Les Girondines sont là, accrochées à leur troisième place. Elles animent la compétition en cette seconde partie de saison, pour ce qui n’est pas de près, de loin, l’Olympique Lyonnais ou le Paris Saint-Germain. Troisième. Une place normalement dévolue à Montpellier. Les Bordelaises ont-elles la capacité de lutter ?

La moitié de la saison est derrière nous. Sans surprise : Lyon en haut, Rodez en bas. Entre les deux extrêmes, les inconnues, les surprises. Surprise mais attendue, la résistance du Paris Saint-Germain, deuxième au classement, à seulement deux points des Lyonnaises, contraignant les filles de Reynald Pedros à ne commettre aucun faux pas. Inconnue à ce jour, l’équipe qui rejoindra vraisemblablement Rodez en D2 la saison prochaine. Metz, Lille ? Inconnue aussi, l’équipe qui finira sur la troisième marche du podium.

La troisième place, aujourd’hui, c’est un titre honorifique uniquement. Elle ne permet pas de qualification pour quelque compétition européenne que ce soit. L’honneur en revient aux deux premières. Cette année Lyon et Paris. Mais la troisième place, ce n’est pas rien non plus. D’habitude ça se joue entre le Paris Saint-Germain et Montpellier. Lyon, Paris, Montpellier. C’est de nos jours la coterie fermée, le petit entre-soi qui fréquente les cimes, ne laisse que des miettes aux autres.

D’habitude, la 3ème place en championnat se joue entre Montpellier et le Paris Saint-Germain. Cette saison, Bordeaux bouscule cette hiérarchie (crédit photo : le Parisien) 

Faites vos jeux, rien ne va plus

Cette saison, c’est la rébellion. Voilà que le Paris FC et surtout Bordeaux viennent bousculer l’ordre établi. Et voilà que cette troisième place que l’on croyait vouée à Montpellier est confortablement occupée par les Girondines, avec 27 points, et un match en retard. 27 points, comme Montpellier, avec en prime une belle différence de buts +15. Faut dire que la gifle infligée à Metz 11-0 a permis de soigner les stats, ce fut lors de la septième journée, le 20 octobre 2018. Les Girondines, elles, sont moins dans l’ostentation : +1 de différence de but.

La spécificité du championnat féminin est de privilégier l’ombre à la lumière. Cela ne sert à rien de mettre des grosses pâtées de temps à autres, quand l’envie vous en prend. On privilégie l’avantage sur l’adversaire direct. Celui qui compte le même nombre de point au classement. Et pour cette saison 2018/2019, Claire Lavogez et ses coéquipières ont pris l’avantage sur les Pailladines, grâce à la victoire 1-0 en deuxième journée de championnat. Le match nul retour, 2-2, n’effacera pas l’avantage des Bordelaises : à nombre de point égal, elles passeront toujours devant les Montpelliéraines.

Quand Bordeaux mate Montpellier sur son propre terrain (crédit vidéo : Canal +)

La question qui brûle les lèvres

Les Girondines coifferont-elles les Montpelliéraines pour la troisième place ?

Pour leur troisième saison consécutive parmi l’élite, les filles de Jérôme Dauba ont jusqu’ici accompli un parcours solide. Elles ont su gagner quand il le fallait. Avec quelques faux pas et un gros passage à vide entre la fin octobre et le début du mois de novembre, où elles ont enchaîné quatre défaites consécutives, face à Lyon (3-0, 7ème journée, le 21 octobre), le Paris Saint-Germain (2-0,  9ème journée, le 4 novembre). Et plus étonnamment, face au Paris FC (5-0, le 27 octobre, 8ème journée, plus lourde défaite de la saison à ce jour) ou surtout face à Metz (1-0, match reporté de la 1ère journée, le 30 octobre). Les matchs à venir ne seront pas une sinécure. Lyon, Paris Saint-Germain, Paris FC et un déplacement chez le voisin sojaldicien, que les Girondines n’ont encore jamais réussi à battre.

