Cette saison, la Süper Lig turque a mis l’accent sur le développement local avec la mise en avant de techniciens du cru. Cependant, un club arrive à tirer indirectement son épingle du jeu. Beşiktaş dont l’histoire reste liée à ses anciennes gloires, en dépit des années.

Les différents logos de Beşiktaş, un club à entraîneurs (Crédit photo : En Son Haber)

Tout le monde connaît le merveilleux roman d’Alexandre Dumas, les « Trois Mousquetaires ». Un livre mis à toutes les sauces (films, séries, dessins animés etc) et qui narre l’histoire de quatre gentilshommes chargés d’assurer la protection du Roi. Pourtant, une autre histoire est en train de s’écrire en Turquie et qui prend en exemple ledit roman. Une histoire reliant le passé et le présent à travers quatre personnages du football turc.

Beşiktaş et un particularisme turc

Lorsque l’on évoque le football turc, Galatasaray et Fenerbahçe reviennent souvent en tête. Toutefois, un autre club n’est pas à négliger et fait même office de précurseur en la matière. En effet, Beşiktaş, situé dans le quartier d’Istanbul du même nom, est une institution au pays d’Atatürk. Historiquement, en dépit de la création de certains clubs dont le premier, à l’époque ottomane, fut celui des « Black Stocking » le pionnier en la matière est celui des « Aigles ».

Les premiers sportifs de Beşiktaş qui étaient des gymnastes (Crédit photo : BJK.com.tr)

Tant et si bien que dès 1903, l’entité de Beşiktaş qui était jadis un club de gymnastique, existait bien avant Galatasaray (1905) ou Fenerbahçe (1907). Même si officiellement, la section foot ne verra le jour que bien après, en 1911. Dès lors, le sigle BJK, utilisé encore aujourd’hui regroupe la dénomination complète suivante : « Beşiktaş Jimnastik Kulübü », pour rendre hommage à ces pionniers. Par ailleurs, le club est le seul parmi les gros à avoir le drapeau turc dans son blason.

Beşiktaş, le seul club avec le drapeau turc dans son blason (Crédit photo : Son dakika haberleri)

Un club à part et qui a mis en avant également de nombreux joueurs et légendes à travers les âges. Toutefois, cette saison, une particularité a été mise en avant et démontre que Beşiktaş est une spécificité sur et hors du terrain. En effet, quatre de ses anciens membres égrènent leurs qualités au sein du championnat. En ayant des fortunes diverses mais des ambitions intactes de progresser vers les cimes du sommet.

Rıza Çalımbay, l’Athos des Aigles

Dans l’histoire d’un club, il faut des leaders, des génies, des marques ou bien encore des hommes qui transmettent des valeurs. Si Rıza Çalımbay (56 ans) ne fut pas le plus clinquant sur le terrain, il n’en reste pas moins un symbole de Beşiktaş. Milieu de terrain à tout faire, capitaine de l’équipe qui fut championne de Turquie trois fois d’affiliées entre 1989 et 1991 sous les ordres de l’Anglais Gordon Milne. Homme à tout faire sur le terrain donc, il est considéré comme une légende.

Tous les supporters de Beşiktaş s’en souviennent : l’Anglais Gordon Milne (à gauche), le président légendaire Süleyman Seba (au centre) et Rıza Çalımbay (à droite) et au milieu le trophée de champion (Crédit photo : @kolejhavasifilm)

À l’instar d’un Steven Gerrard à Liverpool (hors MLS, une saison, NDLR) ou d’un Francesco Totti à la Roma, Çalımbay ne fut l’homme que d’un seul club. Près de 650 matchs pour Beşiktaş, des titres en pagailles et un homme sur qui les techniciens pouvaient compter. De ce fait, après une carrière bien remplie, l’ancien numéro 8 a écumé le pays depuis près de vingt ans. Un rôle de technicien qui l’aura même vu pendant quelques mois prendre la tête de son club de cœur.

