Samedi prochain à 21 heures, déjà un « O Clássico » pour la troisième journée de Liga NOS. Le Benfica Lisbonne accueille son adversaire de toujours, le FC Porto. Dans cette optique, il convient de s’attarder sur l’étonnant parcours des « Aigles » en 2019 et de son entraîneur, Bruno Lage.

Une des séries les plus populaires de ces dernières années est sans aucun doute la série espagnole « La Casa de Papel ». Une histoire dans laquelle un mystérieux individu dénommé « Le Professeur » réunit une bande de braqueurs et pille une banque nationale à Madrid. Chez les voisins portugais heureusement pas de telle forfanterie mais une personnalité qui n’est pas sans rappeler celle du héros de la série. Bruno Lage qui semble toujours avoir un coup d’avance sans coup férir et réussit tout ce qu’il entreprend. Amis lecteurs, attention : spoiler possible…

Tranquille comme Bruno (Crédit photo : Portugalinews)

D’une fin 2018 en eau de boudin…

Le destin est capricieux et toujours déroutant. Lorsqu’une ère commence, il est souvent facétieux de se rappeler les conditions dans lesquelles s’est enclenchée celle-ci. Le Portugal et le Benfica Lisbonne ne font pas exceptions à la règle. Qui aurait pu croire il y a à peine neuf mois que les Lisboètes auraient eu un tel parcours ponctuée d’un titre de Champion du Portugal ? Probablement même pas le plus fidèle des supporteurs tant l’équipe semblait perdue…

L’ancien entraîneur du Benfica Rui Vitória a la migraine… (Crédit photo : Geraca o Benfica Blog)

Retour à fin 2018 donc, l’équipe entraînée alors par Rui Vitória enchaînait les mauvaises performances. Probablement plombée par la Ligue des Champions, toujours dévoreuse d’énergie, les « Rouges » n’arrivaient pas à mettre en place leur jeu. Sans compter l’attitude de l’entraîneur envers l’équipe réserve qui n’aidait pas à fluidifier ses relations au club. Ce qui lui a valu un limogeage après quatre saisons mais le destin n’aime pas être fixe.

Dès lors au-delà des chiffres, quel supporteur « Benfiquiste » aurait pu à l’époque croire possible une telle alchimie entre les joueurs? Qui donc a pu permettre une telle matérialisation des rêves les plus fous? Comment mettre en place une telle qualité de jeu ? Il ne fallait certainement qu’un professeur animé d’une foi en son travail pour réussir cette performance. Pour sa première expérience au plus niveau, réussir à mettre en marche une telle performance.

… au renouveau du cœur rouge

Début 2019 le destin aura finalement le dernier mot pour propulser un quasi-inconnu sur le trône de Lisbonne. Pour finalement obtenir des résultats allant bien au-delà de toutes les espérances dans un incroyable retournement de situation. La nomination mi-janvier 2019 de Bruno Lage, entraîneur de la réserve, n’était qu’un intérim au départ destiné à faciliter une transition.

L’année 1479 fut une bonne année pour le Benfica (Crédit photo : La Grinta)

Le temps de sonder un des entraîneurs les plus prolifiques du pays, un certain José Mourinho. Si Lage n’avait aucune chance raisonnable de tenir la distance, le destin en décida autrement. Coup sur coup deux victoires face à Rio Ave (4-2) à domicile et Santa-Clara (0-2). Ensuite, une double victoire face à Guimaraes (0-1) en championnat puis en Coupe du Portugal achèveront de convaincre le Board du Benfica de laisser sa chance à l’ancien second.

La suite donnera finalement raison à cette intuition avec des buts à foison, aussi bien à domicile qu’à l’extérieur pour un titre national. Une pépite dénommée João Félix, polie et expédiée ensuite à l’Atletico Madrid de Diego Simeone pour la modique somme de 126 millions d’Euros. Sans compter les statistiques affriolantes de Rafa Silva, Alex Grimaldo ou Pizzi, de bons joueurs mais qui auront connu une merveilleuse mise en vitrine. Ainsi que la métamorphose en un renard des surfaces d’Haris Seferović et la percée d’une doublette défensive Rúben Dias– Francisco Ferro.

Bruno Lage, une reconnaissance méritée

Dans la série « La Casa de Papel », le personnage principal est la plaque tournante du jeu du chat et de la souris que se livrent policiers et braqueurs. En comptant sur sa ruse, son anticipation des évènements ainsi que la mise en place d’un plan bien huilé, « Le Professeur » semble toujours avoir un coup d’avance. Capable de bifurquer et surprendre ses adversaires dans une sorte de partie d’échecs perpétuelle.

À ce titre, le Benfica semble également avoir trouvé son professeur et bénéficie de ses talents. Jeunesse mise en avant, reconnaissance de la notion du jeu de passes, capacité à prendre des risques et football offensif. Sans oublier la prise de risque essentielle pour toute initiative. Avoir toujours un coup d’avance semble être dans les gênes de Lage qui n’hésite jamais avec mesure à mettre en avant le talent. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’il fut entraîneur dans les équipes de jeunes du Benfica.

