Après deux saisons mitigées à West Ham, Javier « Chicharito » Hernández a rejoint le FC Séville dans les tous derniers instants du mercato estival 2019. À 31 ans, peut-il relancer sa carrière européenne en Liga ?

Avec le départ de Marko Arnautović en Chine, de Lucas Pérez à Alavés et la non-prolongation d’Andy Carroll, l’avenir s’annonçait en début d’été radieux pour Chicharito à West Ham, qui avait même changé de numéro pour prendre le « 9 » laissé libre par l’Anglais. Finalement, avec l’arrivée de Sébastien Haller pour 45 millions d’euros et la promesse de passer une énième saison dans la peau d’un remplaçant, Javier Hernández a préféré quitter l’Angleterre pour rallier l’Andalousie le 2 septembre dernier sur le gong du mercato.

Un Chicharito en bout de course ?

À 31 ans, Javier Hernández vient de découvrir son cinquième club européen, après Manchester United, le Real Madrid, le Bayer Leverkusen et West Ham United. Arrivé en Angleterre au cours de l’été 2010 en provenance des Chivas de Guadalajara, « Chicharito » est surnommé ainsi comme diminutif en l’honneur de son père, footballeur lui aussi, qui, petit de taille et ayant les yeux verts était surnommé « Chícharo », « petit pois ». Il s’adaptera très bien à l’environnement anglais.

Javier « Chícharo » Hernández et son fils, qui deviendra plus tard « Chicharito ». (Crédit photo : Union Jalisco)

Vainqueur de la Premier League et du Community Shield, finaliste de la Ligue des Champions pour sa première saison, il avait marqué plus de buts que Wayne Rooney ou Michael Owen et avait été élu meilleur Red Devil de l’année.​ Durant son passage à Manchester, Chicharito s’était révélé dans la peau d’un fantastique supersub, montrant des capacités exceptionnelles à sentir les coups et à se montrer décisif dans les fins de matchs. Avec 157 matchs disputés et 59 buts inscrits en quatre saisons, Chicharito était un un élément important des Red Devils sous les ordres de Sir Alex Ferguson, avec les Wayne Rooney, Dimitar Berbatov et autres Robin van Persie, tous élogieux à son sujet :

« Chaque fois qu’il entre en jeu, sa seule et unique pensée est tournée vers le but, c’est un poison pour les défenses. Tout le monde sait qu’il est très rapide et que si tu lui laisses de l’espace et du temps il est très dangereux. »

Dimitar Berbatov en janvier 2011 au sujet de son ex-coéquipier

« Il a un sens naturel du but, mais ce qui en a étonné beaucoup d’entres nous c’est son jeu aérien. En plus, il reste toujours longtemps après l’entrainement pour travailler »

Wayne Rooney, alors capitaine de Chicharito à Manchester
Le 15 mars 2011 à Old Trafford, Chicharito inscrit un doublé face à l’OM en huitièmes de finale retour de la Ligue des Champions. À Manchester United, le Mexicain s’est construit une réputation de renard des surfaces hors pair. (Crédit photo : Expansion.mx)

Cependant, dans l’impossibilité d’accéder au statut de titulaire, il avait rejoint le Real Madrid en prêt avec option d’achat après la Coupe du Monde 2014. Là encore cantonné à un rôle de remplaçant derrière Karim Benzema, le Mexicain n’avait pourtant pas démérité, marquant 9 buts en 31 matchs pour sa seule saison sous le maillot merengue, dont le but de la qualification à la 88ème minute du quart de finale retour de Ligue des Champions face à l’Atlético de Madrid. N’ayant pas convaincu les dirigeants madrilènes de lever l’option d’achat, il retourne à Manchester à l’été 2015 et joue quelques matchs en début de saison. Non désiré par Louis van Gaal, il file finalement à Leverkusen contre 12 millions d’euros.

Enfin dans la peau d’un titulaire en Allemagne, Chicharito renaît et connaît la meilleure année de sa carrière en marquant 26 buts en 40 matchs TCC, étant élu trois fois joueur du mois en Bundesliga. Après une deuxième saison moins réussie (13 buts TCC), il retrouve la Premier League à West Ham et enchaîne deux saisons en tant que remplaçant, chacune terminée avec 8 petits buts au compteur. En difficulté chez les Hammers, il décide donc cet été de rejoindre le Séville FC alors que sa carrière semble être sur la pente descendante.

Quel statut pour Chicharito à Séville ?

Au moment de rallier l’Andalousie, Chicharito est un attaquant expérimenté dont le parcours européen a été marqué par des périodes fastes et des situations difficiles, et qui semble en déclin depuis trois ans et sa fantastique saison 2015/2016. Le challenge sévillan peut être une manière de faire redécoller sa carrière, à un moment où il n’a plus le droit à l’erreur : ses qualités de buteur sont toujours présentes, comme on a pu le constater avec la sélection (il est devenu en mai 2017 le meilleur buteur de l’histoire du Tri, NDLR) et il se dit lui-même en très bonne condition physique :

« Je viens de fêter mes 31 ans et je me sens en pleine possession de mes moyens avec toute l’expérience que j’ai. C’est ma dixième saison en Europe et je ne pouvais pas espérer mieux que de la disputer ici. Monchi m’a appelé, on a discuté et je lui ai dit que si je n’allais pas à Séville je restais un an de plus à West Ham. »

