Tous les regards sont tournés vers le match entre Lyonnaises et Parisiennes qui couronnera sans doute les championnes 2018/2019. Comme un air de fin de saison. Ne reste plus qu’à savoir qui, en plus de Rodez laissera sa place en D1, et qui, en plus de Reims, jouera parmi l’élite. Les Rémoises ont survolé la D2. Pourtant, leur maintien en D1 se joue dès maintenant.

À ce stade de l’année, c’est rare. Mais cela arrive. Bien que cela soit bien précoce. La saison n’est pas encore achevée qu’on se tourne déjà vers la suivante. Rodez est dans ce cas, se sachant vouée à la descente en D2. Sur l’autoroute D1-D2, les Ruthénoises croiseront les Rémoises, qui effectuent le chemin dans l’autre sens.

Rodez, Reims, destin croisé. Chaque équipe sait à peu près depuis la même date de quoi son avenir sera fait. Rodez n’a pas réussi l’année du sursis, et retrouve la deuxième division, quittée en 2010. À l’inverse, Reims de nouveau parmi l’élite, s’apprête à écrire un nouveau chapitre de sa riche histoire, du temps où le grand Stade de Reims dominait le championnat de France.

Le Stade de Reims, un grand nom du football féminin

C’était les années 70. L’époque des pionnières. L’époque des Juvisy, Saint Claire Caluire, Etroeungt, VGA Saint-Maur. Et le Stade de Reims. Le film « Comme des garçons » nous replonge à l’aube de ces années 70 où le football féminin de nouveau se réinstallait sur les pelouses de France, dans la douleur souvent, sous les quolibets, mais tenant bon, pour ne pas connaître le même destin que les pionnières du lendemain de la Première Guerre Mondiale, interdites de football au tournant des années 30.

En 2018, le film « Comme des garçons » racontait les débuts de l’équipe féminine du Stade de Reims (Crédit vidéo : Youtube Au Ciné)

La grande histoire du Stade de Reims se conjugue aussi bien au féminin qu’au masculin. Et les deux équipes sont toujours à la recherche de leur gloire passée. Les filles de Reims figurent parmi les seize équipes à disputer la toute première saison de première division en 1974/1975. En huit ans, elles emporteront cinq titres. Reims règne sur le football hexagonal, laisse quelques rebus de miettes à Soyaux, à Saint-Maur. Et puis… la décadence, qui vient toujours après la grandeur. Les mauvais résultats. La chute dans les divisions inférieures. La fin. En 1992, le club est en liquidation judiciaire. L’équipe féminine disparaît.

27 ans après, prête à renouer avec les exploits des Nicole Abar, Véronique Roy, Michèle Wolf. Atteindre la première division, le plus haut niveau. Se mesurer au Ballon d’Or Ada Hegerberg, à la panoplie de talents lyonnais, aux prodiges parisiennes, les Diani, Katoto, Wang. Et tous les autres clubs qui vous attendent au tourant. Comment les regarder dans les yeux, quand la dernière saison en première division remonte à 1985/1986 ?

Quelques conseils à destination de Rémoises (qui n’en auront sans doute pas besoin)

Tout d‘abord, se rappeler pourquoi on est là. On n’a pas volé sa place. La saison qui s’achève, elles l’ont dominée dans les grandes largeurs. Expédiées en D1 dès la dix-neuvième journée, avec soixante-trois buts marqués pour treize encaissés, quinze victoires, trois nuls, une défaite. En D1, les autres se chargeront de vous regarder de haut. Votre histoire, elles s’en moqueront bien. Elles veulent écrire la leur. Le Paris Saint-Germain qui ne se décide pas à entrer dans la légende. Lyon qui compte bien l’enrichir encore. Le Paris FC, Soyaux, qui ont connu leurs riches heures, Montpellier, qui se demande quand ce sera son tour. Mais quand on porte les couleurs Rouge et Blanche du Grand Stade de Reims, on a le droit de regarder ces filles-là, si grandes soient-elles, dans les yeux. Ne pas être là par hasard, c’est affirmer ses forces.

La ténacité d’abord. Revenues par la petite porte en 2014, les échelons gravis pour se retrouver cinq ans plus tard parmi l’un des meilleurs championnats d’Europe. Les Rémoises, coach et staff compris, ont dès le départ tournés leurs efforts vers cette remontée en D1. Avec succès. Neuvièmes à l’issue de la saison 2016/2017, deuxièmes la saison dernière, la logique veut que ce soit leur tour de monter. Le mercato effectué à l’été 2018 a permis à l’équipe de se renforcer, en attirant notamment la défenseure l’internationale U19 Gwenaëlle Devleesschauwer, seule joueuse de l’effectif à avoir été de tous les matchs, sur l’ensemble des 90 minutes.

Attaque et défense, deux mamelles de la gagne

Le système de jeu ensuite. Une attaque féconde. Une défense intraitable. Les chiffres sont dignes de l’Olympique Lyonnais. Soixante-trois buts marqués, dont douze par Melissa Gomes et sept par l’internationale ukrainienne Tetyana Romanenko. Treize buts encaissés. Transcrit en termes de stats, cela signifie 0,6 buts par match. Par comparaison, l’indetronable Lyon tourne cette saison à 0,3, son dauphin du PSG à 0,4 et le troisième Montpellier à 1,2. La défense rémoise fait le job, sous l’égide de sa capitaine Giorgia Spinelli et la gardienne Pauline Moitrel, 20 ans, internationale U16 et U17 s’est imposée dans les buts.

