Le 4 août 2017, Neymar s’engageait au Paris Saint-Germain pour 220 millions d’euros. Ce même-jour, Juan Mata fondait Common Goal, une association qui consiste à reverser 1% de son salaire afin d’aider des populations défavorisées dans le monde.

C’est l’histoire d’une association fonctionnant sous la forme d’un fond collectif et qui travaille en collaboration avec streetfootballworld, qui regroupe près de 120 œuvres caritatives répartis dans 80 pays différents. Le salaire des joueurs de football a toujours été tabou pour les non-amateurs de ce sport. Pour certains, ce sport se résume même à « des millionnaires courant derrière un ballon ». Mais ce que l’on oublie souvent, c’est que bon nombre de ces mêmes « millionnaires » œuvrent pour des associations caritatives. On peut citer par exemple Thierry Henry avec Médecins sans Frontières, Rio Mavuba avec Une Nuit à Makala, Salomon Kalou avec la Fondation Kalou et… Juan Mata avec le Common Goal. Cette dernière association est tentaculaire et a, la semaine passée, accueillie son centième membre. Coup d’œil.

Solidarité et générosité comme maître-mots

« Ce que nous essayons de faire est simple : définir un objectif social partagé pour le football ». C’est ce qu’a expliqué Juan Mata lors du lancement du projet. « Common Goal va au-delà des marques et ego individuelles et individualistes pour avoir un impact global et marquant. En faisant cette promesse, nous espérons créer une connexion durable entre le football comme business et le football comme outil et agent social ».

Le principe est simple, en effet. Toute personnalité rejoignant le projet s’engage à verser au minimum 1% de son salaire. Le processus est identique pour tous : après avoir discuté avec les fondateurs de Common Goal, les néo-membres choisissent un projet qu’ils vont financer à hauteur de 1% de leur salaire minimum, car certains vont jusqu’à donner 2% ou 3%. L’idée sur laquelle repose le projet est de choisir un seul et même domaine (comme des constructions d’écoles en Afrique) et de se concentrer totalement dans ce dernier afin d’avoir un impact immédiat et important.

« Je crois plus que jamais que le football peut changer le monde. Comme sur le terrain, où nous devons travailler ensemble, c’est exactement ce que nous faisons avec ce mouvement. Ensemble, nous allons construire un mouvement basé sur le partage de valeurs dans l’industrie du football. »

Juan Mata à propos de Common Goal

Parmi les actions menées à l’heure actuelle par l’organisation, on retrouve des cours d’éducation sexuelle au Nigeria, la promotion de la paix en Colombie, la lutte contre le chômage au Royaume-Uni ou encore l’émancipation de jeunes filles en Inde. Lors de sa première année d’existence, Common Goal a réuni 700 000 euros, soit 200 000 euros de plus que leur objectif. L’association est d’ailleurs soutenue par des footballeurs, l’organisation est reliée à Streetfootballworld, un projet regroupant différentes associations caritatives qui militent pour des changements sociétaux à travers le football, ayant trait à l’éducation, la santé, la scolarisation, la paix ou encore l’écologie.

« Un projet fantastique démarre aujourd’hui » (Crédit Twitter : Juan Mata)

De nombreuses personnalités du monde footballistique déjà présentes

La première personnalité à avoir rejoint le mouvement n’est autre que le président de l’UEFA, Alexander Čeferin. Désormais, de nombreuses personnalités footballistiques ont adhérée au projet tels que Mats Hummels, Giorgio Chielini, Shinji Kagawa, Alfie Mawson, Serge Gnabry, Denis Aogo, Alex Morgan et même un entraîneur : Julian Nagelsmann, ancien technicien d’Hoffenheim. Cette semaine, les Australiennes Aivi Luik et Alex Chidiac sont devenues les 99e et 100e personnalités à rejoindre Common Goal. Une organisation respectant donc une équité parfaite avec cinquante personnalités masculines et cinquante personnalités féminines. Sur cent membres, trois Français font partie de l’association : Eric Cantona, le Youtubeur Vinsky et Méline Gérard, gardienne de Montpellier. Aucun joueur de Ligue 1 ne fait partie de l’association depuis le départ d’Alassane Pléa au Borussia Mönchengladbach.

