Ils sont la révélation de Bundesliga cette saison. La belle équipe de l’Eintracht Francfort se sent pousser des ailes, tant en championnat qu’en Europa League, où le club affrontera Chelsea pour une hypothétique place en finale.

Passer par le championnat ou par l’Europa League pour jouer la C1 la saison prochaine, l’Eintracht a plusieurs cordes à son arc pour aller chercher un billet pour la Champions League la saison prochaine. Une tactique de jeu hors pair, un effectif de qualité et un public incroyable, retour sur la saison folle des joueurs d’Adi Hütter.

Un parcours européen fantastique

S’il est bien une équipe que l’on aurait pas placé à ce niveau de la Ligue Europa, c’est bien l’Eintracht Francfort. Certes, si l’on regarde l’effectif, on peut voir des joueurs de grande qualité à l’instar d’un Luka Jović (futur joueur du Real Madrid, NDLR) ou encore le gardien et ancien parisien Kevin Trapp. Une chose est sûre, l’Eintracht ou la Concorde, l’Entente, comme le veut sa traduction, a surpris bien des équipes depuis les phases de poule.

Les phases de poule

Lorsque l’on vit tirer au sort ce groupe H avec la Lazio de Rome, l’Apollon Limassol et l’Olympique de Marseille, on se disait que ça n’allait pas être chose facile pour les tricolores face à de bonnes équipes. Et la tendance et les dires ont été respectés. Six victoires en six matchs pour le club allemand qui a (déjà) impressionné, lui qui s’était qualifié grâce à sa victoire en DFB Pokal face au Bayern Munich 1-3.

Quasiment jamais inquiétés, les Aigles de Francfort-sur-le-Main se sont facilement dirigés vers les phases finales. Les 1-2 à Marseille, 4-1 contre la Lazio Rome ou encore 2-0 face aux Chypriotes de l’Apollon Limassol ont forgés une solide équipe, que l’on pourrait qualifiée de « bâtie pour l’Europa League » sans manquer de respect à la compétition.

Les phases finales

Les dernières victimes en date ? D’abord, le Shakhtar Donetsk a subi les foudres dévastatrices du club allemand. Avant de valider sa qualification 4-1 à domicile, les coéquipiers d’Ante Rebić sont allés titiller les Ukrainiens sur leur terrain toujours difficile de l’OST Metallist. Deux buts partout et un rouge en (dé)faveur de l’Ukrainien Taras Stepanenko aura favorisé les velléités d’Hinterreger et de Kostić.

Luka Jovic, encore lui, avait inscrit un but lors du match retour sur sa pelouse (Crédit photo : Alex Grimm/Getty Images)

Puis, c’est au tour de l’Inter Milan de faire les frais de la non-crainte des joueurs d’outre-Rhin. En sous-estimant quelque peu son adversaire allemand, l’un des deux clubs de la capitale italienne s’est vu défait à domicile sur un but de l’inévitable Jovic suite à un score nul et vierge obtenu dans l’arène adverse : la Commerzbank-Arena. Score final 0-1 et les Rouge, Noir et Blanc s’en iront jouer au Portugal face au non moins talentueux Benfica Lisbonne.

Luka Jović, décidément, avait inscrit le but salvateur à la sixième minute pour qualifier les siens (Crédit photo : Vaaju.com)

Les tours passent et Francfort trace son petit bonhomme de chemin, se faisant discret et ne laissant rien présager d’une telle performance. Le 11 avril dernier, les chances du club semblent totalement réduites à néant par un jeune prodige du Benfica Lisbonne, João Felix, 19 ans et auteur d’un triplé. Un duel entre les aigles allemands et le désormais mythique aigle du Stade de la Luz. 4-2 score final. Les Allemands, enterrés ? Trop peu pour une telle force de caractère que les courageux joueurs du Main vont encore démontrer.

Au match retour, une belle étoile planait au-dessus de la Commerzbank-Arena. Il leur manquait deux buts (!) pour pouvoir accéder au carré final. Deux unités que Filip Kostićet Sebastian Rode vont s’empresser d’ajouter au crédit de l’Entente. 4-4 au final mais les buts à l’extérieur propulsent l’épopée fantastique des joueurs d’Adi Hütter dans le carré final de la C3.

En inscrivant le deuxième but face à Lisbonne, Sebastien Rode a libéré les siens (Crédit photo : Frankfurte Rundschau)

Vient alors l’un des « ogres » de cette compétition sur le papier, Chelsea. Chelsea et son meilleur buteur de la compétition, le champion du monde français Olivier Giroud (10 buts). Chelsea et l’inévitable Eden Hazard. Chelsea et l’infatigable N’golo Kanté. Et (encore !) trop peu pour les coéquipiers de Luka Jovic, deuxième meilleur buteur de la compétition avec 9 buts qui va être l’artisan du match nul 1-1 à domicile face aux Blues. Ce soir, c’est face à un roc sur son terrain de Stamford Bridge à Londres que les Allemands devront réaliser l’exploit pour éviter deux finales 100% anglaises en C1 et C3.

