Des petits, des grands, parents, enfants, grands-parents, cousins, une foule joyeuse. Ils étaient 45 000, impatients de pousser leur équipe de France pour ce match d’ouverture face à la Corée du Sud. Ils voient la France aller au bout, se méfient de l’Allemagne. Rencontre avec Mélissa, Christelle, Elisa et Marc.

Au Parc des Princes, 18h30. Ligne 9. 18h30, heure des mélanges. Ceux qui rentrent du travail, tenue de ville, cravate, cernes aux yeux, croisent les supporters maillot bleu, drapeaux et perruques tricolores, yeux brillants. On échange quelques mots, on plaisante, quelques chants retentissent. Cravatés et supporters, même combat. À Porte d’Auteuil le peuple bleu descend, celui des cravatés s’est déjà évaporé au fil des stations de cette ligne qui traverse Paris de part en part, d’Est en Ouest, de Montreuil à Sèvres.

Les portes ne sont pas encore ouvertes, les supporters sont déjà prêts

Les bandes tricolores que Maman tracera sur mes joues

Les portes du stade n’ouvrent qu’à 19h, une demi-heure, le temps qu’il faut pour parfaire les derniers préparatifs. Les bandes tricolores que Maman me tracera sur les joues, le drapeau à déployer, et hier soir, tempête oblige, l’écharpe à réajuster. Il n’a pas plu, comme un signe favorable des divinités footballistiques qui bien sûr, résident toutes aux cieux, et qui elles aussi n’ont pas voulu être dérangées par des éléments climatiques pour leur match d’ouverture de la Coupe du Monde.

Il y a des écoles de football, venues en groupe, filles, garçons, ou que filles qui n’en reviennent pas d’être là, à deux pas du Parc des Princes, temple de leurs idoles.

On vient de France et de Navarre pour ce match d’ouverture, y compris de Besançon. Voici l’équipe du Racing Bensançon ! (crédit Twitter : @SyaneDalmat)

Les drapeaux sont de sortie, les bonnets phrygiens à coq aussi. On se masse, on se presse, mais sans empressement. Les démarches sont joyeuses, calmes, on veut savourer chaque minute des instants qui s’annoncent, on sait qu’on ne les revivra pas de sitôt. Pensez… Une Coupe du monde à la maison ! Ça n’arrive que tous les vingt ans et encore…

Autour du Parc, et dans le Parc. Les portes n’ont pas encore ouvert qu’on attend ce qui se trame dans l’enceinte sacrée. Répétition de la Marseillaise, reprise par les supporters à l’extérieur qui se sentent voluptueusement gagnés par cette fièvre, celle qu’on aime tant. Du bleu partout. Partout. Où que porte le regard. Du bleu, du bleu, du bleu.

« Les Bleues ont de grandes chances d’aller au bout » Mélissa et Christelle (Metz)

Bleues Christelle et Mélissa, venues de Metz en voiture, pour le match seulement, retour dans la soirée. 26 et 31 ans. Journée de RTT posée. Hors de question de rater ce match d’ouverture. Elles ont joué au foot, ne jouent plus, mais suivent de très, très près.

«  Les Bleues ont de grandes chances d’aller au bout. Au début on n’était pas très sûres, mais Corinne Diacre les pousse. Elles ont un mental plus fort, plus de cohésion. »

Mélissa et Christelle

Pas très sûres au début ? « Oui, elle ne sélectionnait pas quelques joueuses importantes comme Gaëtane Thiney, alors… »

Gaëtane Thiney, numéro 17. Le maillot que porte Mélissa. Gaëtane, la joueuse qui ne lâche rien, qui a travaillé son mental avec une coach particulière, apprendre à gérer ce qui peut nous entraver. Et puis Gaëtane aussi, car c’est certainement sa dernière Coupe du monde.

