Dimanche 9 juin à 15h30 au Stade des Alpes de Grenoble aura lieu la seconde rencontre du Groupe C entre le Brésil et la Jamaïque. Si sur le papier, la rencontre peut paraître déséquilibrée, sur le terrain la donne sera toute autre.

Brésil-Jamaïque, un match que les mélomanes ne renieront certainement pas et qui respire un air de fraîcheur. Pour la première participation de la nation d’Usain Bolt, ce match face à la Joga Bonito do Brazil risque de faire danser hors et sur le terrain. Pourtant la Coupe du monde 2019 en France (7 juin-7 juillet) va offrir un match plus ouvert qu’il n’y paraît. Entre une sélection brésilienne expérimentée et une jamaïcaine novice mais qui n’aura rien à perdre. Surtout, une occasion idéale pour les Caribéennes de vivre un rêve éveillé en engrangeant de l’expérience.

L’équipe jamaïcaine de football (Crédit photo : Cœurs de foot)

Brésil, « la pression dans la peau »

C’est un fait, le Brésil est toujours favori au football aussi bien chez les hommes que les femmes. La nation « Auriverde » n’attend que des victoires auréolées de beau jeu. Des buts à foison avec une certaine idée du football champagne. Aucune place pour la seconde, le Brésil doit toujours matérialiser son emprise sur le jeu par tous les moyens.

Marta-Neymar, même combat (Crédit photo : sport.le360.ma)

La pression qui règne lors d’une préparation de Coupe du monde, l’enjeu et le stress sont représentatifs d’une grande compétition. Tous ces facteurs devraient être d’ores et déjà acquis et validés pour les 23 sélectionnées. La nation brésilienne si fervente peut donc mettre une grosse pression et provoquer des attentes démesurées allant au-delà du raisonnable.

Pourtant, à l’aube de cette Coupe du Monde 2019, l’équipe de Marta n’est plus aussi fringante que dans le temps. Depuis plus d’un an et une large victoire 3 buts à 0 contre la Colombie, lors du deuxième tour de la Copa América, une litanie de revers subis. Des défaites également face aux Écossaises en avril dernier ou face au Japon et le Brésil ne semble plus aussi souverain que par le passé. C’est donc une équipe entre deux eaux qui se présentera dimanche à face à ses adversaires.

Coupe du monde, « je t’aime moi non plus »

Les chiffres sont implacables et mettent en valeur l’ambivalence de la Seleção lorsque l’on y regarde de plus près. En effet, si la sélection masculine truste les titres et fait souvent bonne figure en Coupes du monde, les féminines cultivent une relation plus complexe avec le tournoi final. Sur les sept éditions, les Brésiliennes n’ont joué qu’une seule finale en 2007 en Chine. Perdue face à l’Allemagne 2-0, une éternité pour ce pays dingue de foot.

Marta serre la main de l’Australienne Lisa De Vanna (à droite, numéro 11) en 2015. Le Brésil sera battu 1-0 en seizièmes de finale de la Coupe du monde au Canada. À la surprise générale… (Crédit photo : FIFA)

Tour à tour éliminées en phase de poules ou en quarts de finales, les Brésiliennes n’arrivent jamais à briser la malédiction depuis lors. Sans compter la piètre performance au Canada lors de l’édition de 2015 et une neuvième place bien loin des ambitions affichées par cette grande nation du football. Dès lors, il leur faudra écrire une nouvelle histoire en lettres d’or.

Jamaïque, la France en héritage

À contrario, si un des plus grands pays du monde s’avance avec des ambitions élevées mais pouvant tout perdre, il n’en est rien pour la Jamaïque. Pour sa première participation à une Coupe du monde, le pays du plus célèbre jamaïcain actuel, l’athlète Usain Bolt, aura la volonté d’y mettre tout son cœur à l’ouvrage.

Quand le maître de l’athlé parle… (Crédit Twitter : @usainbolt)

Si une première participation à un tournoi est source d’inconnue, les Jamaïcaines n’auront rien à perdre. Loin de là et peut-être même plus à gagner. En effet, quelle belle occasion que de se mettre en avant individuellement concernant les joueuses. Mais surtout, permettre à la planète foot de parler de la Jamaïque dans un domaine différent du Reggae, de Rasta Rockett ou des prestations aux Jeux Olympiques des athlètes.

L’équipe nationale jamaïcaine en 1998 pour leur première participation en Coupe du monde (Crédit photo : Versus)

Cependant, au-delà de cette médiatisation bienvenue pour un pays quelque peu méconnu, la Jamaïque va également rappeler de bons souvenirs en France. En effet, en 1998 lors de la Coupe du monde en France, l’équipe nationale masculine avait été également été qualifié pour sa… première participation. Loin d’être ridicules, les « Reggae Boys » avaient même réussi la performance de finir troisièmes de leur groupe. Dans une poule comprenant l’Argentine, la Croatie (future troisième, NDLR) et le Japon, la performance fut saluée à sa juste valeur.

