Du foot féminin en France, nous connaissons l’Olympique Lyonnais, le Paris Saint-Germain. Comme si le reste n’existait pas. À huit mois de la Coupe du monde en France, nous parlons de Rodez, une des rares équipes à être entraînée par une femme Sabrina Viguier.  

La nouvelle est tombée. La tête de Franck Fanzel aussi. Le coach messin ne se relèvera pas des 11 buts encaissés par ses filles face aux Montpelliéraines le 20 octobre dernier. La lame de la D1 dansait sur sa nuque depuis la reprise du championnat en août. 6 matchs, autant de défaites, jusqu’à la dernière, véritable hécatombe. À Rodez, la situation n’est pas plus brillante.

Sale temps pour les lanternes rouges 

Dans le crâne de Sabrina Viguier, ça doit gamberger. Maigre bilan pour cette native de Rodez, ancienne joueuse de Montpellier, Lyon, et internationale aux 93 sélections. Une année passée sur le banc à suppléer l’ancien coach Grégory Mleko (2017-2018), la voilà aux manettes de cette équipe sang et or qui entame sa 9ème saison consécutive parmi l’élite. Ces filles-là, ici, on les appelle les « Rafettes ». Sur le piton de Rodez, c’est une institution.

Les Rafettes au complet (crédit : Cédric Méravilles)

7 journées et un microscopique point, obtenu à domicile face au FC Fleury 91 grâce à la clémence des déesses du football venues passer le weekend en Ruthénie: pénalty oublié, tir sur la barre transversale … C’est passé tout près, mais les cages de la recrue estivale Laetitia Philippe sont restées inviolées. Les Rafettes sont premières relégables. Devant elles, Lilloises et Sojaldiciennes, respectivement 10èmes et 11èmes avec 6 points, ont déjà pris le large.

Des Rafettes lentes à l’allumage

La saison passée, il avait fallu attendre la 8ème journée pour enregistrer la première victoire. C’était face au LOSC (0-2). Et avant cela, il y avait eu trois matchs nuls, tout de même. Les Ruthénoises jouent avec le feu depuis longtemps.

2005 à 2010, période « un beau roman, une belle histoire ».En 5 ans, l’équipe a avalé les trois divisions qui la séparaient de l’élite. Rodez, îlot foot en terre rugby. Depuis 2010, symphonie héroïque. Les Ruthénoises se maintiennent dans le grand bain de la D1, évitant noyades et naufrages, ou écopant avec les moyens du bord. Les Rafettes, c’est l’histoire d’un rafiot qui plus d’une fois manque de chavirer, toujours s’en sort.

Les Rafettes se maintiennent en D1 pour 2018-2019 (crédit : la Dépêche)

Le tournant de l’automne

La saison dernière, le maintien s’est joué lors de l’ultime journée. Un bon 0-6 face à une équipe lyonnaise de futures néo-retraitées (Abily, Petit, Thomis), mais dans le même temps, l’ASPTT Albi avait eu la bonne idée de se proposer à la relégation en perdant 2-1 face à Montpellier. Pour le moment ça tient. C’est ce que doit se dire Sabrina Viguier.

Ça deviendra inquiétant si Rodez n’obtient pas de résultat face aux équipes à sa portée : les promues Messines et Dijonaises, Soyaux, Lille. Bref, ces clubs qui, la saison passée, lui avaient bien réussi. Se prendre 11-0 face à Montpellier pourquoi pas, pourvu qu’on l’emporte face à ces formations qui, comme Rodez, ont un budget qui se compte en quelques petites centaines de milliers d’euros. Lyon et ses 7,5 millions d’euros, c’est un autre monde. Le monde des Rafettes c’est le système D.

Leur rattachement récent à la structure qui gère l’équipe masculine est un premier pas. Cette saison, une fois par semaine, pour travailler la tactique, elles ont le droit d’utiliser le terrain des garçons qui évoluent en national. Hourra ! Finis aussi les déplacements en minibus, place au bus, voire à l’avion !

Dans la tête de Sabrina Viguier, reste cette question : comment attirer sans argent des talents sur le piton ?

Formation, cadre de vie, préparation à un futur métier 

On mise sur les pousses prometteuses formées par les autres clubs. Jeunes et pas chères : la gardienne Anais Bichon, 19 ans, formée à Lyon, ou les attaquantes Léonie Fleury, 21 ans, de Soyaux et Kimberley Cazeau, 24 ans, arrachée à la relégation d’Albi. On vante le cadre de vie, la possibilité d’être formée sur un double cursus : foot pour maintenant, professionnel pour plus tard.

La capitaine Marion Guitard en est un exemple vivant : le magazine D1 le mag proposé par la FFF la filme davantage dans son laboratoire Nutergia où elle est chef de projet en recherche et développement que sur les terrains.

On mise aussi sur ses propres talents, ceux qu’on n’a pas encore repérés : la formation est le poumon du RAF. Une politique qui mettra peut-être des années à porter ses fruits. Pourvu qu’il ne soit pas trop tard.Les sponsors n’affluent qu’aux jours de victoire. Le temps de Sabrina Viguier se compte en matchs : déplacement chez les promues dijonnaises (27/10), puis réception des messines (03/11).

Si les Rafettes se prennent les crampons dans la pelouse, le couperet tombera-t-il ? Sabrina Viguier doit survivre à l’automne. Dans sa tête, c’est une idée fixe.

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