Mélissa et Christelle sont venues de Metz pour encourager les Bleues qu’elles voient aller au bout de la compétition

« J’ai pris une photo avec Gaëtane » Elisa (12 ans, Egreville)

Numéro 17, Gaëtane Thiney. C’est aussi ce maillot que porte fièrement Elisa, 12 ans.

« Gaëtane ? Je l’ai rencontrée en vrai il y a deux ans, pour le match Juvisy/Olympique de Marseille. C’était le jour de mes dix ans. L’entraîneuse m’a permis de voir Gaëtane, j’ai même pris une photo avec elle ! »

Elisa, 12 ans

La photo depuis a été encadrée. Elle trône dans la chambre.

Elisa, 12 ans, fan de la première heure de Gaëtane Thiney, veut voir tous les matchs de la Coupe du monde

Elisa est venue en famille, avec maman, papa, Bastien son cousin de 9 ans, et sa grand-mère, fan du football joué par les filles. C’est elle qui pour l’anniversaire d’Elisa le 25 mai dernier lui a offert une place pour le match d’ouverture. Elisa vient d’Egreville, dans le 77. Elle joue en attaque à l’Amical du Bocage comme son cousin Bastien. Mais Elisa est la seule fille de l’équipe. Elle marque des buts, et ça lui convient bien. Du bleu partout chez Elisa, le maillot évidemment, le survêtement équipe de France, dans ses yeux vifs aussi lorsqu’elle annonce qu’elle compte bien continuer le foot encore et encore.

« Je veux voir tous les matchs, enfin peut-être pas tous en entier parce qu’il y a encore école… ». Elisa craint l’Allemagne, une grosse équipe pour elle.

« Mettre les filles au même niveau que les garçons » Marc (Quincy-sous-Senard)

S’il n’y avait que l’Allemagne ! Pour Marc, venu en bonne compagnie du Quincy-sous-Senard avec Florence, Nathalie et Alexia et une réplique de la Coupe du Monde (enfin, peut-être que c’est la vraie, on ne sait pas vraiment…), le danger vient aussi des États-Unis, de la Norvège, et du Japon. Bref, de tout ce qui, dans ce bas monde, a déjà brandi une Coupe du Monde.

Florence, Marc, Alexia et Nathalie sont venus du Quincy-sous-Senard (Essonne) pour aider les Bleues à remporter la coupe du monde

Pour Marc, être au Parc ce soir-là, c’est une question de principe :

« J’étais déjà au match d’ouverture de la Coupe du monde 98. »

Marc

Mais c’est aussi pour dire que les filles doivent être au même niveau que les garçons. « Elles pleurent pas autant que les hommes, et puis elles se sont vraiment beaucoup améliorées sur le plan technique ! » affirme-t-il.

Florence, son épouse :

  • « Elle sont moins brouillon que les footballeurs même ! »

Marc :

  • « Ah non, quand même pas ! »

Florence, ferme sur ses positions :

  • « Oui, moi je trouve. »

Florence, maillot bleu sur le dos, son cadeau de fête des mères. Mais contrairement à Elisa et Mélissa, pas encore floqué :

« Je vais le faire ! Mais j’hésite entre Henry, Le Sommer, Renard… Je vais peut-être mettre les trois ? »

Florence

Marc lui aussi porte son maillot tricolore, avec deux étoiles. Il regarde le maillot de sa femme, la poitrine gauche, l’endroit du cœur, désétoilé : « Elles la méritent cette étoile ! On les aidera à aller la chercher ! »

Il a confiance en Corinne Diacre, qui finement, a mis une bonne pression sur ses joueuses. Pour ce match d’ouverture, son pronostic est un 4-0. De toute évidence, Marc est très inspiré pour ce Mondial, alors lorsqu’il brandit sa Coupe du Monde vers le ciel de ce mois de juin parisien. On a l’impression d’être transposé un mois plus tard, le 7 juillet, sous le ciel lyonnais, un feu d’artifice bleu, blanc, rouge. Bleu-blanc-rouge. Forcément.