Compte à rebours enclenché pour le début de la Coupe du monde féminine en France. À un mois de son entrée en jeu face à l’Italie, l’Australie a toutes ses chances. Pourtant en coulisses, tout n’est pas rose pour les “Matildas” avec un changement de sélectionneur bien étrange.

Ante Milicic est devenu le nouveau sélectionneur des “Matildas” australiennes (Crédit photo : Twitter – Westfield Matildas)

À maintenant un mois pile du début de la Coupe du monde 2019 en France, la sélection australienne s’avance avec des certitudes. Sur le terrain, emmenée par la future pépite mondiale Sam Kerr, un fond de jeu établi et solide. En coulisses néanmoins, un changement de sélectionneur sur fond de querelles et d’accusations. Pas vraiment l’idéal pour se projeter davantage certes mais si c’était un mal pour un bien?

Un changement qui pose questions

Pour bien débuter une compétition mondiale, la plupart des pays y participant essayent de trouver la bonne alchimie. Alchimie entre les joueuses dans un cadre collectif tendant vers un objectif commun. Alchimie technique et tactique pour se prémunir contre les inévitables faits de jeu. Le sélectionneur étant là pour départager et trouver les meilleures solutions possibles à tous les niveaux, le fameux mantra du “groupe qui vit bien”.

Alen Stajcic, le grattage et défense toute (Crédit photo : 2GB)

Ces données, jusqu’au mois de février dernier, l’Australie semblait les avoir bien intégrées. Grâce au travail de fond d’un technicien en poste depuis de nombreuses années. En effet, quatre saison durant, le dénommé Alen Stajčić à la réputation reconnue dirigeait de main de maître les coéquipières de Sam Kerr.

De main de fer aussi diront ses détracteurs puisque même si les résultats obtenus étaient probants, l’homme divisait. Sur le terrain, une formation compacte et dynamique avec des idées claires. Stajčić ayant obtenu de nombreux résultats chez les femmes aussi bien en clubs qu’en sélection nationale. Toutefois, dans les coulisses, la donne était autre et générait des incompréhensions tenaces.

Le changement, c’est maintenant

Jusqu’en février dernier donc, Stajčić pouvait décemment réfléchir l’entrée en tournoi de son pays. En pouvant compter sur la star du paysage footballistique australien, Sam Kerr ou l’autre attaquante Lisa De Vanna. Ces certitudes ancrées en lui étaient réelles mais les temps changent. En juin prochain, Kerr et De Vanna seront là mais pas l’homme qui aura préparé l’équipe jusqu’à alors.

Alen Stajcic, sélectionneur débarqué de l’Australie féminines et qui aime se gratter (Crédit photo : The Guardian)

En effet, le technicien australien de 45 ans a tout simplement été débarqué par sa fédération. Si ce genre de choses arrivent parfois avant une grande compétition internationale, de nombreuses interrogations ont vu le jour. Dans une affaire quelque peu trouble où au-delà du licenciement en lui-même, ce sont les raisons invoquées qui ont paru surprenantes.

“Les récents événements des dernières semaines m’ont dévastés aussi bien moi que ma famille. Ma carrière est en lambeaux et ma réputation ruinée… Je souhaite également préciser et être clair sur le sujet, en tant que coach principal durant cinq ans à la tête des “Matildas”, aucun dirigeant de la Fédération australienne de football ne m’a fait grief de reproches.”

Alen Stajcic en mode défense (The Guardian)

“Chief unhappy officer”

Si les contours du motif et des reproches peuvent paraître flous, la Fédération australienne se serait basée sur les résultats d’une enquête interne. Des comportements “inappropriés” envers la “culture des genres” et le “bien-être” des joueuses seraient ressortis. Ces faits présumés étant extrêmement graves et préjudiciables s’ils étaient avérés, cette enquête serait plutôt un moyen de se débarrasser d’un entraîneur trop direct.

“Je tiens à réfuter catégoriquement les faits. Je n’ai jamais été témoin, participé ou cautionné quoique ce soit d’inopportuns, d’irrespectueux ou de répréhensibles en relation avec les joueuses des Matildas.”

Des accusations graves envers l’ex-sélectionneur (ABC)

D’aucuns disant par ailleurs qu’une association serait derrière cette “étude” et aurait fait fuiter les réponses. Tout cela sur fond de conflits entre un entraîneur brillant mais dur et sec dans sa démarche. Même si ce licenciement a suscité une vague de sympathie pour le bonhomme et la manière dont il a vécu cette histoire. Réussissant à retrouver depuis lors un poste au Central Coast Mariners, chez les hommes.

Ante Milicic, la nouvelle page

Pour remplacer Alen Stajcic, quoi de mieux que d’avoir un autre nom d’origine balkanique. Un patronyme de basketteur serbo-croate donc, une carrière d’attaquant davantage perceptible au pays hormis un court séjour à Breda aux Pays-Bas. Avec Ante Milicic, un technicien australien de 45 ans ayant quand même une solide carrière d’entraîneurs certes mais en tant qu’adjoint.

