Existant depuis 1905, les Blues de Chelsea font partie des équipes les plus titrées d’Angleterre. Cela n’empêche pourtant pas le club d’être considéré comme sans histoire.

Ce mercredi 29 mai, à Bakou (Azerbaïdjan), Chelsea affronte Arsenal en finale de l’Europa League. Une occasion en or de garnir encore une vitrine loin d’être vide, en réalité. Alors pourquoi un véritable acharnement des supporters adverses contre les Blues ? Qu’est-ce qui a pu entacher la réputation du club ? Cette hostilité est-elle vraiment justifiée ? Eléments de réponse, ici.

Les Headhunters, hooligans au sang chaud

C’est le moins que l’on puisse dire, Londres est gâté par les groupes hooligans. Si les Bushwackers de Millwall ont longtemps marqué leur empreinte sur la côte sud de la Tamise, Chelsea n’est pas ridicule de l’autre côté du fleuve avec les Headhunters. Ces deux ennemis au nom très rassurant ont de cela en commun qu’ils ont réussi à profondément salir la réputation de leur club. Dans les années 1970, ils incarnent la véritable terreur liée à la montée de la violence dans les tribunes anglaises.

Les Headhunters sont même encore plus extrêmes que les Bushwackers. Si le maître-mot des deux groupes est la violence, les hooligans de Chelsea jurent aussi par un racisme farouche qu’ils ne prennent pas la peine de cacher… Proches de groupes suprématistes voire tout simplement racistes, les Headhunters sont composés de plusieurs membres alliés au violent groupe néo-nazi « Combat 18 ». Leurs leaders se font remarquer à coup de saluts nazis à Auschwitz, de passages à tabac d’un barman sous prétexte qu’il est Américain, d’embuscades contre des supporters écossais lors de l’Euro 1996…

Dans les années 1970, les Headhunters s’adonnent à un nouveau jeu terrifiant qui va prendre le nom du club : le Chelsea Smile, un acte de violence consistant à érafler les victimes de la bouche aux oreilles à la manière du Joker. Ils n’hésitent pas non plus à attaquer les supporters adverses.

La violence comme mot d’ordre (Crédit video : Youtube, Medved Milanov)

Dans les années 1990, le groupe est interdit de stade. En 1999, un reportage de la BBC sur le groupe provoque l’envoi de deux des principaux chefs en prison. Les Headhunters se calment ensuite, tout en restant violents et présents. Des joueurs et arbitres ont reçu des menaces de mort comme Anders Frisk après le célèbre hold-up de Barcelone contre Chelsea ou encore Stephen Hunt, l’attaquant qui avait provoqué la fracture au crâne de Petr Cech avec Reading en 2007. En 2014, des bars à Paris ont été totalement saccagés par la venu des Headhunters lors de la rencontre entre le PSG et Chelsea en quart de finale de la Ligue des Champions.

S’attirant des rivaux chez tous les autres grands clubs de la capitale (Arsenal, Tottenham, West Ham), les hooligans de Chelsea ont considérablement terni l’image du club. Leurs accents racistes et leur violence sans précédent ont contribué à rendre une partie du football anglais hostile aux Blues. Sur le terrain, les joueurs ne sont pas là pour améliorer les choses. John Terry et plus récemment Diego Costa sont connus pour avoir un tempérament très sanguin. Ironiquement, le public de Stamford Bridge est aujourd’hui réputé pour être assez silencieux, le club comptant parmi ses supporters un grand nombre de fans étrangers.

Le miracle Abramovitch

La deuxième raison pour laquelle Chelsea n’a pas une grande place dans le cœur des fans anglais, c’est que le palmarès du club aura surtout été complété par la venue du nouveau président Roman Abramovitch en 2003. Si les années précédentes, le club trottait aux quatrièmes et cinquièmes places, il prend une dimension inédite à partir de la première saison du milliardaire russe à la présidence.

Abramovitch va ainsi mettre plus de 100 millions de livres sur la table pour son premier mercato. Des stars internationales font ainsi leur apparition comme Claude Makelele. Par la même occasion, il rénove le centre de formation du club ainsi que le centre d’entraînement.

Makelele, symbole du renouveau de Chelsea à partir de 2003 (Crédit photo : Premier League)

Les résultats ne se font pas attendre avec une seconde place encourageante lors de la saison 2003/2004. L’effectif est encore renforcé l’année suivante avec l’achat de futures légendes du club comme Petr Cech, Didier Drogba ou Paulo Ferreira. Surtout, Abramovitch parvient à faire venir l’homme qui avait emmené le FC Porto sur le toit de l’Europe l’année précédente : José Mourinho. Alors que le club n’avait pas remporté le championnat depuis 50 ans, il le rafle deux fois d’affilée lors des saisons 2004/2005 et 2005/2006. Oui, Chelsea est (redevenu) un club de football.

En l’espace de deux ans, Chelsea s’est imposé comme un membre à part entière du Big Four. En 2009/2010, les Blues remportent encore la Premier League après trois années qui les ont vus finir deux fois deuxième et une fois en troisième position. Pour autant, ces années ne sont pas synonyme de disette puisque le club a continué à remporter des titres avec trois FA Cup gagnées de 2007 à 2010.

