La sélection féminine de soccer du Canada est très compétitive mais rate systématiquement ses rendez-vous en Coupe du Monde. Suite aux résultats des dernières années, les Canadiennes misent beaucoup sur le Mondial 2019 en France.

Le Canada et le soccer féminin est une histoire qui fonctionne bien depuis longtemps. Dans un pays où ce sport était, encore il y a peu, principalement joué par des femmes, les performances internationales ne sont pas encore au niveau espéré. Comment le Canada est devenu une valeur sûre du soccer féminin ? Peut-on considérer les Rouge-blanc-noire comme l’une des équipes favorites du mondial français de cet été ? Introspection de la sélection de la feuille d’érable qui aura de l’ambition en juin prochain.

Le soccer féminin au Canada comme une évidence

Au XXème siècle, le soccer en Amérique du Nord est loin d’être populaire. Il sera rapidement considéré comme un sport plutôt féminin laissant le football (l’autre, l’américain) et le hockey aux garçons. C’est ainsi que le soccer féminin se développa extrêmement bien aux États-Unis et au Canada dans la deuxième moitié du siècle dernier. Le 7 juillet 1986, la sélection canadienne joue son premier match officiel face aux Américaines. Premier match et première défaite, mais seulement 1 à 0 face à une nation réputée du soccer féminin mondial.

Les joueuses québécoises de la première équipe féminine de soccer canadienne en 1986
(Crédit photo : SIRC)

Son premier tournoi se déroule en 1991 : la Gold Cup (l’équivalent de l’Euro en Amérique du Nord). Le Canada y fait bonne figure et ne s’inclineront qu’en finale face aux USA (5-0), ce qui les empêchera malheureusement de participer au mondial de la même année en Chine. Ce n’est que partie remise car la sélection Canuck participera à sa première Coupe du Monde lors de l’édition suivante en 1995 en Suède. Pas de miracle, l’équipe ne sortira pas des poules (deux défaites et un nul).

Première coupe du monde en 1995 pour le Canada (Crédit photo : FIFA)

Son premier bon résultat mondial est encore leur meilleur aujourd’hui. Il s’agit d’une quatrième place lors de la Coupe du Monde 2003 aux États-Unis. Cette performance est le fruit d’une génération qui a remporté la Gold Cup à domicile cinq ans auparavant et qui impose le Canada comme une place forte du soccer féminin. Cette même génération qui voit éclore au tout début des années 2000 une certaine Christine Sinclair, porte-étendard légendaire du ballon rond dans le pays.

Rêve olympique et désillusion

L’autre grande compétition du soccer féminin, en plus de la Coupe du Monde, c’est le tournoi Olympique. Les joueuses canadiennes devront attendre les Jeux Olympiques de Pékin en 2008 pour enfin se qualifier. Mais ce n’est que lors de l’édition de 2012 à Londres que le Canada brillera. La médaille de bronze glanée par les filles fait quelque peu oublier l’immense déception du Mondial 2011. Lors de cette dernière, les Canucks étaient favorites pour un podium après leur sacre lors de la Gold Cup 2010. Mais elle se sont faites éliminées dès le premier tour…

Le Canada accueille la Coupe du Monde féminine 2015 (Crédit photo : FIFA)

Cette bonne performance olympique devait lancer l’équipe jusqu’à « sa » Coupe du Monde en 2015. Le Canada est enfin l’hôte de la plus grande compétition de soccer, son équipe semble taillée pour l’emporter et les fans attendent l’événement avec impatience. Tout semble écrire que la bande à Christine Sinclair va réussir leur compétition à la maison. Malheureusement, elles tomberont en quart de finale face à l’Angleterre. Une nouvelle déception.

Les filles en rouge se relèveront l’année d’après pour aller chercher de nouveau le bronze Olympique à Rio. En sortant notamment l’équipe de France en huitième de finale. Le Canada entame alors un nouveau cycle qui l’amènera vers la deuxième place de la Gold Cup 2018. Mais ne vous y trompez pas, la destination finale est bien sur la Coupe du Monde 2019 en France.

Le Canada remporte le bronze olympique en 2016 à Rio avec une génération mature (Crédit photo : Canada Soccer)

Pourquoi le Canada peut gagner la Coupe du Monde 2019 ?

Objectif majeur du Canada, le mondial féminin de 2019 aura lieu du 7 juin au 7 juillet prochain en France. Cette compétition semble être l’une des plus relevées de l’histoire et pourtant ce n’est que la huitième édition. Le Canada a coché l’été 2019 sur son calendrier depuis la désillusion de sa dernière Coupe du Monde à la maison. L’équipe ne jouera pas à domicile cette fois-ci mais nul doute que les liens forts entre Canadiens et Français aideront les Rouge et Blanc à se sentir un peu chez elles.

Aujourd’hui le Canada est classé cinquième au classement FIFA. Cette performance permet de nourrir de grandes ambitions à l’approche du tournoi mondial. Ce positionnement dans le top 5 international est en partie dû à un duo : John Herdman et Kenneth Heiner-Møller. Le premier nommé était sélectionneur de l’équipe jusqu’en 2018 et le second était son adjoint avant de lui succéder. Le coach danois Heiner-Møller est, avec la sélection canadienne, à 72% de victoires depuis sa prise de poste (treize succès, quatre défaites et un nul). Des chiffres de bon augure avant une Coupe du Monde.

Le palmarès de la sélection féminine canadienne
(Crédit image : Canada Soccer/Wikipédia)

Le mondial français devrait être aussi l’occasion de voir évoluer ensemble Christine Sinclair, la légende de 35 ans, et Jordyn Huitema, la prodige de 18 ans, dans une grande compétition.

Sinclair, c’est tout simplement elle qui détient le record de sélection (280)… et de buts inscrits avec le Canada (180) ! Elle est une véritable célébrité dans son pays. L’attaquante a porté l’équipe depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui. Il semble temps de passer le témoin et comme l’univers du soccer est bien fait, Jordyn Huitema arrive enfin dans la course des grandes pour lui succéder.

Christine Sinclair a marqué l’histoire du soccer canadien
(Crédit photo : La Presse)

Huitema, qui n’était pas née lorsque Sinclair a honoré sa première sélection, est la nouvelle bombe du soccer canadien. Appelée chez les A alors qu’elle n’a que 16 ans, elle évolue aujourd’hui avec le TSS FC Rovers en Women’s Premier Soccer League, la plus haute division d’Amérique du nord. Pour la petite histoire, Huitema est en couple avec Alphonso Davies, son pendant masculin qui vient de signer au Bayern Munich. La jeune prodige est annoncée comme l’une des révélations du Mondial 2019. De quoi ajouter encore un peu de piment à une épopée programmée.

Jordyn Huitema, 16 ans, marquant un doublé contre le Costa Rica en 2017 (Crédit photo : Radio-Canada)

Fortes de leurs bons résultats et d’un esprit revanchard, les Canadiennes vont se présenter en juin avec une détermination énorme. Composée de filles évoluant majoritairement aux USA, la sélection devrait malgré tout inclure des joueuses appartenant à des clubs du championnat de France. La Lyonnaise Kadeisha Buchanan, la Parisienne Ashley Lawrence et la Bordelaise Vanessa Gilles espèrent bien revêtir le maillot rouge à la feuille d’érable dans un mois. C’est bien tout un groupe de joueuses motivées qui va tenter cet été de remporter un titre historique pour l’histoire du soccer canadien.