Le 30 novembre 1872, l’Ecosse recevait l’Angleterre à Glasgow dans ce qui était alors la première rencontre internationale officielle de l’histoire du football. Plus de cent-quarante ans plus tard, alors que l’éternel ennemi est l’une des meilleures nations du monde, l’Ecosse végète. Vingt-et-un an après, l’Ecosse a-t-elle le niveau pour prendre part à une nouvelle compétition internationale ?

Pour nous français, l’Écosse nous rappelle certains souvenirs douloureux. Fin 2006 et fin 2007, pour les qualifications à l’Euro 2008, l’Équipe de France (alors dirigé par Raymond Domenech) subissent deux affronts incroyables face à cette nation qui engendreront un peu plus la chute et la décrédibilisation du sélectionneur. Hampden Park de Glasgow tout d’abord, Gary Caldwell surgit et donne la victoire à une Écosse folle de joie face à Henry, Ribéry et consorts. Invaincue depuis le 1er mars 2006 et considérée comme la sélection la plus redoutable du moment, la France est tombée du haut de ses illusions à Glasgow face à une équipe d’Ecosse à la combativité exemplaire. Et puis au Parc des Princes, l’acte II grâce à James McFadden, fusillant un Mickael Landreau pantois aux 25 mètres. Deux fois 1-0. Oui, il n’y a pas de petites sélections.  

Quand l’Équipe de France tombe de haut, quand l’Écosse peut viser haut (Crédit vidéo : YouTube GCaldwell Legend)

Un monument déchu

L’Écosse est la nation pionnière du football international. En 1872, l’Ecosse de William Kerr et l’Angleterre de Cuthbert Ottaway se séparaient sur un score nul et vierge lors de la première rencontre internationale de l’histoire. Cela apparaissait ainsi comme des débuts prometteurs pour les deux nations britanniques. Alors qu’elle prenait régulièrement part aux grands rendez-vous dans les années 70, la Tartan Army connaît une période creuse depuis 1998. Ils n’ont manqués que quatre Coupe du Monde en 1954 et 1998, participant ainsi à 8 éditions sans pour autant réussir à passer le premier tour dans la moindre des compétitions. En ce qui concerne l’Euro, l’Ecosse n’a participé qu’à deux phases finales : en 92 et 96, toujours sans parvenir à passer le premier tour.

Le onze de départ écossais, en 2-2-6 lors du premier match international officiel de l’histoire le 30 novembre 1872 (0-0) (Crédit image : DemiVolée.com)

Entre 1884 et 1939, en l’absence d’autres équipes internationales et plus largement de la professionnalisation du football, les Écossais créent le British Home Championship, un tournoi annuel opposant les quatres sélections britanniques, soit l’Écosse, l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande (puis l’Irlande du Nord après son indépendance). Dans les premières décennies, c’est l’Écosse qui domine largement avec 27 victoires entre 1884 et 1939. Cependant, par la suite, l’hégémonie anglaise démarre et l’Angleterre remporte le titre à 54 reprises, jusqu’à sa disparition en 1984, lors de l’année du centenaire.

En 1950, l’Écosse se qualifie pour la première fois de son histoire pour les phases finales d’une Coupe du Monde. Alors qu’elle obtient le droit de se rendre au Brésil, la Tartan Army refuse de prendre part à cette édition. La raison ? Malgré sa qualification, l’Ecosse a terminé deuxième de son groupe derrière l’Angleterre. De plus, elle a perdu en cette année 1950 le British Home Championship lors du dernier match, à Wembley, 1-0 alors qu’un nul suffisait pour être champion. Le président de la fédération a ainsi affirmé que son équipe n’était pas digne de représenter les couleurs écossaises pour un évènement tel que la Coupe du Monde.

Sa première participation viendra finalement quatre ans plus tard. Les Écossais ne s’attendaient pas à un tel accueil et s’inclinent d’entrée 7-0 face à l’Uruguay. Cette défaite est encore aujourd’hui la plus lourde de l’histoire de la sélection. Les Écossais reviennent sur le devant de la scène en 1974 mais, comme si une malédiction s’abattait sur les Britanniques, ils furent éliminés dès le premier tour à la différence de buts lors de trois éditions consécutives. Les Écossais réalisèrent cependant quelques bons résultats comme un nul contre le Brésil en 1974 ou encore une victoire face aux Pays-Bas quatre ans plus tard, futur finaliste de l’édition.

Une sélection enfin performante ?

