Les premiers EA Ligue 1 Games se sont achevés hier avec la victoire de l’OM sur Saint-Étienne (2- 1). Alors que la LFP voulait promouvoir le football français aux États-Unis, le bilan de cette tournée d’été est contrasté.

Pour étendre la notoriété de la Ligue 1 de l’autre côté de l’Atlantique, la Ligue de Football Professionnel (LFP) a lancé cette année les premiers EA Ligue 1 Games. Marseille, Saint-Étienne, Bordeaux et Montpellier ont donc poursuivi leur préparation à Washington sous la forme d’un petit tournoi amical, du 18 au 21 juillet dernier. Ce sont les Phocéens qui ont inscrit leur nom à la première édition de cette tournée américaine en battant les Verts (2-1), alors que Bordeaux s’adjugeait la troisième place contre Montpellier sur le même score. Mais à l’heure du bilan, les résultats s’avèrent mitigés.

La conquête de l’Ouest retardée

Au pays de l’Oncle Sam, on voit les choses en grand. Stades à plusieurs dizaines de milliers de places, hot-dog, kiss cam et show d’avant match. La réalité est pourtant moins belle. Avec une affluence moyenne de 3.500 spectateurs pour les quatre matchs disputés à l’Audi Field, qui compte pourtant 20.000 places, on est loin des 10.000 attendus. Pire encore, lors de la première rencontre opposant Saint-Étienne et Montpellier, l’enceinte de DC United n’a accueilli que 200 spectateurs. À seulement 12$ l’entrée (environ 10,50 euros), le prix de l’événement n’est pas en cause.

Stade de DC United à dix minutes du coup d’envoi de Montpellier – Saint-Étienne le 18 juillet (Crédit photo : Mathieu Grégoire).

Les Ligues 1 Games ont fait face à une redoutable concurrence au niveau de l’audience. Quand Marseille triomphait de Bordeaux sur la côte Ouest, le Bayern Munich et Arsenal croisaient le fer de l’autre côté du pays, à Los Angeles. En effet, ces dernières années l’intérêt des matchs estivaux se porte davantage sur l’International Champions Cup, qui voit de très grandes écuries européennes s’affronter. Alors qu’elle entamait cette année sa septième édition, l’ICC est une compétition bien implantée aux États-Unis . La Ligue 1, arrivant avec quatre équipes dont aucune n’a été sur le podium l’an passé, ne pouvait que se contenter des miettes d’un marché déjà bien occupé.

Du côté de la LFP, on reconnaît volontiers que c’est surtout la communication qui a fait défaut à cette compétition. Annoncée discrètement au mois de mai dernier, l’information n’a été que trop peu repris par les médias. « C’était une première, nous reviendrons plus forts », assurait Nathalie Boy, présidente de la LFP au micro de l’AFP. « Il faut faire venir plus de public, mieux faire la promotion de cette tournée ».

« La Ligue 1 ne fait pas rêver sauf le PSG grâce à Neymar et Mbappé »

Kylian Mbappé lors d’un mini-tournoi de football, organisé à par Nike pour dévoiler les nouvelles pièces de la future collection PSG x Jordan (Crédit photo : Culture PSG)

Une question était sur toutes les lèvres à Washington : où est le PSG ? Faire la promotion du championnat français sans le Paris Saint-Germain et ses figures de proue semble peine perdue. Grâce à son récent partenariat avec la marque Jordan, le PSG est déjà bien implanté sur le nouveau continent, et il plaît. Par exemple, l’international français Kylian Mbappé réalisait une tournée XXL aux États-Unis pour la marque de l’ancien basketteur. Que ce soit lors d’un match de NBA ou sur le campus d’une université à Portland, le natif de Bondy déclenche systématiquement l’hystérie. La MLS n’a qu’à bien se tenir.

