Ce vendredi 19 juillet à 21 heure au stade international du Caire aura lieu la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Un Sénégal-Algérie qui sera l’occasion pour Djamel Belmadi et Aliou Cissé de voir leur travail de sélectionneur récompensé.

La finale de la CAN 2019 opposera vendredi soir deux pays férus de football mais également deux hommes. D’un côté l’Algérien Djamel Belmadi qui a réussi à fédérer autour de son équipe tout un pays. De l’autre le Sénégalais Aliou Cissé qui ramène, lui aussi, son pays vers les sommets africains. Une opposition de style donc mais pas que puisque les deux hommes ont beaucoup en commun. Une façon de voir le football jour et nuit et une certaine idée de la transmission. Leurs pays respectifs ne pouvant que les remercier pour les résultats obtenus… en attendant la consécration ? Dans tous les cas à travers leur parcours durant la compétition, l’Algérien et le Sénégalais montrent le chemin à suivre à tout un continent.

Aliou Cissé (à gauche) et Djamel Belmadi (à droite) sous le maillot du PSG. Le Sénégalais y fera carrière tandis que l’Algérien ira faire les beaux jours de l’OM (Crédit photo : Sunusport)

Belmadi-Cissé, amicalement vôtre

L’histoire aime les clins d’œil et est souvent facétieuse. Après presque un mois de compétition, la finale de la CAN va rendre son verdict. Pour un titre tant attendu par deux équipes, deux pays, deux peuples au-delà des espérances. Que ce soit l’Algérie de Riyad Mahrez (Manchester City, NDLR) ou le Sénégal de Sadio Mané (Liverpool, NDLR), ces deux nations auront mérité le sacre suprême et ultime.

Djamel Belmadi, l’homme du renouveau algérien (Crédit photo : Le Télégramme)

Toutefois, en dehors de l’enjeu et de la passion qui accompagne ces deux équipes, il convient de rendre hommage à deux hommes. Deux techniciens passionnés, ayant leur équipe nationale chevillée au corps et aimant le travail bien fait. Deux hommes donc qui n’auront pas ménagé leurs peines afin d’offrir aux Algériens et aux Sénégalais l’honneur de finaliser leur bon parcours par cette finale.

Aliou Cissé, l’homme (aussi) du renouveau sénégalais (Crédit photo : Le Télégramme)

Djamel Belmadi pour les « Fennecs » et Aliou Cissé pour les « Lions de la Téranga », 43 ans tous les deux ont pourtant bien en commun. Cette idée de donner corps et matière à leurs équipes en véhiculant l’humilité, la notion de travail et le plaisir de jouer. Dès lors, rien d’étonnant à ce que les deux amis de Champigny-sur-Marne (commune située dans le Val de Marne en Ile-de-France, NDLR) qui se sont fréquentés durant leur jeunesse en soient arrivés là. Pour finalement bifurquer l’un vers le PSG (Cissé), l’autre vers l’OM (Belmadi).

Quand on vous dit qu’ils sont pareils ! (Crédit Twitter : @malikkoudize)

Discipline, rigueur et équipe avant tout

Ramenez la Coupe à la maison ! (Crédit photo : Wiwsport)

C’est un fait, la finale de la CAN 2019 verra s’affronter deux des plus belles équipes de la compétition. Des joueurs de talents démontrant toute la panoplie de leur technique. Mais pas seulement puisque si l’orchestre doit se mettre en route, il faut un chef qui dirige l’ensemble de main de maître. Voire de main de fer ? En effet, que ce soit le Sénégal ou l’Algérie, ces deux sélections connurent les avanies des contre-performances dans les compétitions africaines.

Pour le Sénégal tout d’abord, quart de finaliste en 2017 mais éliminé régulièrement en phase de poule. Quant à l’Algérie, faisant le yo-yo en permanence lors des CAN passés, difficile d’avoir de la stabilité. Dans ces conditions, le travail de Djamel Belmadi et Aliou Cissé aura été important. Sur le terrain, en donnant une assise défensive à leurs équipes, prime à la victoire. En mettant aussi en musique le travail de récupération et la mise en avant des joueurs de talents tels que Riyad Mahrez, Sadio Mané, Adam Ounas ou Ismaïla Sarr.

« Je le dis et le maintiens : le Sénégal n’est pas le favori ! Pour cette compétition, il nous faudra de la sueur, des larmes et parfois du sang »

Aliou Cissé qui paraphrase Winston Churchill (Sofoot)

En dehors du terrain, la discipline de fer mise en place aura également portée ses fruits. Qui se souvient dès lors de Belmadi excluant le Brestois Haris Belkebla de la sélection pour manquement aux règles en vigueur… sur le jeu Fortnite ? Sans aucune contestation possible en tranchant dans le vif. Ce qui aura eu l’occasion d’assoir sa légitimité auprès des joueurs et de la presse. Quant à Cissé, son attitude sur le terrain et ses discours remettent sur terre ses joueurs si ceux-ci voulaient se reposer sur leurs lauriers.