Depuis plusieurs années, l’absence de l’Écosse lors des grandes compétitions internationales est justifiée par la faiblesse de son championnat et la vieillesse de sa sélection. Si le championnat est toujours aussi faible, le sélectionneur Alex McLeish a toutefois fait le choix se convoquer une équipe plus jeune, et ainsi moins expérimentée. Avec cette nouvelle philosophie, les résultats se sont peu à peu améliorés. Les Écossais ont notamment remportés leur groupe de Ligue des Nations et sont promus en Ligue B. Grâce à cette première place, les joueurs écossais ont également garantis une place en play-off pour l’Euro 2020, une première depuis quinze ans.

La rédemption ? (Crédit Twitter : @ScotlandNT)

L’Euro 2020 est donc un réel objectif pour les coéquipiers de Stuart Armstrong. Les Britanniques devront cependant batailler dur pour tenter d’obtenir la seconde place du groupe 1. Sur leur chemin se dresseront la Belgique, Chypre, le Kazakhstan, Saint-Marin et enfin la Russie. Si la première place semble promise aux Diables Rouges, la deuxième place promet plus de suspense entre la Russie et l’Ecosse. Les matchs à Hampden Park promettent d’être intense. Pour les deux premières journées de qualifications, l’Écosse se déplacera ce jeudi à Astana pour affronter le Kazakhstan avant de recevoir Saint Marin dimanche. Ces deux journées, face à ce qui sont probablement les deux équipes les plus faibles du groupe sont d’une importance capitale pour espérer faire quelque chose de grand durant cette campagne.

Malheureusement, l’Écosse n’est pas bénie ces derniers temps. Pour les deux premières journées, Alex McLeish devra opérer sans de nombreux cadres. Parmi eux, l’historique gardien des Rangers, Allan McGregor qui compte plus de trente sélections, Gary McKay, milieu d’Aberdeen ou encore Matt Phillips, ailier de West Bromwich Albion. À cela s’ajoute le forfait de la star de Liverpool Andrew Robertson pour le déplacement au Kazakhstan. Un match qui s’annonce difficile pour une nation qui peine à se déplacer.

Quels changements ?

Vingt-et-un ans après sa dernière qualification pour une compétition internationale, l’Écosse à soif de vengeance, soif de revanche. Depuis la Coupe du Monde 1998, onze sélectionneurs se sont succédés sans jamais parvenir à réaliser des performances convaincantes, notamment ces dernières années. Lors des qualifications pour l’Euro 2016, une défaite en Géorgie puis un match nul concédé au bout du temps additionnel lors de l’avant-dernière journée face à la Pologne prive l’Écosse d’une qualification, terminant quatrième à trois points de l’Irlande.

L’Écosse n’a pas le droit de se rater… y compris sur la Twittosphère (crédit Twitter : @ScotlandNT)

La plus grosse désillusion reste pour la Coupe du Monde 2018. Les Écossais sont alors dans un groupe jugé facile, composé de la Lituanie, de la Slovaquie, de Malte, de la Slovénie et enfin de l’éternel rival anglais. Pourtant, la Tartan Army enchaîne les mauvaises performances. À commencer par un match nul à Hampden Park contre la Lituanie, puis une défaite 3-0 en Slovaquie. Lors des matchs retour, les Écossais cartonnent, passant tout proche d’une victoire face à l’Angleterre à Hampden, mais c’était sans compter sans un but de Kane à la 93ème minute, pour égaliser à 2-2.

C’est ce but qui priva les coéquipiers de Leigh Griffiths d’un ticket pour la Russie. Malgré une victoire dans le temps additionnel face à la Slovaquie lors de l’avant-dernière journée, les Britanniques finissent troisième avec le même nombre de points que la Slovaquie, deuxième.

Grâce à un but d’Harry Kane dans les dernières secondes, l’Angleterre est parvenu à accrocher l’Écosse à Hampden Park, un résultat qui privera par la suite la nation d’une qualification en Coupe du Monde. (Crédit vidéo : Youtube Scotland National Team)

Ainsi, pour ne pas faire les mêmes erreurs, l’Écosse a parié sur la jeunesse et l’inexpérience. Avec une moyenne d’âge de 24 ans, la sélection écossaise est la plus jeune de son groupe de qualification. Sept des vingt-sept joueurs sélectionnés fêteront cette semaine leur première sélection en A, dont les trois gardiens. Vingt d’entre eux comptabilisent moins de dix sélections.

C’est ainsi un nouveau pari que tente Alex McLeish, à la tête de la sélection depuis mars 2018. Toutefois, cette fois-ci, l’erreur est interdite. De plus, quatre matchs de l’Euro 2020 se dérouleront à Hampden Park, dont un huitième de finale. De quoi faire rêver les Blues ?