Alors qu’elle compte 1,4 milliard d’habitants, la Chine n’est jamais réellement parvenue à populariser le football. Soixante seizième au classement FIFA, le pays dirigé par Xi Xinping veut désormais changer la norme et faire du football le sport roi. Comment faire ? Quels sont les moyens mis en œuvre et les objectifs de la sélection ?

À l’image de ce que le pays a réalisé avec le basket, la Chine veut devenir une grande nation footballistique. La Chine met déjà depuis plusieurs années d’importants moyens pour populariser le football. Inconnue il y a encore 10 ans, la Chinese Super League est notamment devenu un Eldorado pour les stars du ballon.
Le potentiel est présent, tout comme les premiers résultats. La saison passée, la CSL affichait 26 000 spectateurs de moyenne la saison dernière, contre 20 900 en Ligue 1.

Le modèle chinois, importation et investissement

Pour populariser le football, la Chine a tout d’abord tentée d’attirer des stars dans son championnat. Ainsi lors de l’hiver 2016, les clubs locaux ont dépensés près de 260 millions d’euros. Toutefois, afin de participer à l’essor du football national, la Ligue Chinoise a contraint les clubs à trois étrangers dans le onze de départ. Cela permet ainsi aux joueurs chinois de progresser plus vite en étant entouré de stars comme Oscar, Ramires etc…

Hulk et Oscar, stars étrangères du Shangai SIPG (crédit photo : LeParisien)

« Le président chinois Xi Jinping a donné trois objectifs : se qualifier à la Coupe du Monde, l’organiser et la gagner. Parmi les étapes, il y a le fait que des entreprises chinoises s’intéressent au foot et investissent dans des équipes européennes », explique Michel Desbordes, expert en marketing du sport interrogé par Europe 1 »

Les meilleurs entraîneurs internationaux sont eux aussi courtisés. Depuis 2016, le sélectionneur de la Chine n’est autre que Marcello Lippi, coach champion du monde en 2006 avec l’Italie. Une tâche difficile attend le maestro, qui va devoir composer avec un maigre réservoir de joueurs malgré les 1,4 milliard d’habitants que comptent le pays.

Afin de mettre en avant le football, les grandes puissances chinoises investissent dans les clubs étrangers. Ainsi, les clubs d’ADO La Haye aux Pays-Bas, du Slavia Prague en République tchèque, d’Aston Villa, Wolverhampton, West Bromwich Albion et Birmingham City en Angleterre, de l’Espanyol Barcelone en Espagne et l’Inter Milan en Italie sont passés sous pavillon chinois. La France n’est pas épargnée avec Sochaux et Auxerre. Cela a pour objectif – à long terme – d’envoyer des joueurs chinois dans ces clubs afin qu’ils progressent au sein de clubs possédant des infrastructures ultramoderne.

L’entreprise LEDUS a racheté le FC Sochaux Montbelliard, ce qui ammena le club dans une crise dont il ne parvient pas à sortir. (Crédit photo : Eurosport)

L’investissement et l’essor du football chinois ne fait pas que dans un sens. En effet, depuis quelques années, nombreux sont les clubs à se développer dans l’Empire du Milieu, que ce soit sur les réseaux sociaux ou via des centres académiques. Le LOSC en est le parfait exemple. Alors qu’ils s’étaient développés sur les réseaux sociaux chinois en mars 2017 puis avaient créés le site du club en mandarin quelques mois plus tard, les Dogues viennent de franchir un palier dans l’optique de leur développement international.

https://twitter.com/losclive/status/1083037858808635393

Le club nordiste a en effet mis en place les LOSC All In Soccer Schools, des écoles privées dont la première est située à Suzhou. Ce projet concret et imaginé sur le long terme vise avant tout à participer au développement du football en Chine et à accroître durablement, de façon cohérente et consistante, la visibilité et la notoriété du LOSC sur le territoire. Déjà 2500 jeunes chinois ont intégrés les écoles de football lilloises. Le LOSC pourrait très bien, à long terme, être un véritable réservoir de pépites chinoises et ainsi participer à la révolution footballistique du pays.

Quels sont les freins auquel la Chine fait encore face ?

Si la Chine se donne beaucoup de moyens et de bonne volonté pour y parvenir, le chemin semble malgré tout encore long. Le premier fait que l’on peut reprocher à la Chine est l’absence de championnats juniors. Si le pays a créé de nombreuses académies, les joueurs ne font que s’affronter entre eux au sein d’un même club. La création de championnat par classe d’âge (U10, U15, U17…) comme en France et un peu partout ailleurs aiderait grandement au développement de ces jeunes, ne serait ce que par le fait de jouer pour quelque chose, jouer pour une victoire, pour un titre. Cela leur permettrait également de gagner en maturité et en niveau de jeu, puisqu’ils n’affronteraient plus les mêmes joueurs.

La relève de la sélection chinoise est-elle assurée ? (crédit photo : TheseFootballTimes)

En Chine, le football amateur n’existe pas, et c’est l’un des plus gros problèmes qu’encontre la Chine dans son développement. La seule autre façon de développer le football pour le moment, c’est de travailler sur le foot scolaire. Culturellement, les Chinois n’ont pas l’habitude du travail individuel. Ils aiment surtout le football spectacle et sont très en retard en termes de nombre de licenciés. En 2014, le sélectionneur U16 ne disposait que de 90 joueurs à sa disposition. Pour un pays d’1,4 milliards d’habitants. À titre de comparaison, il y a plus de 55 000 licenciés U16 français.

L’équipe nationale n’a participé qu’à une seule Coupe du Monde dans son histoire et cela remonte à 2002. Récemment, les Chinois ont réalisés une performance convaincante en atteignant les quarts de finale de la Coupe d’Asie. Toutefois, le pays n’a pu cacher sa honte et sa déception lors des qualifications à la Coupe du Monde 2018 où la Chine a terminé avant-dernière de son groupe devant le Qatar.

Outre leur titre de champion d’Asie acquis en finale face au Japon (1-3), le Qatar par ailleurs a inconditionnellement pris de l’avance sur la Chine avec la création de l’Aspire Academy. Le pays – malgré sa faible démographie – regorge de jeunes à fort potentiel. Les Qataris ont été d’ailleurs en finale de cette Coupe d’Asie face au Japon avec 19 joueurs provenant de l’Aspire Academy ! La Chine serait inspiré de prendre le Qatar comme modèle pour son développement

Ainsi, le projet chinois est très prometteur. Chaque partie fait des efforts. Les compétitions intercontinentales amicales y sont organisées chaque été, les clubs créent des écoles de football et les Chinois investissent en Europe. Tout porte à croire qu’avec la mise en place du football en pratique scolaire, le pays va parvenir à se développer. Il est cependant important de s’adapter au football moderne et ainsi mettre en place des compétitions de jeunes. Ceci s’avère d’une importance capitale pour la progression de ceux-ci.