Jour de derby aujourd’hui sur Madère. À 16 heures aura lieu à l’Estádio dos Barreiros en Liga NOS, pour le compte de la 27ème journée de championnat, la rencontre entre le Marítimo et le Nacional de Madère. Les deux équipes ayant un besoin impératif de points. Mais sans en oublier l’essentiel : le prestige. Découverte.

Si le derby de Madère n’est pas le plus connu de tous dans le monde footballistique, il mérite toutefois que l’on si intéresse de près. D’autant plus cette saison où le suspens se dissémine à tous les étages de la Liga NOS. Notamment avec la lutte pour le maintien qui concerne les deux équipes de l’île.

Derby insulaire cet après-midi entre Madère et Madère (Crédit photo : AFootballReport)

Navigateurs, poste avancé et autonomie historique

L’histoire de Madère évoque indirectement l’Histoire avec un grand H et se conjugue également à celle, récente, du Portugal. En effet, la réputation de cette île de moins de 300 000 habitants a traversé les frontières… maritimes et historiques. De par sa situation géographique tout d’abord puisque Madère est insulaire. Et cette donnée fut un élément très important tout au long de son histoire. Une île étant par essence un lieu de retrait, de cache ou de poste avancé permettant de se défendre contre d’éventuels ennemis. À une époque où le Portugal était, avec l’Espagne et l’Angleterre, le maître des mers.

Carte de Madère, petite île mais beaucoup de villes (Crédit photo : abcvoyage)

La litanie des grands explorateurs ou personnages historiques ayant un lien avec Madère est également important et reconnu. Entre le navigateur João Gonçalves Zarco qu découvrit l’île au XVème siècle, Christophe Colomb qui y trouva l’amour et s’y maria, Vasco de Gama qui utilisa le bois de Madère pour réaliser son navire. Jusqu’à Napoléon qui y mouilla l’encre lors de son exil à Saint-Hélène. Bref, que du beau monde.

Cette conjonction historique ayant par la suite rejailli sur l’histoire récente du Portugal. Tout d’abord, avec la “révolte de Madère” en 1936 qui contribua aux prémices de la dictature et qui plombera le pays et l’avènement de Salazar cette même année. En établissant l’exil comme moyen de survie pour les opposants. Ensuite, à l’instar de l’Espagne qui accorde la gouvernance d’une région à un gouvernement local. Ce fut le cas après la “Révolution des Œillets” en 1974 et la mise en place de la démocratie au Portugal. Madère étant une région autonome avec un président de gouvernement local gérant l’île directement.

Musique, voyages et CR7

Cependant, lorsque l’on évoque Madère, trois éléments viennent directement en tête de tout à chacun. Un alliage, indirect, alliant la musique, l’aventure et la randonnée. Sans oublier, le football. Et qui ne sont pas forcément lié les uns avec les autres, donc.

Le premier lien ? Musical et homonyme puisque Madère évoque le nom du chanteur de variété française, Jean-Pierre Mader. Ce dernier auteur d’un tube “Macumba” et qui invite à la danse et à la gaieté. Le second lien est plus réel avec l’île dans la mesure Madère est connue et reconnue pour son volcan, ses paysages paradisiaques et son tourisme, qui attire chaque année de nombreux visiteurs. Situé en plein océan Atlantique près du Maroc, Madère est une destination prisée de nombreux amateurs de voyages. Avec un temps jamais en dessous des 15 degrés.

Le troisième point ? Beaucoup plus connu des amateurs du ballon rond et qui concerne la légende locale. Ou plutôt nationale et internationale. En effet, le chef-lieu de Madère n’est autre que la ville de Funchal. Qui vit la naissance de l’enfant du pays, l’incontournable Cristiano Ronaldo. Celui qui a mis en avant Madère sur la carte du monde. Entre l’hôtel Cristiano, le musée Cristiano et même… l’aéroport de Funchal dénommé “Aéroport International de Madère Cristiano Ronaldo”. Pour services rendus à la reconnaissance internationale de Madère. Sans parler de la fameuse sculpture de CR7 et qui fit la une des gazettes. Pour son côté artistique quelque peu original.

Madère, une île, une ville, un Cristiano, deux clubs en Liga NOS

Madère est somme toute libérée de par sa situation géographique par rapport à Lisbonne. Une certaine forme de liberté du fait de la distance. Et possède, certes, la chance d’avoir vu la naissance d’un des plus grands joueurs portugais de tous les temps. En compagnie de l’inoubliable, légendaire et regretté Eusébio ou Luis Figo. Mais Madère et sa capitale Funchal a également la chance d’avoir deux équipes en première division. Ce qui est assez rare dans le football moderne.

À la gauche, le Club Sport Marítimo crée en 1910 et situé au nord de Funchal, actuel onzième du classement avec 27 points. À la droite, Clube Desportivo Nacional crée également en… 1910. Actuel quatorzième avec 26 points. Soit, respectivement, trois et deux points d’avance sur le… dix-septième, Chaves. Ce qui montre toute l’importance de la partie de cet après-midi pour le maintien.

Si la Corse se rapproche de ce qui constitue la figure de proue du football insulaire, le niveau des dernières années des deux clubs portugais diffèrent. Là où Bastia est tombé en National 3 et les clubs d’Ajaccio luttent pour leur survie en Ligue 2, il en est autrement au Portugal. En effet, que ce soit le Nacional ou Marítimo, leurs classements ces dernières saisons ont même permis aux deux clubs de goûter à l’Europa League. Sans compter le troisième larron, Clube de Futebol União, en troisième division.

