Arrivé cet hiver au Betis avec l’étiquette d’un futur grand du football mexicain, le virevoltant ailier connaît une adaptation difficile. Malgré un talent indéniable, le joueur de 19 ans a peu de temps de jeu en Andalousie et peine à exprimer tout son potentiel.

Après avoir explosé au Mexique lors de l’année 2018, Diego Lainez s’est construit une réputation de grand espoir du football mondial. Nous vous avions proposé d’ailleurs son portrait en décembre dernier, juste avant son grand saut vers le Vieux Continent, dans notre série de vidéos consacrée aux meilleurs jeunes joueurs de la planète. Huit mois plus tard, force est de constater que le feu follet gaucher est encore loin d’avoir montré la mesure de ses capacités. Il s’est heurté au niveau et à l’exigence de la Liga et connait de grandes difficultés à se faire une place en Espagne.

En décembre 2018, Weeplay présentait en vidéo les caractéristiques de la pépite Diego Lainez, alors qu’il évoluait encore à l’América.

Une arrivée sous le feu des projecteurs

Pur produit de la formation de l’América, Diego Lainez est lancé en pro par Ricardo La Volpe à seulement 16 ans alors qu’il évolue encore avec les U17 du club. Après quelques apparitions, c’est lors de l’année 2018 que Lainez va briller en Liga MX, particulièrement lors du tournoi Clausura (tournoi de clôture) au cours duquel il devient le plus jeune joueur de l’histoire à inscrire un doublé. Il sera même couronné champion avec les Azulcremas. On commence alors à entendre parler de lui en Europe comme le « Messi mexicain », une pépite de 18 ans que plusieurs grands clubs convoitent. Alors qu’on l’annonce proche de l’Ajax Amsterdam et de l’Olympique Lyonnais, c’est finalement le Real Betis qui arrache Diego Lainez à l’América contre un chèque de 17 millions d’euros.

À la mi-janvier 2019, Diego Lainez signe au Real Betis pour 17 millions d’euros, somme record pour un joueur mexicain âgé d’à peine 18 ans. (Crédit photo : Marca)

Lainez arrive donc en janvier pour la deuxième partie de saison dans une équipe joueuse et ambitieuse, qualifiée notamment pour la phase à élimination directe de l’Europa League. C’est d’ailleurs dans cette compétition que le Mexicain va se distinguer à l’occasion du match aller des seizièmes de finale face au Stade Rennais. Rentré en jeu suite à la blessure de Junior Firpo (aujourd’hui au Barça, NDLR) en première période, il marque son premier but sous le maillot verdiblanco en arrachant l’égalisation dans le temps additionnel (3-3) au Roazhon Park. Malgré l’élimination à domicile au match retour (1-3), dans lequel il joue quinze minutes sans être décisif, Diego Lainez a su faire bonne impression et réaliser des débuts prometteurs sous le maillot sévillan, ce qui lui permet d’intégrer la première liste de Gerardo « Tata » Martino avec la sélection mexicaine en mars.

L’apprentissage sous Quique Setién

Dans le collectif bien huilé dirigé par Quique Setién, que beaucoup d’observateurs désignaient alors comme l’une des équipes les plus séduisantes d’Europe grâce à son jeu de possession tourné vers l’attaque, l’ancien prodige du Club América semble être arrivé au bon endroit. Le jeu prôné par les verdiblancos est parfaitement adapté au profil rapide et technique de Lainez et à son petit gabarit véloce. Le technicien espagnol l’intègre progressivement dans la rotation en Liga, en Europa League et en Copa del Rey, ce qui lui permet d’engranger du temps de jeu et une précieuse expérience du football européen. Très à l’aise dans le un contre un, Diego Lainez montre lors de ses premiers mois son profil de joueur percutant en réalisant quelques chevauchées et beaux gestes techniques.

Diego Lainez dans ses oeuvres le 27 janvier dernier sur la pelouse de Bilbao. En Liga, il a gratifié les spectateurs de quelques exploits techniques individuels. (Credit photo : Goal México)

Dans le 3-5-2 ou 3-4-3 de Setién, Lainez avait un rôle de joker polyvalent puisqu’il dépannait à différents postes : attaquant ou ailier, numéro 10 et même piston gauche (ou latéral avancé). Cette utilisation dans différentes positions a apporté une maturité et une expérience très importantes pour l’évolution du jeune mexicain, mais elles ont peut-être bridé le talent de Lainez en ne lui offrant pas la stabilité nécéssaire pour s’imposer dans l’équipe. Le jeune homme n’a dû se contenter que de quatre titularisations et de bouts de matchs en sortie de banc. Cependant, ces quelques minutes ont été prometteuses pour servir d’adaptation en attendant la saison suivante. Le Betis termine finalement la saison à une décevante dixième place en Liga, et lorsque Setién s’en va au profit de Rubí durant l’intersaison, les médias mexicains espèrent que ce changement sera bénéfique au natif de l’Etat de Tabasco pour qu’il puisse gagner en temps de jeu.