Le jubilé du capitaine en 1996 (Crédit photo : Spor Defteri)

Toutefois, cette saison, à l’instar du sage Athos dans le roman de Dumas, Çalımbay semble avoir trouvé la bonne voie. Leader du championnat turc avec Sivasspor, avec notamment une belle victoire la semaine dernière face à Fenerbahçe (3-1) et qui aura vu Sivas conforter sa première place. Jusqu’où pourra aller son club et lui-même, mystère car avec le mercato qui arrive, la donne peut changer. Malgré tout, l’ancien capitaine de Beşiktaş prouve qu’il respire le football et sait manager par tous les vents.

Mehmet Özdilek, le Porthos turc

Dans la vie, il y a des rencontres qui marquent un homme, pour le meilleur ou le pire. Pour Mehmet Özdilek (53 ans), cette rencontre fut celle entre la Turquie et la Suisse en novembre 2005. Ce jour-là, les deux pays se rencontraient pour déterminer qui devait participer à la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Avec une victoire au match aller (2-0), les Suisses n’arrivaient pas totalement en confiance. Défaits 4-2, ils se qualifieront mais le match restera davantage en mémoire pour la bagarre générale à l’issue du match.

Mehmet Özdilek (en noir, à droite) en mode ninja (Crédit photo : Fotospor)

Coincée entre Alpay Özalan, ancien défenseur de Beşiktaş, qui monta dans les tours rapidement et des Suisses fuyants, une autre image sera au cœur des débats. Le croche-pied de Mehmet Özdilek, assistant du sélectionneur Fatih Terim, assené envers un joueur helvète. Une image qui résume assez mal la carrière d’Özdilek, ancien milieu de terrain de poche de Beşiktaş et qui fera la majorité de sa carrière chez les « Aigles ». Özdilek sera même surnommé « Şifo » (prononcez Scifo, NDLR) Mehmet comme le meneur belge, Enzo Scifo à qui il sera comparé.

Mehmet en mode costard (Crédit photo : Indigo Dergisi)

Homme de base des succès de Beşiktaş, Mehmet et son numéro neuf gagneront quantités de titres. Dès lors, après la fin de sa carrière et l’épisode suisse, Özdilek mène désormais sa carrière sur tout le territoire. Habitué à prendre en main des équipes mal en points et pour des périodes données, l’ancien milieu n’a pas son pareil pour leur éviter la relégation. Cette saison, Denizlispor profite de toute sa science et la dernière journée a permis de valoriser ce travail, avec une victoire 2-1 face à Trabzonspor. Petit par la taille mais la force turque dans toute sa splendeur, en somme.

Sergen Yalçın, un air de D’Artagnan

Si dans le roman de Dumas, Athos et Aramis sont sortis de l’imaginaire de l’écrivain et Porthos n’avait pas le même nom qu’un personnage ayant vraiment existé, D’Artagnan exista vraiment. Militaire et mort à Maastricht, aux Pays-Bas, sa vie fut un roman et inspirera les romanciers. En Turquie, ce petit prince possédait une arme fatale et redoutable. Pied gauche exquis, une technique exceptionnelle mais également une certaine propension à se laisser vivre, Sergen Yalçın (47 ans) fut lui aussi une légende de Beşiktaş.

Mehmet (deuxième en partant de la gauche), Sergen (troisième en partant de la gauche) et Rıza (quatrième en partant de la gauche) réunis (Crédit photo : Spor Haber 7)

Formé au club, capable de gestes d’une pureté remarquable, Sergen a également joué chez les rivaux de Galatasaray, Fenerbahçe et Trabzonspor. Tel D’Artagnan voulant sans cesse être en vadrouille et en quête d’aventures, le numéro 10 raflera quelques titres avec Beşiktaş. En devenant par la même occasion un des piliers de la sélection nationale. Aujourd’hui encore, à travers des vidéos, les puristes peuvent admirer son pied gauche en action.