Besoin urgent de points mais pas que…

Les données pour le match d’aujourd’hui sont limpides. La victoire ou rien. Dans un premier temps, pour se donner un bon bol d’air au classement. Au sein d’une Liga NOS où tout peut arriver en haut comme en bas, pas le temps de finasser pour les deux clubs de Madère. Au risque de sentir ou ressentir le vent du boulet. Surtout pour le Nacional promu en Liga Nos la saison dernière, un an après un tour au purgatoire.

Dans un second temps, il sera question de suprématie locale seulement et incarnée, indirectement là encore, par deux hommes. Les deux entraîneurs des clubs. Pour qui, ce match constituera également un enjeu personnel personnifié par la lutte au… Titre. Avec une volonté de progresser et s’installer dans leurs métiers.

Petit vs Costinha, comme un air de Benfica-Porto

Armando Petit pour le Marítimo et Costinha pour le Nacional. Deux entraîneurs avec de nombreux points communs et qui s’affronteront pour déterminer le “vice-roi” de l’île. Tous deux ont sensiblement le même âge (42 contre 44), ont eu le même poste : celui de milieu défensif. Au sein des deux plus grands clubs portugais (Benfica et Porto). Internationaux portugais tous les deux avec pratiquement le même nombre de sélections (57 capes pour l’un, 53 pour l’autre).

Petit, technicien du Marítimo. En avant toute ! (Crédit photo : record.pt)

Deux entraîneurs ayant enfin la particularité d’avoir une attache avec la France. Petit y étant né et Costinha y ayant évolué, à Monaco. Mais surtout deux techniciens à la recherche d’une légitimité et d’une visibilité plus importante pour leurs carrières. Pour le moment brinquebalante et pas nécessairement à la hauteur de leurs ambitions.

Costinha du Nacional qui répond à Petit… Toujours cette lutte entre le Benfica et Porto (Crédit photo : cdnacional.pt)

Si pour Madère, il sera question de suprématie locale, Petit et Costinha sont également et indirectement en tête de proue de la lutte pour le titre. Entre le “Benfiquiste” Petit et Costinha de Porto, c’est une extension de la rivalité des deux grands ennemis qui se jouera aujourd’hui, à Madère. Et voudront suivre les traces de l’ancien des deux clubs, un certain Ivo Vieira, entraîneur reconnu désormais de Moreirense, actuel cinquième du championnat cette saison.

Joueurs pas les plus connus mais à suivre

C’est un fait, les effectifs des deux clubs ne sont pas les plus connus, ni les plus aguicheurs. Néanmoins, il y a des deux côtés des joueurs dont peut jaillir la lumière et qui pourront montrer l’étendue de leurs talents pour les saisons futures.

Du côté du Marítimo, deux éléments sortent du lot. Le premier est un Camerounais ayant parfait ses classes au… Brésil. Joel Tagueu : attaquant virevoltant et dont aura grandement besoin les hommes de Petit. Pire attaque de la Liga NOS en compagnie du dernier et condamné à la descente, Feirense. Le second joueur étant un solide défenseur mozambicain, Zainadine Júnior. Et qui permet au club d’avoir une certaine assise défensive. Tout en marquant des buts décisifs et digne d’un… attaquant.

Zainadine Júnior ou Zinedine Zidane? (Crédit vidéo : Youtube Desporto Mais)

Pour le Nacional, deux joueurs également sont à surveiller de près. Natif comme Zainadine Júnior du Mozambique, le milieu offensif Witi, auteur de 5 passes décisives depuis le début de championnat. Et surtout, l’attaquant hondurien Bryan Róchez, canonnier en chef du club avec 9 buts. Celui-ci étant même le premier buteur, hors Porto, Benfica, Braga ou Sporting à se classer en tête du championnat. Derrière les Haris Seferović, sauveur du Benfica hier, Dyego Sousa, Bast Dost, Bruno Fernandes ou Tiquinho Soares. Et à un petit pion seulement du joyau du Benfica, João Félix. Un vrai poison que le Marítimo devra surveiller.

Pire attaque VS pire défense et enjeux

Entre le Marítimo et son attaque erratique mais avec une défense solide et le Nacional et sa défense chancelante, une opposition de style peut voir le jour. Toutefois, méfiance car si le Nacional est dans cette situation de pire défense de Liga NOS, il le doit à un match catastrophique contre le Benfica en février dernier. Avec un cinglant 10-0 dans les valises. Le voyage en avion a certainement dû être long…

Benfica – Nacional, 10-0. Cela fait mal au goal-average (Crédit vidéo : Youtube)

Cependant, lorsqu’il est question de fierté, de territoire et avec un impérieux besoin de points, la donne sera toute autre. Ce derby s’inscrit donc dans la catégorie des haines recuites et des histoires prêtes à réchauffer le cœur des supporteurs les plus vaillants. Entre le Marítimo et le Nacional, ce sera plus qu’un match. Il s’agira de pouvoir et de territoire à défendre pour être accepté par la population insulaire. Comme l’indiquait si bien l’ancien gardien du Maritimo et actuel portier du Sporting, Romain Salin.

« Quand tu arrives au Portugal, au Maritimo, avant de te sentir chez toi, il faut prouver qui tu es comme professionnel, comme homme »

Romain Salin, français exilé au Portugal (France Football)

Gageons également que de là où il est, un certain CR7 suivra avec toute l’attention qui sied à un représentant de Madère ce match. Certainement que le “roi de l’île” aura probablement un œil avisé sur la rencontre. Pour déterminer qui sera digne de venir s’installer à “Sa” rencontre, un jour à Funchal. Question de fierté insulaire. Et même indirectement. Car tous les chemins mènent à Madère.