Le changement d’entraîneur, une régression pour Lainez ?

Hélas, tout ne va pas se passer comme prévu pour Diego Lainez à l’aube de la saison 2019/2020. Au mois de juin, exit Setién et place à Rubí sur le banc du Betis donc. Malheureusement pour Diego Lainez, le nouveau coach sévillan ne compte pas énormément sur lui en ce début de saison. Absent d’une partie de la préparation en raison d’une blessure, le Mexicain n’a pas pu pleinement se montrer aux yeux de son coach, qui lui préfère pour l’instant le vétéran Joaquín (38 ans) ou les recrues Juanmi et Nabil Fekir, sans parler de Cristian Tello, actuellement blessé. La concurrence de Lainez au Betis est très dense : elle est faite de vieux briscards de Liga qui connaissent parfaitement le championnat… et de la recrue la plus chère de l’histoire du club. Pas facile pour un Mexicain de 19 ans de se faire une place au milieu de tous ces talents.

En ce début de saison, Diego Lainez semble bouché par la concurrence au Betis, puisqu’il n’a disputé que seize minutes sur les trois premières journées. (Crédit photo : Telemundo Deportes)

Conséquence : en trois matchs de championnat, il n’a joué que seize petites minutes sur la pelouse du Camp Nou (5-2), restant sur le banc lors de la première journée face à Valladolid (défaite 1-2). Pire, pour la troisième journée, alors qu’il est en parfaite forme physique, Diego Lainez n’a même pas été convoqué dans le groupe pour affronter Leganés (2-1). Devant l’embouteillage de joueurs offensifs au Betis, un prêt en seconde division au Sporting Gijón était même envisagé dans les derniers jours du mercato mais Lainez et son agent ont voulu rester a Séville, convaincus que le jeune joueur peut s’imposer à force de travail et de ténacité.

Quelle place en sélection ?

Diego Lainez a connu sa première sélection il y a un an, le 8 septembre 2018. Trois jours plus tard, il avait régalé dans un match face aux États-Unis et tout le Mexique s’était enthousiasmé faisant de lui le futur héros de la sélection. Logiquement, il faisait partie de la toute première liste du nouveau sélectionneur Gerardo Martino en mars. 6 mois plus tard, sa situation en club ne s’est, comme nous l’avons vu, pas améliorée et Lainez n’a pas été retenu dans la liste de 31 joueurs pour les amicaux de septembre. Cette nouvelle a fait grand bruit dans son pays et à relancé le débat sur son avenir : alors qu’il est sensé intégrer petit à petit l’équipe nationale pour devenir l’un des hommes de base de la nouvelle génération, son manque de temps de jeu en club va-t-il l’empêcher de devenir un grand joueur pour son pays ? Les attentes autour de son talent sont immenses, à tel point que les médias mexicains commentent chacun des faits et gestes de Lainez en Espagne.

Diego Lainez était titulaire le 26 mars dernier face au Paraguay (4-2). (Crédit photo : Mexsport)

Gerardo Martino croit bien évidemment en Diego Lainez, et veut sans aucun doute en faire un futur grand joueur pour la sélection. Cependant, il veut aussi le protéger pour ne pas le griller : alors qu’il est dans une situation difficile en club, il n’est pas dans les conditions idéales pour beaucoup apporter à l’équipe nationale qui compte pour l’instant de nombreux talents à son poste (Lozano, Alvarado, Corona). Ainsi, Martino a expliqué en conférence de presse expliqué que s’il n’a pas pris Lainez, c’est pour lui permettre de (re)prendre de la confiance auprès de son entraîneur au Betis :

« Diego Lainez n’a joué que quelques minutes depuis le début de saison avec le Betis, et je préfère qu’il continue à s’entraîner avec le nouveau coach afin qu’il gagne sa place en club pour ensuite pouvoir être pris en compte dans la sélection. »

Gerardo Martino interrogé sur l’absence de Lainez lors du rassemblement de septembre.

Diego Lainez se trouve donc à un moment important de sa (très) jeune carrière : alors que tout le monde connaît son potentiel, il semble bloqué au Betis avec un entraîneur qui ne lui fais pas confiance et une concurrence féroce. Malheureusement pour lui, le manque de temps de jeu lui a valu d’être écarté de la sélection, à un moment où Gerardo Martino commence un nouveau cycle avec el Tri. Cependant, il est encore très jeune et son talent naturel doit l’aider à surmonter ce moment difficile. La saison est longue et il ne fait aucun doute qu’il aura l’occasion de se montrer, pour enfin s’imposer dans son équipe et lancer sa carrière européenne qui doit le mener à devenir le nouveau crack du football mexicain que tout un pays attend.