La vidéo de présentation d’Eric Cantona, toujours classe. (Crédit vidéo : Youtube Common Goal)

Il n’y a toutefois pas uniquement des hommes et femmes, mais également des clubs qui ont rejoint Common Goal depuis sa création. En mai 2018, les Danois de Nordsjaelland représentent le premier club à rejoindre l’association. Ainsi, tous les membres du staff technique ainsi que tous les joueurs reversent depuis 1% de leur salaire à l’association. Quelques mois plus tard, le Manchester United Supporters Trust est devenu le premier club de supporter à prendre part au mouvement, versant ainsi une part de ce que l’association perçoit chaque année. Enfin, Common Goal possède également de nombreux partenaires comme EA Sports, One Football, Facebook, Classic Football Shirts ou encore 90min et Banco Santander.

« Je ne veux pas qu’on me voie juste comme un joueur de foot »

Pour certains membres, aider et contribuer à rendre le monde meilleur lorsque l’on est un footballeur n’est pas un choix, mais un devoir. Le défenseur de l’Udinese William Troost-Ekong déclarait notamment qu’il avait « la chance de faire un boulot qu’on aime et pour lequel on gagne beaucoup d’argent » et que les joueurs avaient ainsi une « responsabilité avec cet argent » car ces derniers devaient essayer « d’avoir une incidence sur le monde, que cela soit pour sa propre famille, son entourage ou à travers des œuvres de charité ».

L’international nigérian apportait notamment un message de paix au moment où il a rejoint l’association, un message à l’attention de tous ses pairs. « Le football est très puissant et en considérant notre position et la portée de notre voix, on a cette responsabilité d’avoir un impact auprès de gens qui ont besoin d’aide. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question d’argent, on peut aussi agiter les consciences et sensibiliser les gens » déclare-t-il.

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Cette semaine, Common Goal a franchi le seuil des 100 membres (Crédit Twitter : @brfootball)

Alex Runar Runarsson essayait quant à lui de se détacher au maximum de cette étiquette de footballeur privilégié lors d’une interview à SoFoot : « Je sais ce que les gens pensent des footballeurs. Je ne veux pas qu’on me voie juste comme un joueur de foot. C’est une des raisons qui expliquent ma participation à Common Goal. Je veux que les gens voient aussi que je suis quelqu’un de normal. J’aime aider les autres ».

Des choix forts par rapports aux vécu des footballeurs

Choisir qui aider est un choix incontestablement difficile à prendre tant le besoin est grand. Ainsi, les membres choisissent régulièrement un domaine en fonction de leur vécu. Par exemple, William Troost-Ekong a choisi une association intervenant au Nigéria. Il le justifie notamment de par la pauvreté et l’inégalité qu’il a vu dans le pays lors de ses précédents voyages. « J’ai grandi aux Pays-Bas mais j’allais en vacances au Nigeria. Depuis tout jeune, j’ai pu voir ce qu’était la pauvreté et la chance que j’avais de vivre en Europe. J’ai constaté combien les opportunités étaient plus évidentes et faciles selon le lieu de naissance de chacun, un élément qu’on ne contrôle pas. J’ai choisi le projet YEDI Skills Girl qui aide les jeunes filles vulnérables en leur apportant un soutien scolaire, une éducation à la sexualité et des clés pour leur vie future ».

Common Goal, un but commun (Crédit Vidéo : Youtube Common Goal)

Eric Cantona évoque quant à lui le parcours de ses grands-parents maternels qui ont fui la dictature de Franco en Espagne. « Le football donne du sens à votre vie, oui. Mais la vie donne aussi du sens au football » décrit-il. « Je ne parle quasiment jamais de mon histoire personnelle. C’est très difficile. Mais je partage un bout de cette histoire pour une raison importante ».

Fondateur de l’association, Juan Mata affirme vouloir « laisser un héritage » dans un sport qui lui a tout donné. « Je savais à quel point j’étais chanceux d’avoir des opportunités comme j’ai eu » affirmait-il en 2017. Common Goal est ainsi une association qui se développe de plus en plus dans le monde du football. Même si les fondations de tout footballeurs sont légitimes, on se demande si la mise en place d’une seule et même association globale ne permettrait pas de faire changer les choses d’une manière importante. Imaginez ne serait-ce qu’une minute si des Kylian Mbappé, Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo versait ne serait-ce qu’un pourcentage de leur salaire…