Premier match et première victoire pour l’Australie version Milicic (Crédit vidéo : Youtube – CityFc50YT)

De plus, avec aucune expérience dans le football féminin spécifiquement, ce choix peut donc paraître assez étrange. Toutefois, la Fédération australienne semble avoir eu du nez puisque Milicic outre ses fonctions d’adjoint chez les “Soccerros” hommes a également tâté du terrain chez les jeunes espoirs masculins, bien utile pour travailler avec des jeunes joueuses.

Défaite contre les Américaines mais avec les honneurs (Crédit vidéo : Youtube – The Football Coffee)

Bref, un homme de convictions avec des idées plus souples que Stajcic qui lui seront bien utiles. Milicic a en tout cas d’ores et déjà pu se mettre au travail rapidement même si le temps de préparation sera court. Entre la défaite contre les puissantes américaines (5-3) le 5 avril dernier et la victoire 3-0 un mois avant contre l’Argentine en Coupe des nations, le socle tient la route.

Un technicien ambitieux

Lorsqu’un entraîneur arrive dans une équipe, il lui faut d’emblée se mettre au diapason. Marquer son territoire de suite pour éviter les contestations mais surtout prouvé qu’il n’est pas là par hasard. En faisant en sorte d’être parfaitement apte à prendre le relais tout de suite.

Dans ce cadre, Ante Milicic semble avoir trouvé le bon moyen pour se fondre dans le moule très rapidement. Celui d’un technicien rigoureux, homme de dossier et travailleur avec un regard neuf. Prouvant que son statut d’assistant était bien utile dans la préparation et la gestion des matchs.

“La manière dont joue les équipes que je coache est claire, je joue pour l’attaque et la gagne. Peu importe qui est l’adversaire, à l’extérieur ou à domicile. Je crois dans mon groupe, ce sont des footballeuses. Elles veulent la possession du ballon et je veux qu’elles utilisent cela. C’est le football offensif que je souhaite, dominer l’adversaire, avoir la possession avec beaucoup de passes et impliquer le maximum de joueuses. Pour attaquer ensemble. Je ne suis pas le genre de techniciens à jouer la défense et attendre que les adversaires viennent à nous. Je veux les mettre sous pression, c’est que je préfère”

De Ante Milicic, rien à redire (The Guardian)

Une philosophie de l’attaque et du beau jeu à l’instar de ce que fait l’Ajax Amsterdam et qui peut permettre aux joueuses de se libérer. En prenant plus de responsabilités avec un technicien plus souple de l’échine et pédagogue que son prédécesseur. Libérées-délivrées du joug de Stajcic en quelque sorte.

Milicic s’appuie sur Kerr

Dans cette optique quoi de mieux de se mettre sous les bons auspices de la capitaine. Une joueuse de 25 ans dont l’avis compte et qui pourra être le relais du nouveau sélectionneur. Sam Kerr puisque c’est elle sera le bras droit de Milicic. Une connexion presque filiale entre un ancien buteur australien et la nouvelle terreur des surfaces. Entre attaquant(e)s de métier on se comprend mieux.

Ante Milicic et Sam Kerr, en pleine discussion (Crédit vidéo : The Guardian)

L’objectif étant de rééditer les bonnes performances des “Matildas” avant le dernier match amical face aux Pays-Bas une semaine avant le début du Mondial. Pour se lancer effectivement dans le jeu en France et tenter de sortir d’un groupe abordable composé du Brésil, de l’Italie et la Jamaïque. Un défi loin d’être impossible pour des joueuses de talents.

L’Australie comptera sur Sam Kerr (Crédit photo : news.com)

La numéro 20 star de l’équipe est tout en cas conquise par le bonhomme et semble être sur la même longueur d’onde que lui. Ce qui sera bien utile pour Milicic afin de faire mieux accepter ses choix. En gagnant du temps précieux avant le début de la compétition.

“Il est vraiment fantastique, quand un nouveau coach arrive, il peut être un peu nerveux. Lui, non et il est très intense et passionné. Tout est calculé et préparé et les filles adorent cela”

Sam Kerr à propos de son nouveau sélectionneur (The Guardian)

Milicic lui ayant rendu la pareille dès le début de son mandat puisque Sam Kerr a été nommée capitaine de l’équipe. Dans un duo avec la défenseure vice-capitaine Steph Catley, toutes deux âgées de 25 ans, ce qui est un signe de jeunesse et d’avenir.

Début de réponse en le 9 juin

Dans un mois donc, l’Australie va rentrer dans le vif du sujet et voir si ce changement aura atteint son but. Avec l’objectif caché de libérer les joueuses et entraîner davantage de solidité en interne. En comptant également sur Sam Kerr pour fédérer hors du terrain et concrétiser les actions. Quoiqu’il en soit Ante Milicic a de la matière et avec de nouvelles méthodes de travail, les Australiennes risquent d’être dangereuses. Ses adversaires sont désormais prévenues, les “Matildas” n’ont pas dit leur dernier mot.