernière journée, les Rayados infligent un 0-4 sur la pelouse de Tijuana, concurrent direct pour la huitième place. C’est cette victoire qui place les hommes de Mohamed en zone de qualification. (Crédit photo: As México)

Les qualités de l’effectif commencent enfin à s’exprimer et Mohamed replace son équipe dans la course. Grâce à des victoires sur les concurrents directs et des mauvais résultats de ces derniers, les Rayados arrachent in extremis la huitième et dernière place qualificative pour la fameuse Liguilla lors de l’avant-dernière journée. Ils terminent le boulot sur leur pelouse face à Atlas FC (2-0) : « El Turco » a réussi son pari, Monterrey est qualifié pour les play-offs du tournoi Apertura 2019.

L’équipe la plus chère d’Amérique enfin au niveau

Dès le premier match de cette Liguilla, les Rayados vont montrer qu’ils ont les épaules d’un futur champion : face au leader de la phase régulière, Santos Laguna, l’équipe va offrir une véritable démonstration pour remporter le quart de finale aller 5-2 sur sa pelouse et se qualifier trois jours plus tard en assurant le nul à Torreón (1-1, 6-3 au total, NDLR). Malheureusement, elle perd son meilleur buteur Funes Mori sur blessure.

Cependant, là où n’importe quelle équipe se verrait durement handicapée, Monterrey peut compter sur un effectif pléthorique et le remplaçant de l’Argentin n’est autre que Vincent Janssen, recrue phare de l’été en provenance de Tottenham. L’équipe la plus chère du continent américain tire donc un véritable avantage en pouvant puiser sur le banc sans perdre en qualité sur le terrain. Dans les autres matchs, les résultats sont aussi complètement fous : pour la deuxième fois de l’histoire, les quatre meilleures équipes de la phase régulière (dont les Tigres, champions en titre) sont éliminées par les équipes classées de la cinquième à la huitième place.

Profitant de la blessure de Rogelio Funes Mori, le Hollandais Vincent Janssen se montre décisif lors des play-offs en marquant en quarts, puis en demi-finales. (Crédit photo : Imago7)

Toutes les cartes sont ainsi rebattues et c’est Necaxa qui se dresse en demi-finale face aux coéquipiers du capitaine Dorlan Pabón. Lors du match aller au stade BBVA, Monterrey réalise son meilleur match de sa saison, ouvre le score, mais butte sur un grand Hugo González qui maintient les visiteurs dans la partie.

Ces derniers égalisent même et pensent tenir un bon résultat, mais Janssen va finalement réaliser un exploit individuel pour redonner l’avantage aux Rayados avant le match retour (2-1). Finalement, le ticket pour la grande finale est validé après quatre-vingt-dix minutes de souffrance à Aguascalientes où Necaxa joue crânement sa chance avant que Funes Mori, de retour, ne mette fin au suspense dans le temps additonnel (1-0, 3-1 au total). Avant l’affrontement final contre l’América, les Rayados doivent se rendre au Qatar pour disputer la Coupe du Monde des clubs. Là-bas, ils démontrent leur caractère devant le monde entier en accrochant Liverpool (défaite 2-1 dans le temps additionnel en demi-finale) avant de décrocher le second podium intercontinental de leur histoire. La folle épopée continue.

Une réussite enfin trouvée pour un final en apothéose

La grande finale du tournoi Apertura 2019 est donc disputée dans un contexte très particulier. Les Rayados sont en confiance après un mois de folie, une atmosphère positive et fédératrice s’est créée autour de Mohamed mais les deux finales de championnat consécutives perdues avec le technicien argentin sont dans presque toutes les têtes. Mais cette fois, les Rayados vont conjurer le sort alors que le score est de 1-1 : Funes Mori offre à la quatre-vingt-treizième minute la victoire d’un ciseau retourné venu d’ailleurs (2-1). La suite est désormais ancrée dans la légende : un match retour entamé de manière catastrophique et un score de 2-0 pour l’América à la mi-temps, puis un but miraculeux du même Funes Mori (2-1, 3-3 au total) qui permet d’arracher la prolongation.

Leonel Vangioni vient d’inscrire le cinquième et dernier tir au but qui offre le titre à son équipe: il se précipite vers la tribune des 10 000 supporters des Rayados pour fêter ce moment incroyable. (Crédit photo : Associated Press)

C’est finalement aux tirs aux buts que la cinquième étoile de Monterrey se décidera. Et comme un symbole, le dernier tireur est Leonel Vangioni, boycotté par Alonso puis remis dans le XI par Mohamed. Ce titre remporté par les Rayados de Monterrey est bien plus qu’un simple trophée : c’est la récompense pour un entraîneur, « El Turco » Mohamed, qui a enfin réalisé sa promesse (lui qui avait promis ce titre à son fils Faryd, décédé en 2006), pour des joueurs, qui ont enfin pu exprimer leur potentiel d’équipe la plus chère d’Amérique Latine, et pour un public qui a du connaître deux finales perdues avant de toucher à la gloire et de voir la réussite enfin tourner :

« C’est un des meilleurs moments de ma vie sans aucun doute. J’ai vécu ce match retour comme jamais je n’avais vécu un match. À la mi-temps, j’ai repensé aux deux précédentes finales en pensant que la chance avait encore une fois tourné en notre défaveur, mais grâce à Dieu ce but est venu et on a pu décrocher ce titre. C’est magnifique, ce club le mérite, je suis tellement fier de l’équipe et de nous, supporters, qui sommes passés par des moments très difficiles en voyant notre ennemi être champion 5 fois et se moquer de nous. Maintenant qu’on a brisé la malchance, une période historique va arriver pour le club, avec l’effectif et les moyens qu’on a on va aller chercher beaucoup d’autres titres. Ce n’est que le début. »

Rolando, 20 ans, supporter rayado

Maudit depuis son dernier titre en 2009, Monterrey a donc enfin conjuré le sort d’une manière spectaculaire et complètement inattendue. Avec la probable prolongation d’Antonio Mohamed et une confiance retrouvée, cette équipe pourrait marquer les prochaines années du football mexicain de son empreinte.