« Zizou » va disputer sa troisième finale de Ligue des Champions en tant qu’entraîneur principal. La légende madrilène fait plus que gagner avec son équipe de toujours : il a aussi gagné en crédibilité. 

De footballeur de génie à entraîneur sans limites. C’est le moins que l’on puisse dire après ses prestations époustouflantes sur le banc merengue. Lors de la saison 2015/2016, Rafael Benitez (transfuge du Napoli) revient par la grande porte avec une étiquette de revanchard. Ses exploits à Liverpool (tiens donc) où il glanera la Ligue des Champions en 2005 face au Milan AC et sa science tactique instaurée au Napoli lui ont redonné du crédit. Et pourtant. Dépassé après une cinglante raclée subie contre le Barça (0-4) à domicile, Florentino Perez n’hésite pas une seule seconde à le démettre de ses fonctions. Zidane entraîne alors la Castilla (les jeunes du club). Le président du Real ne s’attendait pas à ce que ce choix bouleverse brutalement le destin de son club.

Le motivateur

Zinédine Zidane est l’un des seuls à avoir tout gagné dans sa carrière. Absolument tout. La Coupe du Monde en 1998, l’Euro 2000 et bien sûr la Champions League en 2002 avec un but sublime. Qui de mieux que lui pour attirer les trophées comme un aimant ? Zidane a « la gagne » dans le sang. Il captive et fait capitiver. Mieux vaut l’avoir dans son équipe. Alors adjoint de Carlo Ancelotti en 2014, l’ancien milieu de terrain apporte son expérience de « la gagne » même dans une situation très mal embarquée après l’ouverture du score rapide de l’Atletico en finale de la LDC à Lisbonne. Zinédine Zidane pousse, transcende ses joueurs. Son aura de « Superman » du foot plaide pour lui mais encore faut-il faire ses preuves sur le banc. Le Real se surpasse et arrache l’égalisation à la 93ème par Sergio Ramos et écrasera les Colchoneros de Diego Simeone 4-1 après prolongation. La Decima. Douze ans après ses exploits au Hampden Park de Glasgow face au Bayer Leverkusen, Zidane fait encore des choses incroyables sans le ballon au pied. Et cette image fera le tour du monde !

Le stratège (et le talent)

Le vestiaire madrilène dans sa poche, Zinédine Zidane n’est pas fait comme les autres. A contrario d’un Laurent Blanc (à Bordeaux) ou d’un Didier Deschamps (à Monaco) débutant leur carrière d’entraîneur dans des clubs « normaux », l’ancien numéro 10 de l’équipe de France commence dans un club où la pression est dans l’ADN. Au Real Madrid, on est habitué au prestige, aux trophées. On veut les meilleurs du monde sous la « camiseta blanca ». Florentino Perez l’a bien compris même si ses méthodes peuvent paraître radicales comme la décision de virer Rafa Benitez ou Carlo Ancelotti, son prédécesseur, quelques mois après avoir remporté la Décima ! Zidane doit innover. Prouver sa place. Lors de son intronisation, Zidane se montre cohérent dans ses choix et place Casemiro en sentinelle dans le 4-3-3. Le début de la révolution. Le Real monte en puissance et revient même à un point du Barça en Liga. Mais surtout, les Merengues remporteront la « UnDecima », la onzième de leur histoire, face à l’Atletico aux tirs au but (1-1 ; 5-4 TAB) à San Siro. Lors de ses premiers mois, Zidane a apporté de la stabilité et de la confiance. Chez les joueurs, le déclic mental est survenu et le talent a fait le reste. Le petit truc en plus qui fait la différence.

Cristiano Ronaldo, le fer de lance

Par la suite, on découvrira un Zinédine Zidane qui s’adapte à l’adversaire. Elastique sur le plan tactique, l’ancien entraîneur de la Castilla ne se base pas seulement sur le 4-3-3 cher à la BBC. En 2016/2017, le Real Madrid joue souvent en 4-4-2 en losange avec Isco en vrai chef d’orchestre. Gareth Bale sera même sacrifié suite à sa baisse de forme. Mais un homme profitera de tous ces recadrements tactiques : Cristiano Ronaldo. Jugé de plus en plus vieilissant, Zidane façonne son équipe autour de lui et ça marche ! Grâce à cette philosophie, le Real enchaîne 40 matchs sans défaite toutes compétitions confondues (avant une défaite à Séville en championnat) et réalisera le doublé coupe-championnat. Car oui, Zidane s’en sortira face à la Juventus en finale la saison dernière. Une leçon tactique où il demandera à ses protagonistes de jouer sur les côtés avec l’apport des latéraux Marcelo et Dani Carvajal face à la rigueur de la Vieille Dame. Loin d’être le joueur 100% skills de Manchester United, Cristiano Ronaldo revit et inscrira un doublé. Zinédine Zidane s’adapte et met son meilleur joueur dans une position axiale où il écrase tout sur son passage.

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Le coaching gagnant

Face au PSG cette saison, le Real de Zidane n’a pas fait dans la demi-mesure. Après un match plus qu’accroché à l’aller, les Merengues – menés 0-1 – s’en sortent 2-1 grâce à un nouveau coup de genie tactique du natif de Marseille : le coaching. Lucas Vasquez et Marco Asensio sont les principaux jokers lancés par Zinédine Zidane pour sauver son club d’un bien mauvais scénario. Au Parc des Princes lors du match retour, les madrilènes donne une leçon d’expérience au Paris SG le 6 mars 2018 (1-2) malgré avoir été mené par un but d’Edinson Cavani à la 71ème. Tel les « TekNo » dans le dessin animé Foot 2 Rue, les titularisations d’Asensio et Vasquez (passeur décisif) ont fait du bien. Fut un temps, Coach Zidane avait James, Morata et Danilo sur le banc …

Cette qualité sera nécéssaire dans l’optique de remporter leur treizième Ligue des Champions. Avec tous ces ingrédients, Zinédine Zidane sera le troisième entraîneur à disputer trois finales de rang en Ligue des Champions  avec Fabio Capello (AC Milan : 1993, 1994 et 1995) et Marcello Lippi (Juventus : 1996, 1997 et 1998). En cas de victoire ce soir, sa légende sera un peu plus ancrée dans l’histoire du football. Avec Zidane, tout va trop vite.