« On suit la Ligue 1 Conforama car le championnat français est dans le top 5 mondial. Il y a beaucoup de bons joueurs comme Mbappé, Neymar, Payet, Verratti, Cavani ou encore Balotelli, qui était là dernièrement. »

Melvin, 28 ans, originaire du Salvador et fan américain de la Ligue 1 (lfp.fr)

Le club parisien a réalisé toutes ses préparations estivales entre 2015 et 2018 en Amérique, toutes dans le cadre de l’International Champions Cup. Les rencontres du club de la capitale affichaient une affluence moyenne de 30 000 personnes, selon les chiffres avancés par Canal +. La direction du PSG profitait de cet engouement pour ouvrir des boutiques éphémères et vendre des produits à l’effigie du club. Stratégie payante puisque Paris est le troisième club vendant le plus de maillot aux États-Unis, derrière Manchester United et Barcelone. Depuis, le club de la capitale a étendu sa présence et son influence, notamment par l’ouverture d’un bureau à New York, depuis le mois de mai 2018. Nul doute, le PSG est dans une autre dimension et la Ligue 1 aurait tout intérêt a bénéficier de cette aura.

Quel avenir pour les L1 Games ?

Malgré toutes ces contrariétés, la LFP reconduira les EA Ligue 1 Games l’année prochaine, comme l’a confirmé l’instance dirigeante. Désireux toutefois d’évoluer, la tournée américaine pourrait prendre une forme différente. Didier Quillot, directeur général de la LFP, a soumis l’idée d’inviter des clubs de MLS afin d’intéresser davantage le public américain. Alors que Bordeaux, Saint-Étienne et Montpellier sont rentrés en France, seul Marseille est resté aux États-Unis afin de disputer un dernier match jeudi contre DC United. Le club américain annonce déjà que 18 000 billets ont été vendu pour cette rencontre. Mêler français et américains, et même d’autres équipes étrangères, dans ce tournoi pourrait être une façon de réconcilier les États-Unis avec le football français.

« Les États-Unis sont une terre où le football est en train de grandir. Les filles sont championnes du monde, les USA ont l’organisation de la Coupe du monde 2026, il y a clairement un momentum favorable pour le développement du soccer, comme ils disent. »

Didier Quillot à propos de l’implantation du football français en Amérique, au micro de la-croix.

Si l’absence du PSG a souvent été pointé du doigt, peu ont souligné celle de Lyon, qui a refusé de participer au tournoi. Lillois et Monégasques avaient quant à eux une tournée estivale programmée respectivement au Portugal et en Suisse. En somme, beaucoup d’absent côté français. L’un des intérêts des Ligue 1 Games réside dans le fait que des clubs français puissent s’affronter entre eux pour parfaire leur préparation au championnat . L’idée de vivre un classique ou de voir un derby rhodanien avant le début de la Ligue 1 pourrait inciter plus d’un Français à reculer sa montre de six heures.

Le PSG soulèvera-t-il un autre Trophée des Champions à Washington en 2020 ? (Crédit photo : sport.fr)

Didier Quillot est même allé plus loin en proposant que le prochain des Trophées des Champions, raison principale de l’absence du PSG au tournoi, se tienne aussi aux États-Unis, quelques jours après les L1 Games. Les représentants du football français seraient sur place durant plusieurs semaines, ils pourraient réellement toucher le public américain et refaire leur retard sur leurs quatre grands concurrents que sont l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne.

En 2020, les droits télévisuels de la Ligue 1 reviendront à hauteur de ces derniers en passant à 1,2 milliard, contre 750 millions actuellement. Mais il reste “à rattraper notre retard sur les droits internationaux“, analyse Quillot. La L1 à l’étranger ne rapporte que 70 millions d’euros par an, à des années-lumière du milliard de la Premier League anglaise. Le premier objectif est d’abord de rejoindre la Bundesliga allemande, qui émarge à 200 millions d’euros par an à l’étranger. Avec des moyens croissants, les pensionnaires de Ligue 1 bénéficieront d’une marge de manœuvre plus conséquente. De quoi réaliser quelques jolis coups pendant le mercato et se donner le droit de rêver.