Le projet rémois repose sur ces gamines, 20 ans de moyenne d’âge, habituées des sélections de jeunes. La coach Amandine Miquel sait la valeur de son groupe :

« L’effectif est jeune mais beaucoup de joueuses sont déjà internationales dans des sélections jeunes ou à l’étranger (Melissa Gomes avec le Portugal, Mélissa Herrera avec le Costa Rica, Phallon Tullis-Joyce avec les États-Unis, Giorgia Spinelli avec l’Italie, Tanya Romanenko avec l’Ukraine, NDLR). Sur le groupe de 22, je ne dois en avoir que 3 qui ne sont pas internationales. Cette jeunesse est un peu à double tranchant. Elle va nous permettre d’avoir notre noyau dur pour la saison en D1 ».

Amandine Miquel, coach du Stade Reims
L’effectif rémois est jeune et talentueux: de nombreuses rémoises fréquentent les sélections U17, 18 et 19 (Crédit Twitter : @StadeDeReims)

Pour autant, la jeunesse est pleine de promesses, pleine aussi d’inconstances. L’histoire ne le retiendra pas, mais la remontée en D1 des Rémoises n’a pas eu lieu après un match héroïque au bout du suspens, mais après une défaite à domicile 1-3, contre les cinquièmes du championnat Orléans. Les Rouge et Blanc ont profité de la contre-performance des dauphines Saint-Malo face à La Roche-sur Yon (0-0).

27 ans après avoir quitté l’élite, le Stade de Reims fera son retour la saison prochaine en première division (Crédit Twitter : @SDRInfos)

Amandine Miquel sait à quoi s’attendre :

« Mais en revanche, il y a encore un manque de maturité comme on l’a vu ce dimanche où les filles sont un peu sorties de leur match avec les médias et le public plus nombreux que d’ordinaire. »

Amandine Miquel, coach du Stade de Reims

Elles sont jeunes, elles sont talentueuses, mais les plus âgées d’entre elles n’ont pas encore 25 ans. Comment supporteront-elles la pression de la première division ?

Amandine Miquel, atypique atout

Leur meilleur atout se nomme Amandine Miquel. Une coach atypique s’est installée sur le banc rémois en janvier 2017. Pas de grande carrière de joueuse. Quatre ans à Chelsea (1996-2000) du temps où Chelsea n’était pas Chelsea, un passage par Juvisy en 2002. Voilà pour les grands noms. Le plus intéressant n’est pas là. Les crampons d’Amandine Miquel sont nomades. Ils ont suivi les différentes affectations des parents Miquel, enseignants. Amandine Miquel a commencé le foot au Mexique, à Tecamachalco en 1992. En 2001, on la retrouve au Case Vauban à la Réunion.

Amandine Miquel, coach des Rémoises, a joué au Mexique, à la Réunion et a entraîné des équipes réunionnaises et mahoraises (Crédit photo : Haiti Tempo)

Ses galons d’entraîneuse, elle les a gagnés un à un, passant des diplômes, prenant les rênes d’équipes des DOM-TOM (Mayotte, la Réunion) et en métropole (Bergerac, Mérignac, Niort). En onze ans, dix affectations. Amandine Miquel se définit elle-même comme une nomade, ayant du mal à rester plus de trois ou quatre ans au même endroit. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’espagnol, se nourrit de toutes ses expériences à l’étranger et dans les territoires d’Outre-Mer pour gérer ses 22 filles, mais également toute la section féminine du Stade de Reims (120 joueuses, 8 coachs).

Ce parcours étonnant, l’opiniâtreté dont elle a fait preuve pour arriver à la tête du Stade de Reims, sa connaissance du football, pratiqué sous d’autres cieux que les horizons hexagonaux parfois étroits, font d’Amandine Miquel une entraîneuse volante non identifiée. Elle se trouve toujours là où on ne l’attend pas. Ses voyages lui donnent une ouverture d’esprit indispensable. Il existe entre Miquel et ses filles un lien fort. Son rôle auprès d’elles va au-delà de l’aspect sportif. Elle les conseille sur leur choix d’études, choix de vie, leur vie au-delà du football, répond aux avalanches de SMS qu’elle reçoit de leur part. Entre Miquel et Reims, ça fonctionne.

Amandine Miquel a une relation étroite avec ses joueuses, elle a su les mener en première division (Crédit Twitter : @StadeDeReims)

Y être, y rester

En deux saisons, Amandine Miquel a emmené ses jeunettes là où elle voulait. Y rester maintenant. Il faudra pour cela attirer encore des joueuses plus expérimentés pour ne pas souffrir comme Metz cette saison. Un talent incroyable sous les crampons des Messines, Léa Khelifi, Amélie Delabre, Hélène Fercocq (ex-rémoise). Mais pas assez d’expérience. Marie-Laure Délie ne peut pas tout. Reims devra cibler des joueuses de bouteille, avides de transmission aux plus jeunes. L’exemple des promues dijonnaises est source d’inspiration. Les arrivées de Kenza Dali, puis d’Elise Bussaglia permettront sans doute de se maintenir en première division. Pour le Stade de Reims, y’a plus qu’à.