Ce dimanche 10 mars, Birmingham City s’apprête à recevoir Aston Villa pour le cent-vingt-sixième Second City Derby de l’histoire. Une des rivalités les plus fortes en Angleterre qui, comme souvent, est provoqué suite au passé industriel de la ville. 

Birmingham City contre Aston Villa, c’est l’histoire d’un derby datant du 27 septembre 1879, date du premier Second City Derby, du nom de la deuxième plus grande ville d’Angleterre. Une rivalité peu connue en France mais qui déchaîne les foules outre-Manche, étant réputé comme le troisième plus gros du pays derrière l’indétrônable Manchester United – Liverpool et le derby de Sheffield. Cette rivalité est comme une guerre de clan, et a démarré au même moment que le règne des Peaky Blinders, une bande de jeunes ouvriers ayant inspiré la célèbre série anglaise. Retour sur ce derby unique au monde.

Rivalité industrielle

Avant toute chose, il semble capital de faire un point sur la situation industrielle de la ville de Birmingham lors de la fondation des deux clubs. L’industrialisation est ancienne à Birmingham. Au milieu des années 1870, Birmingham apparaît comme la ville qui apporte la plus grosse contribution à la production industrielle nationale devant des villes telles que Manchester, Coventry ou encore Stoke-on-Trent (Stoke City). Sa principale force ? L’industrie automobile. Depuis leur création, Birmingham est le siège de marques telles que Jaguar et Land Rover, véritable pionniers de l’automobile anglo-saxonne.

Fondé respectivement en 1874 et 1875, Aston Villa et Birmingham City se disputent le titre de plus grand club de la ville depuis désormais plus de cent-quarante ans. Si le tout premier derby est remporté par Small Heath Alliance, ancien nom de Birmingham City en 1879, c’est bel et bien les Villans qui remportent le premier derby officiel. Ce fut huit ans plus tard, à l’occasion du second tour de la FA Cup et Aston Villa s’imposèrent sur un cinglant 4-0. Les Villans dominent largement les débats jusqu’au début des années 1960, où The Lions la plus importante des confrontations face à Birmingham.

La ville de Birmingham lors de la révolution industrielle (crédit photo : biography online)

La gloire éternelle ?

Si Aston Villa et Birmingham sont assurément deux clubs mythiques en Angleterre, il n’y a eu qu’a une seule reprise un affrontement en finale d’une Coupe anglaise. Ce fut en 1963, pour le compte de la League Cup.

Le lundi 27 mai 1963, plus de trente-trois mille personnes sont massés dans St Andrews Stadium de Birmingham, à une époque ou les finales se jouent en match aller retour et non à Wembley. Moins d’une semaine avant, Birmingham City évitait la relégation en seconde division grâce à une victoire épique contre Leicester. Aston Villa apparaît ainsi comme large favori pour cette double confrontation. Les Villans ont d’ailleurs remporté la toute première League Cup deux ans plus tôt, en 1961. De leur côté les Blues n’ont jamais remporté le moindre trophée en quatre-vingt-huit ans d’existence. Onze hommes ont la pression de quatre-vingt huit ans d’histoire sans trophée. Pour la première finale de Coupe de l’histoire du club, c’est le pire ennemi qui veut venir gâcher la fête.

Dans les gradins, l’ambiance est tendue à une époque ou Clarets et Blues se mélangent dans les différentes tribunes. Dès le début du match, Birmingham apparaît supérieur aux Villans. L’ancienne légende d’Everton Jimmy Harris trouve la barre dès la troisième minute, et St Andrews tremble. Alors qu’Aston Villa est sans réaction face aux offensive de leur rival, le même Harris trouve Ken Leek pour l’ouverture du score seulement dix minutes plus tard. Le stade tremble, les gens sautent, s’enlacent et s’embrasse. La sensation d’un but important marqué face au rival, la délivrance de se sentir devant. Sensation indescriptible dans une ville comme Birmingham.

Au retour des vestiaires, le trio d’attaquants combine une nouvelle fois pour une action magnifique conclue par un deuxième but de Ken Leek. L’hzure de jeu n’est pas encore passée mais la sensation est énorme à St Andrews. Les Lions sont à terre, dominés par les modestes blues. Un petit quart d’heure plus tard, Jimmy Harris efface une défense d’Aston Villa complètement désemparée et sert Jimmy Bloomfield dans la surface, lequel vient inscrire un troisième but pour les Blues. St Andrews implose, une légende est née. Cette après-midi là, en ayant délivré trois passes décisives en finale de Coupe face au plus grand rival, Jimmy Harris est entré à jamais dans l’histoire du Birmingham City Football Club.

