Mercredi matin 02h30 heure française, la première demi-finale de Copa America proposera une affiche exceptionnelle. En effet, le Brésil affrontera l’Argentine au stade de Belo Horizonte. Un match qui donnera l’occasion de situer où se trouve réellement l’Albiceleste?

La Copa America 2019 touche à sa fin avec une affiche de rêve en puissance. D’un côté, le Brésil favori logique d’une compétition qui se déroule à domicile. De l’autre, l’Argentine jamais plus dangereuse que quand elle n’est pas attendue si haut. Un match qui donnera toutes ses lettres de noblesse à un affrontement séculaire entre les deux plus grands pays de football du continent sud-américain. Pour les Argentins, ce sera surtout l’occasion de se situer dans une perspective plus globale. Savoir si l’équipe nationale peut enclencher une nouvelle démarche… ou retomber dans ses travers.

Lionel Messi semble se poser des questions (Crédit photo : New Indian Express)

L’Argentine, une nation ambivalente

Qui dit Argentine pense immédiatement au triptyque football, tango et littérature. Chacune de ces activités ayant donnée au pays quantités de stars internationales dans leurs domaines. Que l’on pense aux légendes du football Diego Maradona, Leo Messi ou Diego Simeone, aux écrivains Jorge Luis Borges ou Julio Cortázar ou encore au compositeur et auteur de tangos Enrique Santos Discépolo. Cette noblesse culturelle démontre la qualité du vivier argentin à tous niveaux.

Messi continue de se poser des questions (Crédit photo : Foot Mercato)

Sans compter les théoriciens du football que sont César Luis Menotti, Carlos Bilardo ou l’inusable Marcelo Bielsa. Toutefois ces notions culturelles et sportives sont l’arbre qui cache la forêt. Celle d’un pays en proie à toutes sortes de problématiques profondes et de doutes en perspective. Entre inflation galopante, chômage de masse et crises économiques croissantes, le pays a du mal à trouver une certaine stabilité.

« Ce n’est pas ma meilleure Copa America… »

De Lionel Messi. À la place des Brésiliens, on se méfierait… (Eurosport)

Dans ces conditions, le football n’échappe malheureusement pas non plus à la règle et se trouve également dans une situation critique. La Copa Libertadores fin 2018 entre River Plate et Boca Juniors (League des champions sud-américaine NDLR) en ayant été la preuve la plus fragrante entre annulation, report et toutes sortes de causes hors football. Ces incertitudes provoquant régulièrement une cristallisation sur le devenir même des équipes et qui rejailli finalement sur la sélection.

Un tango perpétuel et le pas de deux

Dans ces conditions donc, l’équipe nationale n’est pas non plus épargnée, loin de là. Toutes sortes de maux existent entre le manque de stabilité, des résultats en dents de scie, des leaders qui sont dans le dur et démontrent une certaine absence. Dès lors rien n’est épargné non plus aux supporteurs qui se désespèrent régulièrement du niveau de leur sélection. Les entraîneurs, même les plus compétents se passant les plats régulièrement mais avec le même résultat.

« Danse de salon originaire d’Argentine, de rythme lent, à deux temps, proche de la habanera (genre musical latino-américain NDLR). Composition instrumentale ou vocale correspondant à cette danse »

Définition du tango d’après le dictionnaire… ou de la sélection argentine (Larousse)

Celui de voir l’Argentine jouer de manière désordonnée, sans véritable socle défensif établi et avec une attaque atone. Sans compter les milieux de terrain sans lien et donc une attaque parfois indigne de son rang. L’on pourrait dire que dans une équipe comportant des talents planétaires tels que le catalan Leo Messi, le parisien Ángel Di María ou le Citizen Sergio Agüero, le niveau global fait tâche.

Les deux Lionel (Scaloni le sélectionneur à gauche et Messi à droite) en grande discussion…. (Sport365)

En ce sens, cette Copa America est un condensé de tous les maux mais également de tous les espoirs que l’Albiceleste (surnom de la sélection NDLR) provoque malgré tout. Cette ambivalence extrême qui leur permet de perdre le match inaugural face à la Colombie (0-2), d’être au bord de l’élimination après le match face au Paraguay (1-1). Pour finir par se qualifier face au Qatar et au Vénézuela en quart de finale (2-0 à chaque fois).

Argentine 2 – Vénézuéla 0, un beau match abouti pour l’Albiceleste. Enfin? (Crédit vidéo : Youtube – beIN SPORTS France)

Un chaos dans le KO et vice et versa

Face au Brésil donc dans un choc qui permettra de déterminer et jauger les forces en présence, l’Argentine tient l’occasion rêvée de se surpasser. En voulant briller face à son adversaire honni, les bleus et blancs n’auront pas d’autres choix. Dans un sens où dans un autre, il leur faudra impérativement choisir entre le chaos interne de la sélection ou le KO direct face à la Seleção. En arrivant relativement décontractés face à des Brésiliens qui auraient, eux, tout à perdre à domicile.

Le joueur du Betis Seville Giovanni lo Celso semble indiquer avoir marqué 5 buts face au Vénézuela (Crédit photo : Depor)

C’est pourquoi, cette demi-finale de Copa America revêt une importance bien plus grande que celle d’un simple match. Toutefois certaines personnes ou équipes arrivent à se sublimer lorsqu’ils sont au bord du précipice. En ayant la terre entière contre eux et un avec un public bouillant, peut-être que l’Albiceleste saura trouver le répondant nécessaire. Cependant à Messi, Agüero, Lo Celso ou le futur parisien Leandro Paredes de trouver la solution.

Un mal pour un bien pour un tango final?

Finalement le fait de voir l’Argentine régulièrement au prise avec cette notion de chaos permanent est peut-être leur meilleure chance de victoire. Engagés dans une lutte perpétuelle pour survivre à toutes les conditions extrêmes, les Argentins n’auront rien à perdre face au Brésil. Ce qui signifie que les coéquipiers de l’ancien parisien Giovani Lo Celso peuvent tout gagner. Un bon match, une finale dans l’antre de l’ennemi héréditaire et la machine qui repart.

Le tango argentin est-il possible face au Brésil? La réponse déprendra de Messi and co (Crédit photo : Commune-Cerise)

Dans le cas contraire, tout perdre et voir le tango de la défaite leur revenir dessus tel un boomerang. Si toutefois les joueurs décident de se laisser aller mutuellement vers le même objectif, l’Argentine pourra s’en sortir. En somme choisir entre la victoire par le chaos ou subir un KO. Tel un danseur ou un boxeur, sauter gracieusement ou tomber lourdement aux pieds du podium. Ce sera donc aux Argentins de choisir la meilleure façon d’avancer. Car en fin de compte, à l’instar du Tango, l’improvisation est souvent meilleure conseillère qu’une trop grande préparation…