Khadija Shaw, retenez bien ce nom ! (Crédit vidéo : Youtube BELIEVED BALLA)

Khadija Shaw, « Uprising » Shaw

Pour tenter de faire aussi bien que leurs homologues masculins de 1998, les « Reggae Girlz » s’avancent avec des certitudes. Comptant dans ses rangs une star en devenir et qui risque de faire parler d’elle. Son nom ? Khadija « Bunny » Shaw, 22 ans, mais du talent sous le pied et un instinct de buteuse exceptionnelle. Une sacrée force de caractère avec une volonté d’avancer coûte que coûte malgré les avanies de la vie.

Khadija Shaw sera à surveiller en France (Crédit photo : Knox News)

C’est une formidable occasion pour elle de se mettre en valeur également à travers le tournoi et faire parler sa redoutable efficacité. Une bien belle revanche sur une vie pas toujours facile. Grande artisane de la qualification de son pays pour la compétition, Khadija Shaw a également une histoire atypique et tragique. Un résumé de la difficulté de la Jamaïque à protéger ses plus faibles.

Khadija Shaw élue « reine » de Jamaïque (Crédit Twitter : RGSportsAward)

Dans un football féminin où la plupart des joueuses sont devenues professionnelles à part entière, Shaw diffère dans cette approche. De plus, l’attaquante (outre son nouveau statut de buteuse patentée) est également étudiante et depuis peu auréolée d’un diplôme en communication obtenue à l’Université américaine du Tennessee. Une sportive accomplie et une étudiante modèle donc côté pile.

Khadija Shaw sous le maillot de son école (Crédit photo : Knox News)

Shaw, une histoire salutaire pour son pays

Toutefois, côté face, la jeune Khadija est un symbole du sport et de l’histoire tragique de son pays. Si la Jamaïque est reconnue pour le Reggae et les intonations lancinantes de Bob Marley, le pays a également connu les affres de la violence. Violence qui n’a pas non plus épargnée l’attaquante Shaw. Sa vie fut jalonnée de malheurs et de la perte d’êtres chers tués dans des guerres de gangs ou décédés lors d’accidents. Notamment frères et cousins pour une jeune femme qui aura vu tomber nombre de ses proches.

« Bunny » Shaw nominée pour être la sportive de l’année (Crédit photo : Jamaica Gleaner)

Pourtant malgré tout, elle a cette capacité de résilience face à l’adversité. Conjuguée à son sens inné du but, Shaw pourra à coup sûr être une des grandes attractions du tournoi. Cependant, au-delà du cadre strict d’une compétition à échelle planétaire, la Jamaïcaine aura l’occasion de porter les valeurs du sport en devenant un exemple de travail et d’abnégation pour les jeunes filles de son pays. En devenant la lumière de la Jamaïque et une étoile talentueuse brillant de mille feux.

Shaw est désormais sponsorisée par une grande firme américaine (Crédit photo : Jamaicans)

En montrant aussi qu’il est possible de pouvoir vivre ses rêves malgré la spirale de violences que connaît le pays depuis de nombreuses années. Un bien bel exemple pour celle qui est désormais sponsorisée par une célèbre marque américaine. Une bien belle leçon de vie finalement pour celui ou celle qui veut avancer dans la vie envers et contre tout.

« À la fin de mes deux années d’étude, je serai la personne qui pourra marcher droit dans la rue en me disant à la fin « je l’ai fait!! » »

Khadija Shaw, une joueuse mais pas que (Know News)

Armada sauce brésilienne VS apprentissage accélérée jamaïcaine

Toutefois, sur le terrain, pour le premier match de leur histoire en Coupe du monde, les Jamaïcaines devront être attentives. Face à la puissante force de frappe brésilienne que constitue l’attaque auriverde, les coéquipières de Shaw vivront une expérience accélérée. Que ce soit les buteuses Marta, Cristiane ou Raquel, l’inusable Formiga (41 ans) au milieu ou la défenseure Erika, le Brésil est paré à l’attaque à tous les postes.

Les Brésiliennes voudront entrer en jeu pied au plancher en attendant d’affronter les outsiders du groupe. L’Australie de Sam Kerr et Lisa De Vanna et l’Italie de Sara Gama dans des confrontations à suspens. Pour la Jamaïque, il s’agira de faire bonne figure et tenter l’impossible exploit de marquer un but et prendre des points. En espérant que Khadija Shaw montre toute l’étendue de son prometteur potentiel.

« Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu’au jour où être fort devient la seule option »

Bob Marley, l’unique (Ouest France)

Cependant, quel que soit le résultat final, la Jamaïque est déjà la grande gagnante du groupe. Au niveau image, envie et fraîcheur, leur présence nous rappelle que le football n’a pas de frontières ni de genres. Surtout, la Coupe du monde est une sensationnelle occasion de retrouver des pays atypiques et de s’enrichir de nouvelles cultures. C’est aussi cela la magie du football que de voir le petit poucet battre l’ogre établi. Pourvu que cela dure…