A chaque derby, Birmingham est totalement divisé en deux, entre Blues et Villans. (Crédit photo : Birmingham City Football Club)

En difficulté, Aston Villa ne parvient pas à se procurer la moindre occasion dangereuse. Le jeu est très haché et on sent la rivalité dans l’engagement donné par les Villans. A la suite d’un tacle de Gordon Lee, Jimmy Bloomfield est blessé et doit sortir. A vingt minutes de la fin du match et à une époque où un seul changement est autorisé, Birmingham est désormais livré à lui même. Aston Villa parvient peu à peu à imposer son style en fin de rencontre, si bien que Bobby Thompson parvient à reduire la marque à dix minutes du coup de sifflet final, entreprenant une once d’espoir pour le match retour au Villa Park.

Car oui, si les supporters semblaient avoir déjà remporté la Coupe, ils semblaient qu’oublier qu’un match retour avait lieu une semaine plus tard au redoutable Villa Park. Et les joueurs le savent très bien, mesurant leur joie au coup de sifflet final. Car deux ans plus tôt, ce même Aston Villa avait remonté un déficit de deux buts lors du match retour au Villa Park contre Rotterham.

Le match retour se déroule une semaine plus tard, alors que seul cinq kilomètres séparent les deux stades. Les blues jouent un style défensif qui aurait provoqué une crise cardiaque à un Arrigo Sacchi, mais cela paye. Au terme d’un match plutôt pauvre mais solide défensivement, Aston Villa ne parvient pas à trouver une brèche, et concède le match nul et vierge. Les blues s’écroulent sur le terrain, et leurs supporters envahissent la pelouse du Villa Park. C’est bien plus qu’une victoire, bien plus qu’un trophée, c’est un exploit qui restera à jamais dans l’histoire du club et du football anglais. Birmingham City a remporté le premier trophée de son histoire sur la pelouse de son rival. Ce jour là, Birmingham a remporté la gloire éternelle.

Les dirigeants de Birmingham City Football Club admirant le premier trophée de l’histoire du club, remporté face au rival (Crédit photo : Birmingham City Football Club)

Un derby déchu ?

La passion que déchaînait se derby il y a quelques décennies est désormais entravée par la fait que les deux équipes sont en seconde division. Si les deux clubs de Birmingham méritent d’évoluer dans l’élite, cela paraît compromis tant Birmingham City est en proie à des difficultés économiques et sportives depuis de nombreuses années. Au niveau des derbys, Aston Villa affirme son hégémonie depuis les années 2000. Cela fait en effet depuis le 16 octobre 2005 que Birmingham City n’a pas remporté de Second City Derby en championnat, soit treize matchs.

Les supporters de Birmingham ont envahis la pelouse de St Andrews lors de la dernière victoire des blues face à Aston Villa, en quart de finale de la League Cup 2010. (Crédit vidéo : YouTube Kolja82)

Cette saison, alors qu’il reste onze matchs, Birmingham City et Aston Villa sont neuvième et onzième à respectivement quatre et six points de Bristol, dernier qualifié pour les playoffs. Les deux rivaux devraient donc une nouvelle fois rester englués dans l’antichambre anglaise.

« À moins que Birmingham ou Aston Villa ne débute une longue série de victoire après le derby, je ne vois aucune des deux aller en playoff cette saison. Ca ne passera pas à grand chose, mais je pense que les équipes au dessus sont supérieurs et vont assurer. »

Liam Mooney, supporter d’Aston Villa
Pas génial pour Birmingham City face à son rival… (crédit Twitter : @SkySportsStatto)

Avec cinquante-cinq victoires, trente deux nuls et trente-trois défaites, Aston Villa domine assez largement l’histoire de ce Second City Derby. Ce dimanche, Birmingham City tentera de mettre fin à cette terrible série de treize derbys sans victoire. Une série longue de quatorze ans, interminable pour un derby si précieux, qui à sans aucun doute perdu sa gloire d’antan.