Installé au poste d’entraîneur depuis décembre 2011, Diego Pablo Simeone est une figure emblématique de son Colchoneros. Une relation très forte lie l’Argentin et le club rojiblanco, mais il se pourrait que l’idylle arrive à son terme. 

La lourde défaite infligée par Cristiano Ronaldo et ses compères de la Juventus le 12 mars dernier (3-0), synonyme d’élimination de la Ligue des Champions, a sonné la fin de la saison des Colchoneros.

Distancé à dix points du FC Barcelone en Liga et éliminé de la Coupe du Roi dès les huitièmes de finale, l’Atletico Madrid n’a plus rien à jouer cette année. Une nouvelle saison terne pour l’équipe de Diego Simeone, qui semble en perte de vitesse ces derniers temps. La méthode du coach argentin ne paraît plus aussi efficace qu’auparavant et une profonde remise en question semble s’imposer du côté du club madrilène. 

Un passé commun

Entre Diego Simeone et l’Atlético Madrid, c’est une grande histoire d’amour. Une histoire d’amour qui a commencé il y a plus de vingt ans (en 1994) lorsque le Cholo, alors jeune milieu de terrain de 24 ans, a rejoint la formation madrilène, en provenance du FC Séville.

C’est avec l’Atlético que l’Argentin connaît ses premiers succès en Europe, notamment avec la saison 1995/1996 qui est couronnée de succès. Un succès aussi bien sur le plan collectif, en remportant une Liga et une Coupe d’Espagne, que sur le plan individuel avec 12 buts inscrits en 37 matchs disputés. Mais Simeone quitte la capitale espagnole en 1997 après trois saisons pleines sous le maillot rojiblanco pour rejoindre l’Inter Milan, avec qui il remportera une Coupe de l’UEFA en 1998. 

En tant que joueur, Diego Simeone a disputé 168 matchs sous les couleurs de l’Atlético et a inscris 29 buts en cinq saisons (crédit photo : follesetglorieuses.com)

Mais même après de très belles années italiennes, la passion pour l’Atlético brûle toujours dans le cœur du Cholo, qui fera son retour au club en 2003. Néanmoins, Diego Simeone est sur la fin (33 ans) et ne restera qu’une saison et demie durant laquelle il jouera peu, avant de quitter l’Europe pour raccrocher les crampons au pays. 

Mais l’achèvement de sa carrière de joueur est très loin de marquer la fin de Diego Simeone dans le monde du football. Seulement quelques mois plus tard, il devient entraîneur et prend la tête de nombreuses formations argentines, avant de rejoindre l’Europe et la Serie A. Mais le véritable objectif de ce passionné du ballon rond n’est autre que de prendre les commandes du club qui est et restera comme son âme sœur footballistique : l’Atlético Madrid. Il arrive à ses fins à la fin du mois de décembre 2011, en succédant à Gregorio Manzano, limogé pour une mauvaise première partie de saison. 

Depuis ce jour, Diego Simeone est le véritable emblème de ce club. Chef de meute, pilier… Ces termes sont bien faibles pour décrire l’importance et tout ce que représente le Cholo pour les Colchoneros. Aujourd’hui, l’Argentin est sans aucun doute l’entraîneur le plus symbolique et influent dans son club.  

De (très) belles années ensemble

Diego Simeone a marqué une des plus belles époques de l’histoire de l’Atlético Madrid. Il faut dire que sa méthode et ses préceptes du jeu ont fait leurs preuves. Depuis l’arrivée du coach argentin à la tête du club en 2011, les supporters colchoneros ont connu des années fantastiques et se sont régalés. Un régal qui, selon les puristes, n’en était pas un du point de vue du jeu, mais il faut bien avouer que l’intensité, le dévouement et la grinta ont été à leur apogée chez les hommes, voire même les soldats du Cholo. 

Et c’est d’ailleurs grâce à cette rage de vaincre, cette loyauté et cette confiance indéfectibles portées à Diego Simeone que les joueurs de l’Atlético ont pu, malgré leur niveau technique souvent inférieur à celui de l’adversaire, réaliser des performances uniques, jusqu’à s’asseoir à la même table que les plus grands cadors européens. 

Parmi ces succès retentissants qui ont fait du Cholo un des meilleurs entraîneurs au monde, on peut citer le titre de Liga en 2014 remporté au nez et à la barbe du Barça et du Real, mais aussi les nombreuses prouesses accomplies par les Colchoneros en compétitions européennes. Car oui, le football de Diego Simeone n’a pas brillé qu’en Espagne mais bien dans toute l’Europe, comme le montre les deux finales de Ligue des Champions disputées par le club rojiblanco en 2014 et 2016 (après avoir éliminé consécutivement le FC Barcelone et le Bayern Munich), ou encore plus récemment le titre d’Europa League décroché en mai dernier face à l’Olympique de Marseille. 

