La Coupe du monde féminine a parfaitement débutée pour l’Italie de Sara Gama avec une victoire 2-1 face à l’Australie. Une victoire portant le sceau d’une équipe aujourd’hui retirée mais qui reste dans le cœur de bon nombre de sélectionnées, le Brescia Calcio Femminile.

L’Italie de la sélectionneure Milena Bertolini a parfaitement négocié le difficile virage australien. Une victoire dans les dernières secondes de la partie 2 buts à 1 face à l’Australie de Sam Kerr. Une confiance affichée désormais qui permettra aux Italiennes de mieux appréhender les autres matchs. À commencer par celui de vendredi face aux Jamaïcaines de la néo-Bordelaise Khadija Shaw. Surtout, une envie et une volonté de représenter un club qui a énormément compté pour une grande partie de la sélection nationale. Une histoire du football féminin italien faisant écho à une ville, Brescia.

Le logo de feu Brescia Calcio Femminile (Crédit image : Wikipédia)

Brescia, entre Roméo et Juliette

Lorsque l’on évoque la ville de Brescia, difficile de faire émerger des souvenirs venant à l’esprit immédiatement. Certes celle-ci est située en Lombardie, une des régions les plus prospères de la “Botte”. Mais elle reste coincée entre le grand Milan et la Vérone de “Roméo et Juliette”. De ce fait, peu de choses évoquent le sport dans la ville même. Instantanément, il est dès lors fort difficile d’être en mesure d’évoquer ne serait-ce qu’un nom ou une épopée reliant Brescia à une histoire connue par le grand public.

Le mythique et fascinant Roberto Baggio et son maillot à Brescia (Crédit photo : Charity Stars)

Pourtant, il suffit de se plonger dans les racines de la ville pour trouver trace de célébrités connues et reconnues. D’innombrables noms que tous les amoureux du football connaissent et apprécient à leur juste valeur. Des personnages que le football mondial reconnaît comme étant des génies ou des précurseurs dans leurs domaines. Des maîtres en la matière et qui ont changé la face de leur sport.

Pep Guardiola avec des cheveux en Italie… avant la Juventus un jour ? (Crédit photo : Nottesport)

Côté terrains, les plus célèbres joueurs furent le génial et mythique Roberto Baggio, ancien de la Juventus et de la “Nazionale” durant quatre saisons. Luigi Di Biagio, le milieu de terrain passé par la Roma et auteur du tir au but raté en 1998 en quart de finale de la Coupe du monde face à la France. Et enfin Pep Guardiola au crépuscule de sa carrière de footballeur mais aux débuts de celle d’entraîneur à succès.

Brescia, Baggio et les entraîneurs

Alors certes côté terrains, ces joueurs furent des mythes mais en dehors, Brescia a également connu des techniciens célèbres. Et non des moindres entre le Roumain Mircea Lucescu, ancien sélectionneur turc et entraîneur de Galatasaray notamment. Le Tchèque Zdeněk Zeman, ancien de la Lazio Rome et amoureux du beau jeu, ou le père de l’ancien défenseur champion du monde 2006 avec l’Italie… Marco Materazzi, Giuseppe.

Zdeněk Zeman et Luigi Di Biagio. L’un fut entraîneur de Brescia, l’autre joueur. L’un ira à la Lazio, l’autre à la Roma aussi (Crédit photo : Brescia Oggi)

Des grands noms du football mondial pour un club habitué à faire le “yo-yo” entre Serie A, B ou C et qui cherche son lustre d’antan. Peut-être l’an prochain puisque Brescia a été promu en fin de saison dernière en Serie A. Baggio, Guardiola, Lucescu, Zeman et les autres… oui la ville fut connue pour tous ces noms. Cependant, d’autres noms doivent être mis en avant désormais car Brescia n’est pas (plus) qu’un club de football masculin.

ACF Brescia Calcio Femminile, une sélection nationale

La pratique du football est universel et mondial, c’est un fait. La Coupe du monde 2019 en France est donc une formidable occasion de voir en mondovision la pratique féminine à grande échelle. Une excellente nouvelle pour montrer la ferveur et la passion entourant sa pratique à travers le monde. Filles et garçons confondus. En Italie, durant six ans, un club a dominé le championnat et remporté quantité de titres.

Victoire de Brescia face à la Juventus en Coupe d’Italie 2018 (Crédit vidéo : Youtube – Juventus)

Sur le plan national, “l’Associazione Calcio Femminile Brescia Calcio Femminile Società Sportiva Dilettantistica”, plus communément appelé ACF Brescia Femminile, fut pendant six ans donc au firmament du championnat italien. Trustant les premières places et fournissant un contingent important à la sélection et des joueuses de talents.