Sergen en action (Crédit vidéo : Youtube – Kogo Studio)

Comme ses anciens collègues, Sergen Yalçın est devenu technicien et fait profiter à ses équipes de ses compétences. Lui aussi a battu dernièrement son club formateur (0-2 à Istanbul) avec son équipe de Malatyaspor, une des bonnes surprises de la saison. En début de saison, les mauvaises performances de Beşiktaş aidant, les supporteurs réclamèrent même son arrivée au poste d’entraîneur. S’il est trop tôt pour savoir ce que l’avenir dira, il se murmure qu’un jour Sergen prendra les rênes du club.

« Dolmabahçe (lieu historique où se trouve le stade de Beşiktaş, NDLR) nous a manqué bien évidemment. Nous avons gagné tant de titres ici que cela fait du bien d’y revenir »

Sergen Yalçın a hâte de revenir dans son club formateur (Hürriyet)

Tayfur Havutçu, l’Aramis de la famille

Le dernier de ce quatuor de champions est probablement le moins connu mais pas le moins surprenant. Né en Allemagne, Tayfur Havutçu (49 ans) a joué à Fenerbahçe avant de passer près de dix saisons à Beşiktaş. Neveu du président légendaire Süleyman Seba, décédé en 2014, Tayfur n’en resta pas moins un excellent joueur, polyvalent. Capable de jouer milieu de terrain voire parfois arrière droit, il fut un excellent tireur de pénalty.

Photo de famille avec le président Seba (à gauche) et son neveu, Tayfur Havutçu (Crédit photo : Spor TV)

Point d’orgue de cette capacité et ce sang-froid, le match de qualification face à l’Irlande en novembre 1999. Après un match nul en Turquie, 0-0, les coéquipiers de Sergen furent menés 1-0 avec dix minutes à jouer. Une bien mauvaise passe mais qui fut résolue rapidement. Un pénalty à cinq minutes de la fin du temps réglementaire sera accordé. Dans une telle situation, n’importe quel joueur aurait pu paniquer ou réfléchir et la sélection se reposera sur Tayfur. 1-1 et une qualification plus tard à l’Euro 2000, le tour était joué.

Le match en Irlande. Quelques jours plus tôt, la Turquie avait été frappée par un séisme. 1999 était également l’année d’un autre séisme. Pour ce match, les joueurs Turcs étaient survoltés et se qualifieront pour l’Euroo 2000 (Crédit vidéo : Youtube – Maç Hikayeleri)

À la fin de sa carrière, Tayfur restera au sein de Beşiktaş, comme adjoint principalement. Point noir, sa mise en accusation dans la campagne de matchs truqués en 2011 mais il en sortira blanchi après quelques mois en prison. Cette saison, l’ancien milieu est redevenu entraîneur et s’occupe désormais de Kasımpaşa. Son objectif sera d’éloigner le club de la zone de relégation et renouer avec le football. Lui dont la langue maternelle (l’allemand) aura été bien utile notamment en sélection pour servir de traducteurs aux sélectionneurs étrangers.

Des liens avec Beşiktaş inoubliables

Si la rivalité Galatasaray-Fenerbahçe a dominé le championnat durant de nombreuses saisons, Beşiktaş n’est pas en reste. Cette saison encore, malgré un mauvais départ, l’équipe n’est qu’à six points de Sivasspor. Pourtant, un jour ou l’autre, chaque joueur passé par ce club d’exception est susceptible de tisser des liens inextricables. Turcs ou étrangers comme l’ancien milieu madrilène Guti ou l’ancien du PSG, Pascal Nouma, véritables légendes du club.

Côté gauche, Sergen Yalçın (en haut), Rıza Çalımbay (au milieu), Mehmet Özdilek (en bas). Côté droit, Guti Hernandez (en haut) et Okan Buruk (en bas). Particularité ? Ils sont tous devenus entraîneurs (Crédit photo : Urfa Değişim)

L’avenir est difficile à prédire mais où qu’ils soient, chacun de ces joueurs à une part d’aigle en soi. En ce sens, la maxime des « Trois Mousquetaires » (« un pour tous et tous pour un ») est véritablement applicable à Beşiktaş. Un sacerdoce et une passion pour un club définitivement à part dans le paysage sportif turc. Loin des yeux, certes mais si près du coeur…