Fin 2018, l’Algérie s’impose face au Togo et se qualifie pour la CAN 2019. Malgré la tension, Djamel Belmadi répond avec calme face à un journaliste togolais visiblement aigri après la défaite. (Crédit Twitter : @AmayesB)

Un retour aux sources bienvenue

Dès lors, le fait d’avoir deux hommes de cette trempe à la tête de sélections où le talent existe mais dans lesquelles les individualités prennent le pas sur le collectif n’est pas étonnant. C’est pourtant ce travail au quotidien réussissant à donner une discipline réelle à des équipes penchant souvent vers l’avant qui aura permis d’avancer. Une exigence réelle et inoculant régulièrement les joueurs afin de leur éviter les écueils bien souvent réels et bloquants.

« Djamel Belmadi est quelqu’un qui connaît très bien le foot, un vrai passionné. Il est très exigeant sur la discipline, sur l’implication des joueurs »

Karim Boudiaf, milieu Algéro-Qatari en parlant du sélectionneur des Fennecs (Jeune Afrique)

Produire du jeu est important certes mais il ne faut jamais oublier de mettre en place les fondations. Ce travail de bâtisseur d’équipes brique par brique permet dans ces conditions d’amener de l’exigence au quotidien. En ne se contentant pas des acquis uniquement mais en ayant en tête la mise en place d’un schéma de jeu précis. Sur un continent où les sélectionneurs sont souvent de passage, Belmadi et Cissé montrent que construire prend du temps.

Aliou Cissé, que la force soit avec toi ! (Crédit photo : Balls.IE)

Cependant, si tout le monde tire vers le même objectif, rien n’est impossible. Finalement ce retour aux sources vers des hommes connaissant le football local et les aspirations des peuples aura permis de créer de l’émulation en impliquant tout le monde vers le même but. Dans tous les cas, l’Algérie après des essais souvent infructueux hormis l’intermède Vahid Halilhodžić semble avoir trouvé l’homme idoine. Quant au Sénégal de Cissé, l’humilité aura laissé place à l’égo, ce qui est une excellente nouvelle pour les jeunes joueurs de la sélection.

Titre, couronnement national mais résultat local

Le Sénégal et l’Algérie se sont affrontés quatre fois en Coupe d’Afrique des Nations. En quatre confrontations au total, les Fennecs se sont imposés à trois reprises pour un match nul. Quoi qu’il en soit désormais une chose sera sûre et certaine : sur le terrain, l’Algérie aura l’occasion de mettre fin à une trop longue attente de 29 ans en remportant sa première CAN depuis 1990 qui avait eu lieu à domicile. Les Fennecs s’étaient débarrassés du… Sénégal (2-1) en demi-finale. Pour les Lions de la Teranga en revanche, l’occasion est également belle de remporter sa toute première compétition. En rejoignant dans le cœur des Sénégalais l’équipe fabuleuse de 2002 des El-Hadji Diouf et autres Papa Bouba Diop ou… Aliou Cissé.

Djamel Belmadi remercie ses supporteurs chaleureusement (Crédit photo : Alg24)

Autre indice qui peut donner un léger avantage à l’Algérie, leur succès 0-1 en phase de poule face à la troupe d’Aliou Cissé pendant la compétition. Cette fois-ci, les deux équipes se retrouvent dans un tout autre contexte. Toutefois, au-delà du résultat brut, cette CAN aura permis de mettre en lumière les techniciens du cru.

Que ce soit le Sénégal ou l’Algérie donc, le fait d’avoir des entraîneurs du pays même, connaissant les particularités locales et étant attachés à leur sélection est un signe positif. Djamel Belmadi et Aliou Cissé, par leur rigueur, leur discipline et leur envie de gagner démontrent que le continent africain n’est pas en reste. Une sorte de message adressé également aux techniciens locaux et aux dirigeants des fédérations. Rien que pour cela et quel que soit le vainqueur, cette Coupe d’Afrique des Nations restera dans les mémoires.

Sénégal (à gauche) ou Algérie (à droite) : qui sera le vainqueur de la CAN 2019 ? (Crédit photo : 123rf)

Pour Belmadi et Cissé, après le match, ce sera donc l’occasion de mesurer tout le chemin parcouru. Mais également tout ce qu’ils leur restent à accomplir car leur histoire n’est que le début d’un cycle qui, espérons-le, sera long et fructueux pour tout le football du continent africain mais pas seulement.