En remportant deux scudetti, trois Coupes d’Italie et quatre SuperCoupes, les joueuses de Brescia ont hissé haut le pavillon de la ville dans le cœur des habitants. Mais surtout dans un championnat relativement peu structuré, ces titres et l’équipe ont permis de façonner la sélection nationale désormais en Coupe du monde. Une bien belle victoire pour les joueuses dès lors et cette volonté d’avancer chevillée au corps malgré les embûches.

Les « Azzure », un bout de Brescia

Dans les faits, sur les 23 joueuses qui composent la sélection italienne, 15 d’entre elles sont passées par le club de Brescia. Entre les défenseures Sara Gama, Elena Linari, la milieu de terrain Barbara Bonansea, auteure d’un doublé hier face à l’Australie, ou encore les attaquantes Daniela Sabatino ou Cristiana Girelli. Tous les postes sont représentés dès lors au sein des “Azzure”. Une bien belle réussite et la preuve que les Italiennes sont talentueuses et complètes.

Barbara Bonnasea à l’époque de Brescia (Crédit photo : Wikipédia)

Sans oublier la sélectionneure Milena Bertolini, ancienne de la maison de Brescia également. C’est donc une forte coloration de cette ville représentant chaque époque qui est en France. Habituées à jouer ensemble, disciplinées tactiquement et possédant une pépite telle que Bonansea, les Italiennes sont plus que des outsiders. Des adversaires redoutables face aux Brésiliennes et Jamaïcaines et en position idéale pour se qualifier au tour suivant.

Les filles du Milan AC avec notamment Daniela Sabatino, la buteuse de l’équipe nationale (2ème en partant de la gauche, avec le maillot blanc NDLR) – (Crédit photo : Ecoaltomolise)

2018, OPA du Milan sur Brescia

Sur le plan national toutefois et malheureusement dans des conditions économiques précaires et des ressources moindres que pour son homologue masculin, Brescia a changé de braquet. En effet, en 2018, le club de Lombardie a cédé sa licence au… Milan AC qui a donc récupéré bon nombre de joueuses du club. À l’instar de Juvisy devenu le Paris FC en D1 Féminine. Si le club de Brescia existe toujours en tant que tel, les joueuses qui la composent évoluent désormais au troisième niveau en Serie C.

Le maillot change pour les ex de Brescia mais la Juventus perd toujours… (Crédit vidéo : Youtube – AC Milan)

Cette stratégie de récupération du Milan AC est donc à mettre en perspective dans la volonté du club lombard d’avoir une section féminine compétitive. Une nouvelle qui pouvait passer pour mauvaise mais qui est finalement devenue un élément de structuration pérenne. Une sorte de “qui perd gagne” préjudiciable au départ mais s’inscrivant dans une stratégie de développement finalement.

« L’AC Milan annonce qu’à partir de la saison 2018/2019 participera, pour la première fois dans l’histoire du club, au championnat de Serie A féminine (…) avec le rachat de l’ACF Brescia. Ce rachat montre que l’AC Milan effectue un pas supplémentaire dans le cadre du projet de la Fédération italienne de football de développement du football féminin »

Le Milan AC et son communiqué indiquant le rachat de l’ACF Brescia (Eurosport)

En effet, profitant des conditions d’entraînements et d’une meilleure visibilité avec le logo du Milan AC, le football italien peut se développer. Gagnant en visibilité et avec un tournoi mondial davantage mis en lumière, la sélection nationale ne peut qu’être que bénéficiaire. En montrant enfin que le football au féminin n’est pas en reste, loin de là. Une victoire d’ores et déjà dans les esprits.

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Brescia joue toujours mais plus en professionnel (Crédit Twitter : @BresciaCF)

Brescia mon amour

Dans ces conditions, l’équipe italienne montre que le football féminin prend de plus en plus de place dans le paysage transalpin. Une nouvelle excellente pour toutes les parties finalement. Dès lors, lorsque l’on parlera désormais de Brescia, il n’y aura plus que Roberto Baggio ou Pep Guardiola sur les lèvres. Mais également et surtout Sara Gama, Barbara Bonansea et toutes celles qui ont mises en valeur leur attachement à une ville.

Un bon parcours en Coupe du monde offre souvent des perspectives plus grandes et nouvelles. Aux joueuses transalpines d’en tirer partie et montrer qu’en Italie le football se conjugue désormais au féminin. Un jour, les jeunes Italiennes, reconnaissantes envers leurs aînées leur diront sûrement : « Grazie ragazze » !