D1 Le Mag relate de l’intérieur la défaite de Bordeaux face à Soyaux (11ème journée), adversaire jamais battu par Claire Lavogez et ses coéquipières (crédit vidéo : YouTube FFF)

Les cieux montpelliérains seront plus cléments, avec une fin de saison largement à la portée des filles de Jean-Louis Saez qui affronteront principalement des équipes luttant pour leur survie en D1 : Metz (10ème) Rodez (12ème), Lille (11ème). Le plus gros morceau sera Guingamp (23 mars, 19ème journée), accessoirement battu 5 buts à 1 sur la pelouse guingampaise (11ème journée, le 24 novembre). On pourrait raisonnablement s’attendre à un sans faute de la part des Héraultaises qui ont retrouvé leur rythme de croisière après un début de saison cataclysmique.

Des Bordelaises Asseyi-dépendantes

Pour se maintenir à cette troisième place, envers et contre toutes, les Girondines devront compter sur une Viviane Asseyi des grands soirs. Arrivée cette saison à Bordeaux en provenance de l’Olympique de Marseille, l’internationale française porte quasiment à elle seule l’attaque bordelaise. Auteur de 8 des 18 buts inscrits en championnat, elle est indispensable. Quand Viviane s’enrhume, c’est toute l’équipe qui éternue. Le passage à vide de l’automne, c’est le passage à vide de Viviane. C’est le moment où Corinne Diacre l’a écartée de la sélection pour « la piquer », selon son expression. Elle doit faire mieux.

Longue interview de Viviane Asseyi, qui confie avoir été « piquée » par le fait de ne plus être sélectionnée par Corinne Diacre (crédit vidéo : YouTube Gold FM)

Asseyi a reçu le message cinq sur cinq, a enchaîné les bonnes performances, retrouvé la sélection. Claire Lavogez, ses deux buts et quatre passes décisives, ou Rose Lavaud et ses deux réalisations sont loin des stats Asseyi. On peut lire l’arrivée en provenance du PSG de l’internationale turque Melike Pekel lors du mercato d’hiver comme une réponse à cette dépendance Asseyi.

Prêtée par le PSG, Melike Pekel arrive pour renforcer l’attaque girondine (Crédit Twitter : @fcgbgirls)

Cela sera-t-il suffisant ? De son côté, Montpellier dispose d’atouts offensifs majeurs. Clarisse Le Bihan réalise une saison exceptionnelle avec 11 buts déjà au compteur, suivie par l’internationale belge Janice Cayman et ses 7 buts, et par les 6 réalisations de l’internationale suédoise Stina Blackstenius.

D’autres buteuses, d’autres buteuses !

Les Bordelaises n’ont pas le choix des armes. Leur calendrier est challenging comme disent les entreprises, pour éviter de dire hyper hyper chaud. Pas le choix des armes offensives non plus. Si Melike Pekel, née à Munich, a marqué dès sa première apparition, il lui faudra confirmer, soutenir une Viviane Asseyi qui n’est pas partie pour une baisse de régime vu l’objectif Coupe du Monde et les piques de Corinne Diacre. Mais personne n’est à l’abri d’une blessure.

Viviane Asseyi a déjà inscrit 8 buts cette saison, elle est l’arme offensive incontournable des Girondines (crédit Twitter : @fcgbgirls)

En début de saison, l’objectif des Bordelaises était d’intégrer le top 4. Cela pouvait paraître prétentieux pour une équipe qui finit dixième en 2016/2017 et septième en 2017/2018. Les arrivées notamment de Claire Lavogez, Vanessa Gilles (internationale canadienne), Mylaine Tarrieu, Romane Bruneau, Viviane Asseyi et Maëlle Garbino à l’été 2018 rendent cet objectif plus qu’atteignable.

Pour dépasser Montpellier d’une tête, nécessairement courte, la recette devra rester la même : force du collectif, rigueur défensive (17 buts encaissés, troisième meilleure défense après Lyon et Paris), une Viviane Asseyi de classe internationale. Et d’autres buteuses encore. D’autres buteuses surtout.