Javier Hernández au sujet de son arrivée à Séville (Mediotiempo)

Recruté le tout dernier jour du mercato, Javier Hernández arrive comme un joueur de complément, dans un effectif déjà très étoffé au poste de buteur. Après les départs de Wissam Ben Yedder à Monaco et de Luis Muriel à l’Atalanta, le FC Séville a fait venir l’Israélien Munas Dabbur pour 17 millions d’euros en provenance du RB Salzburg et le striker néerlandais Luuk de Jong pour 12,5 millions depuis le PSV, alors que Munir El Haddadi est toujours au club. Avec Chicharito en plus, ce sont donc quatre buteurs de haut niveau qui sont en concurrence pour le poste de numéro 9 titulaire dans le 4-3-3 de Julen Lopetegui, arrivé cet été sur le banc des Blanquirrojos. Ce dernier a pour l’instant opté pour Luuk de Jong, meilleur buteur d’Eredivisie en titre (28 buts la saison passée) à 29 ans, qu’il a titularisé lors des cinq premières journées de Liga, Si Munas Dabbur semble clairement être le quatrième dans la hiérarchie, Chicharito se bat avec Munir comme option numéro 1 derrière le Hollandais.

Munir El Haddadi et Luuk de Jong, à droite de l’image, seront les deux principaux concurrents de Chicharito au poste de buteur à Séville cette saison. (Crédit photo : Getty Images)

Les raisons d’y croire

Malgré cette concurrence féroce et ce faible temps de jeu jusqu’à présent, Javier Hernández a des raisons de garder espoir et de croire en sa chance. En effet, l’équipe dirigée par Julen Lopetegui pratique un jeu attractif mais pour l’instant inefficace. Ses concurrents au poste de numéro 9 ne sont pas en réussite en ce début de saison. Malgré cinq titularisations d’affilées en Liga, Luuk de Jong n’a toujours pas marqué. Munir, titularisé ce jeudi soir sur le terrain d’Eibar non plus, pour le même résultat : une inefficacité qui a coûté cher aux Sévillans (défaite 3-2 alors qu’ils menaient 0-2 à la demi-heure de jeu). Ainsi, l’attaquant mexicain reste pour l’instant le seul buteur de l’effectif à avoir déjà marqué cette saison. Sixième au classement à la fin de la sixième journée, le FC Séville reste bien placé en Liga mais Lopetegui doit trouver la solution à ce manque d’efficacité sans quoi la saison risque d’être longue. À Chicharito de saisir à nouveau sa chance comme il l’a déjà fait quand il en aura de nouveau l’occasion.

Le 19 septembre dernier, Chicharito a ouvert son compteur avec le club sévillan d’un magnifique coup-franc à Qarabag pour la première journée de la phase de groupes d’Europa League. (Crédit photo : Sevilla FC)

Dans le système de Lopetegui, c’est le numéro 9 qui est au service de l’équipe et non l’inverse. Il participe au jeu, doit décrocher, apporter du surnombre au milieu et laisser des espaces dans son dos pour les ailiers. Il est donc rare de voir le numéro 9 sévillan se retrouver seul dans la surface en situation de un contre un, et les ailiers ont plus d’occasions de marquer que lui. En témoignent les deux buts sévillans ce jeudi soir marqués par Lucas Ocampos et Oliver Torres.

Or, on connaît la générosité dans les efforts et le sens du sacrifice de Chicharito, attaquant très mobile. Son style est adapté à la Liga, championnat technique et offensif, qu’il connaît pour y avoir évolué une saison. Ses coéquipiers l’ont toujours décrit comme un joueur rapide et efficace, avec un bon jeu de tête, une bonne technique des deux pieds et une frappe puissante, sans parler de ses qualités de finisseur qui sont parmi les meilleures au monde. S’il se sent en confiance, dans un climat sain et avec un schéma tactique le mettant dans les meilleures dispositions comme pourrait l’être celui de Lopetegui, Javier Hernández peut redevenir la machine à but qu’il était à Manchester et à Leverkusen. De plus, à 31 ans, il a encore quelques belles années devant lui (il a signé un contrat de 3 ans) dans un pays où les trentenaires ont la belle vie. Après deux saisons décevantes à West Ham, Chicharito est revanchard et se doit d’être performant en club pour garder sa place en sélection, notamment face à la concurrence de Raul Jiménez, alors qu’il n’est plus l’idole numéro 1 au Mexique :

« Raul Jiménez me semble aujourd’hui plus complet, il est plus jeune et dans une meilleure forme, et est performant dans le meilleur championnat du monde, la Premier League. Chicharito est un pur finisseur mais ses meilleures années sont derrière lui, et je pense qu’il est destiné à être seulement un remplaçant ou joker de luxe à Séville. »

Mikel, 21 ans, supporter mexicain.

La réussite de Chicharito à Séville dépendra très certainement des toutes prochaines semaines et de l’évolution de son statut. Si Lopetegui le titularise, l’attaquant mexicain a toutes les chances de connaître le succès qui a fait de lui l’un des meilleurs finisseurs du monde il y a plusieurs années et de relancer sa carrière. Cependant, le risque d’une nouvelle saison décevante est plus que présent devant la forte concurrence à son poste : Chicharito devra plus que jamais saisir sa chance dans les moments opportuns pour éviter de connaître les mêmes désillusions que par le passé.