Bruno Lage fait les comptes avec João Félix (Crédit photo : Record)

Le rêve de tout président de club que de voir, à l’instar de João Félix, sa jeunesse non seulement mise en avant mais perpétuée. En témoigne la première journée de championnat face à Paços de Ferreira. À la 26ème minute, le but de Nuno Tavares qui fut marqué du pied gauche à l’entrée de la surface. Excellent lorsque l’on sait que le numéro 71 est… gaucher et joue… arrière droit.

Nuno Tavares est un arrière droit… gaucher. Pourquoi pas après tout (Crédit vidéo : Youtube – VSPORTS – Liga Portuguesa)

Lage, l’homme apaisé et apaisant

Le Portugal vibre souvent pour le football à travers ses clubs historiques et sa passion débordante. Un pays ayant produit quantités de joueurs (Fernando Chalana, Eusébio, Luís Figo, CR7, NDLR) ne peut que vivre de manière véhémente parfois son amour du jeu. Quitte à provoquer polémiques et déclarations cavalières pour certains. Si José Mourinho est dans la provocation, Sergio Conceição chaud-bouillant comme un volcan ou Fernando Santos sérieux comme un pape, rien de tel pour Bruno Lage.

Bruno Lage et le concept de la question suivante (Crédit photo : Soccer Noticias)

Que ce soit sur le bord du terrain ou en conférence de presse, une attitude presque détachée dans ce maelstrom. Calme, posé, aimable et tranquillisant, le technicien de 43 ans semble aux antipodes de certains de ses collègues à ce niveau. De ce fait, rien d’étonnant à ce que cette bienveillance et cette sérénité soit véhiculées auprès de ses joueurs dans les moments les plus chauds.

« En Champions League, il n’y a pas de parties faciles, nous devons être prêts pour affronter tout le monde. Et nous devons regarder le panorama du football portugais et rendre hommage au FC Porto. Ces 20 dernières années, c’est le club portugais le plus marquant en Europe. »

Bruno Lage, bon diplomate avec le FC Porto (Publico)

Une gageure que peu de techniciens arrivent à accomplir, même ses adversaires directs n’arrivent pas à lui trouver de défauts. Comble de la franchise ou du politiquement correct pour protéger son équipe, même le FC Porto trouve à ses yeux grâce et Lage n’hésite jamais à en dire du bien. Si Mourinho aime enlever de la pression sur ses joueurs dans ses relations avec la presse, Lage n’a même pas besoin de forcer et son naturel le rend sympathique.

La Manita sauce portugaise (Crédit vidéo : Youtube – Sport Lisboa e Benfica)

Un avenir doré sur tranche avec Jorge Mendes?

Gestifute est la société d’un des agents les plus puissants du marché mondial, le Portugais Jorge Mendes. Dont l’écurie et les poulains se comptent parmi les meilleurs du moment : CR7 (Juventus), Bernardo Silva (Manchester City), Falcao (Monaco, Galatasaray?), Ángel Di María (PSG) ou Ederson (Man City). Un bon carnet d’adresses digne du Who’s Who qui permet donc de voir venir notamment pour un certain Bruno Lage.

Jorge Mendes et la classe portugaise. L’agent représente désormais Bruno Lage (Crédit photo : Eurosport)

Idéal également pour se positionner pour la suite de sa carrière d’entraîneur si celui-ci se décidait à quitter le Benfica. Lorsque l’on sait que Mendes a ses entrées partout et réussit à placer ses poulains, nul doute que le Professeur Lage n’aura que l’embarras du choix. Notamment en Angleterre puisque le natif de Setúbal a également eu une expérience au Pays de Galles (Swansea) et Sheffield Wednesday en tant qu’assistant.

Bruno Lage en mode Erasmus à Sheffield Wednesday (Crédit photo : Getty Images)

Un Bella Ciao au Benfica?

Quoiqu’il en soit, le Benfica est partie sur les mêmes bases que la seconde partie de saison. Une Supercoupe du Portugal remportée tranquillement 5-0 face au Sporting de Bruno Fernandes et deux matchs de championnats gagnés facilement, la dynamique n’a pas pris une ride. Néanmoins samedi prochain, tout sera également remis en jeu face au FC Porto de Moussa Marega qui vendra chèrement sa peau.

Sergio VS Bruno, acte 2 (Crédit photo : Bola na Rede)

Une bien belle occasion de voir à l’œuvre deux techniciens opposés au niveau du caractère mais passionnés. Le Portugal a surnommé José Mourinho le « Special One »… Ensuite le nouvel entraîneur de l’OM, André Villas-Boas fut dénommé le « Special Two ». Cependant, Bruno Lage s’il continue ainsi, risque bien d’être le « Special » tout court, ce qui n’en serait que plus mérité.

« Le FC Porto a un excellent entraîneur… »

Bruno Lage, fair-play (O Jogo)
« Le Professeur » soutient le Benfica Lisbonne (Crédit photo : Première)

Enfin, pour les personnes n’ayant pas vu la série ou désirant la découvrir par elles-mêmes, petit indice. « Le Professeur » a toujours un coup d’avance et arrive toujours à déjouer les pronostics. Un peu comme Bruno Lage à ses débuts qui semblent déjà si loin désormais…