Le superbe but en soliste de Saul Niguez en demi-finale aller de Ligue des Champions face au Bayern Munich (crédit vidéo : Youtube TaffyAffy)

Il y a (très) fort à parier que l’Atlético Madrid n’aurait pas connu le même succès ces dernières années avec un autre homme à sa tête. Mais au-delà de la relation si particulière qui lie le coach argentin et le club madrilène, et qui pousse le romantisme dans le football à son paroxysme, force est de constater que cet amour indéfectible et cette passion débordante ne portent plus autant leurs fruits qu’auparavant. 

Ça commence à se compliquer

Mais voilà, le temps commence à se couvrir au-dessus de Madrid. En effet, les prouesses et les grands matchs dont nous avaient habitué Simeone et ses hommes ces dernières années se font de plus en plus rares. L’Atlético est plus fragile, plus manœuvrable, moins tranchant. Le club peine régulièrement contre les petites équipes en Espagne, et se remet bien trop souvent aux exploits de son leader technique Antoine Griezmann. 

Alors comment expliquer une telle baisse de régime ? L’effectif n’a pas beaucoup changé, le staff non plus… Et c’est peut-être ça le problème. En effet, il semblerait que le discours et les idées prônées par Simeone ne passent plus autant chez les joueurs, comme le montre la récente dispute entre le défenseur Stefan Savic et Oscar Ortega, le préparateur physique du club, au sujet de la lourde charge de travail physique imposée à la veille du match retour face à la Juventus. 

Cette histoire pourrait paraître anodine, mais il se pourrait bien qu’elle ne le soit pas, car l’engagement physique et le « mouiller le maillot » ont toujours été les maîtres-mots du Cholo. Et il semblerait que cela commence à fatiguer, aux deux sens du terme, ses joueurs. Si ce manque d’adhésion s’avère vrai et persiste, c’est tout le football prôné par le technicien qui va être remis en question. Car ce dernier a besoin de la loyauté et de l’engagement total de son groupe pour mettre en place ses idées. 

À l’été 2018, Antoine Griezmann était à deux doigts de quitter l’Atletico Madrid pour le FC Barcelone, mais était resté pour continuer à évoluer avec Diego Simeone… Le départ sera-t-il pour cet été ? (crédit photo : mercato365.com)

Vers la fin d’un cycle

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’été 2019 s’annonce bouillant à Madrid, aussi bien au Real qu’à l’Atlético. En effet, de nombreux cadres sont (déjà) sur le départ côté rojiblancos. Tout d’abord, Diego Godin, véritable patron de l’arrière-garde des colchoneros, est en fin de contrat et sera libre en juillet prochain.

Selon la presse espagnole, le défenseur uruguayen ne va pas poursuivre l’aventure avec le club et devrait rejoindre, selon les dires des médias transalpins, l’Inter Milan à l’issue de la saison. Un coup dur pour l’Atlético et pour Diego Simeone qui va, selon toutes vraisemblances, perdre un élément clé de son effectif, mais surtout un joueur qui a toujours symbolisé ses idées et sa vision du football. D’autre part, la défense des colchoneros va également prendre un coup avec le départ de Lucas Hernandez, autre élément incontournable et homme de base du Cholo, qui va rejoindre le Bayern Munich à la fin de la saison pour 80M€.

Ajoutons à ces deux départs le probable transfert de Saúl Niguez du côté de Manchester City, ainsi que les incessantes rumeurs quant à un départ d’Antoine Griezmann… Sans oublier les nombreux éléments vieillissants de l’effectif madrilène, comme notamment Filipe Luis (34 ans), Diego Costa (30 ans), Juanfran (34 ans) ou encore Nikola Kalinic (31 ans). 

Une chose est sûre, l’Atlético arrive à la fin d’un cycle et va prendre un nouveau tournant dans les mois à venir. Mais avec tous ces départs, le club percevrait une jolie somme d’argent et pourrait reconstruire une nouvelle équipe… Peut-être le moment idéal pour faire peau neuve et changer de coach ?

Mais malgré les carences de résultats, le faible jeu proposé ou encore le faible renouvellement de l’effectif, Diego Simeone reste apprécié de tous au sein de son club. Comme nous vous l’avons expliqué, il est plus qu’un coach là-bas. La direction le soutient, et les fans aussi : les Colchoneros savent tout ce qu’il a apporté au club pendant toutes ces années. 

Avec les rumeurs de départ de Simeone, les supporters montrent leur soutien à leur entraîneur. (crédit Twitter : @AtletiFrancia)

À titre d’information, le coach argentin a signé en février dernier une prolongation de contrat avec l’Atlético jusqu’en juin 2022, devenant ainsi l’entraîneur le mieux payé au monde avec 24 millions d’euros annuels. Un nouveau contrat à la hauteur de l’amour et de l’attachement que porte le club madrilène à son encontre.

Mais tout cela, c’était avant la désillusion face à la Juventus et les potentiels départs de joueurs cadres. Alors selon vous, l’Atlético Madrid doit-il poursuivre l’aventure avec le Cholo ou bien démarrer un nouveau cycle avec un nouvel entraîneur ?