Chelsea marche sur la FA Cup à la fin des années 2000 avec des victoires en 2007, 2009 et 2010 (Crédit photo : Ritesh BlogZone)

Avec l’acquisition de Fernando Torres, Chelsea atteint le Graal lors de la saison 2011/2012 avec une victoire en Ligue des Champions après une irrespirable séance de tirs au but contre le Bayern Munich. L’année suivante, le club s’offre la C3 face au Benfica. En 2015, Chelsea remporte la Coupe de la Ligue et le championnat avec la nouvelle génération constituée d’Eden Hazard, Diego Costa, Willian. Deux ans après, sous la houlette d’Antonio Conte, ils gagnent à nouveau la Premier League avec 93 points. Bref, la consécration pour oublier les démons du passé.

Il est évident que l’arrivée d’Abramovitch en 2003 a considérablement contribué à garnir la vitrine de Stamford Bridge avec l’explosion de nombre de talents comme Drogba, Hazard, Ballack, Lampard. Il ne faut pourtant pas oublier que le club avait déjà un palmarès bien rempli auparavant.

Une histoire riche avant 2003

En réalité, bien qu’elle soit beaucoup moins importante, l’histoire de Chelsea au XXème siècle reste tout au moins importante : le premier trophée remonte à 1954/1955 avec la légende Roy Bentley en pointe. Le club remplit à ce moment-là avec une affluence de 48 000 spectateurs soit la plus importante du championnat.

Si Chelsea alterne entre première et deuxième division pendant plus de 30 ans, il revient sur le devant de la scène dans les années 1990 avec une FA Cup remportée en 1997 sous la houlette de Ruud Gullit, avec des stars internationales comme Gianfranco Zola, Frank Leboeuf et Roberto di Matteo.

Ruud Gullit, joueur-entraîneur de Chelsea de 1996 à 1998, ici célébrant avec ses joueurs la victoire de la FA Cup 1997 (Crédit photo : talkSPORT)

Avec des stars déjà considérables dans l’effectif, le club gagne l’année suivante la Coupe de l’UEFA et la Coupe de la Ligue. En 2000, la FA Cup est à nouveau soulevée.

Il est également nécessaire de nuancer la richesse du club. Huitième écurie la plus riche au monde cette année, Chelsea est seulement quatrième en Premier League, derrière Liverpool (7ème), Manchester City (4ème) et Manchester United (3ème).

Pas assez de place pour les joueurs anglais, vraiment ?

Dernière chose reprochée au club : une internationalisation trop importante qui étoufferait l’essor des joueurs du cru anglais. On remet beaucoup sur la table que c’est l’arrêt Bosman qui a permis à Chelsea de retrouver le haut niveau. En effet, les plus grandes stars des années 1990 du club : Zola, Desailly, Di Matteo ne sont pas Britanniques. En 1999, Chelsea est la première équipe du championnat à proposer un onze de départ sans un seul joueur anglais !

On ne va pas se mentir, Chelsea est une équipe peu représentée chez les Three Lions. Elle est seulement la neuvième équipe qui a le plus fourni d’internationaux anglais dans l’histoire avec 40 joueurs. Lors de la Coupe du Monde 2018, seul Gary Cahill était un joueur des Blues.

Néanmoins, la politique du club est en réalité de plus en plus tournée vers la jeunesse du pays. En 2003, pour la première saison d’Abramovitch à la présidence, l’accent est mis sur les grands espoirs britanniques comme Scott Parker (22 ans) et Joe Cole (21 ans). De plus, Chelsea compte quand même nombre de légendes anglaises à la manière de John Terry (717 matchs avec les Blues pour 78 avec les Three Lions), Frank Lampard (106 sélections), Ashley Cole (107 sélections) ou encore Gary Cahill.

« Quand tu regardes Chelsea, t’as quand même pas mal de joueurs anglais. Pour moi, le problème il est pas là. Chelsea est surtout haït parce qu’il a des fonds énormes d’argent, parce que le jeu proposé est efficace mais pas beau, et parce que Mourinho était pas le plus aimé des entraîneurs »

Réponse d’un supporter de Chelsea à la question « pourquoi Chelsea est autant détesté ? »

Si le club n’est pas celui qui a été le plus représenté chez les Three Lions, la tendance risque de s’inverser. Quelques joueurs commencent à faire leurs marques au sein de la sélection nationale comme Ross Barkley (25 ans), Ruben Loftus-Cheek (23 ans) et Callum Hudson-Odoi (18 ans).

Mal-aimé à cause de ses hooligans, Chelsea a pâti d’une hostilité à leur égard qui a continué même lorsque les Headhunters se sont fait plus discrets, dérivant sur l’aspect « bling-bling » d’un club pourtant seulement quatrième plus riche du championnat. Si Chelsea est considéré comme un club sans histoire, leur plus grande légende, Gianfranco Zola, n’a pas attendu l’arrivée d’Abramovitch pour marquer son empreinte dans l’histoire du club. S’il est vrai que Chelsea n’est pas l’équipe la plus pourvoyeuse de joueurs anglais, son effectif reste néanmoins une mine d’or pour Gareth Southgate. À l’aube de l’Euro 2020.