Luka Jović (SER) marque depuis une position difficile lors du match aller à domicile (Crédit photo : Flash)

La clé du match devrait reposer sur les épaules de leur serial buteur Luka Jović et de celui qui est souvent à ses côtés, l’ancien international espoir français, Sébastien Haller (5 buts). Deux duos donc très en forme avec d’un côté Giroud/Pedro sur leur pelouse et Jović/Haller d’un autre avec, en joker pour ces deux duos, Eden Hazard pour les Blues et Filip Kostić pour Francfort. Affaire à suivre pour cette équipe qui reste invaincue à domicile en Europa League cette saison.

Un championnat maîtrisé

À l’image de son parcours en Europa League, l’Eintracht Francfort performe également en championnat. Bien qu’ils restent sur cinq matchs sans victoires dont un gros revers sur le terrain du Bayer Leverkusen (6-2, le 5 mai dernier) et deux nuls face à l’Hertha Berlin (11e) et le Vfl Wolfsbourg (7e), le club de la ville natale de Goethe pointe à la quatrième position dans ce classement de la Bundesliga.

Francfort en championnat, c’est quinze victoires pour neuf nuls et huit défaites. Un bilan plutôt positif pour les anciens joueurs de Niko Kovac (Bayern Munich), qui avaient terminé leur saison à la huitième place l’an passé. Ils avaient alors un bilan de quatorze victoires pour treize défaites et sept nuls.

Adi Hütter, entraîneur autrichien de Francfort, a pris la relève de Niko Kovac, parti au Bayern (Crédit photo : FNP)

Mais cette saison, c’est un Francfort lancé à pleine vitesse qui continue de prendre son envol sur le tarmac abrupte de la Bundesliga. Un championnat dans lequel il est compliqué de se faire une place au sommet mais dans lequel ils ont parvenu à se hisser, d’abord sous la houlette de Kovac, puis de l’Autrichien Adi Hütter.

Le club ira-t-il chercher sa première qualification historique en Ligue des Champions ? Mais surtout, par quel biais entre l’Europa League et le championnat passera l’équipe ? La réponse est dès ce soir pour une ambitieuse équipe du land Hesse.

Une tactique de jeu bien ficelée

Pour y arriver et aller loin dans de telles compétitions et à un tel niveau, il faut avoir un effectif solide et une tactique bien en place. Comme depuis l’ère Kovac, c’est un 3-4-1-2 ou 3-5-2qu’aligne Adi Hütter cette saison. Cette efficacité est due à un effort des milieux qui viennent soutenir les défenses et la force de se projeter très vite vers l’avant avec de sérieux atouts à faire valoir afin de déstabiliser l’adversaire et le renverser.

Une bonne sentinelle de solides gaillards avec Hinterreger, Fallette et le capitaine Abraham. Le tout avec, sur les côtés en faux-défenseurs, Kostić à gauche et Da Costa à droite. Pour la colonne vertébrale de cette équipe, on retrouve Rode et Fernandes. Plus en avant, Gacinović est chargé de lancer Jović vers le but, soit avec Haller ou avec Rebic.

Voici un exemple d’une composition type de l’Eintracht Francfort (Crédit photo : Flash)

Une bonne cellule de recrutement

Parce que l’Eintracht c’est aussi un recrutement intelligent… et jeune. À l’instar de l’Ajax Amsterdam, l’Eintracht Francfort est l’une des équipes les plus jeunes de son championnat avec une moyenne d’âge de 25,4 ans.

À commencer par Sébastien Haller (24 ans) alors efficace avec son club de FC Utrecht à plus de dix buts par saison, a été recruté le 15 mai 2017 par l’Eintracht pour six millions d’euros. Un choix qui s’est vite avéré payant quand, pour son premier match au club, le tricolore inscrivait un quintuplé en amical. Cette saison, c’est pas moins de 14 buts et 8 passes décisives pour l’ancien international espoir français.

Sébastien Haller réalise, à 24 ans, sa meilleure saison en club (Crédit photo : Getty Images)

Francfort cette saison c’est aussi et surtout Luka Jović. L’ancien joueur du Benfica Lisbonne (qui a d’ailleurs éliminé son ancien club en C3), a d’abord été prêté deux ans à l’Entente avant que les dirigeants décident de lever son option d’achat… de seulement sept millions d’euros ! Suite à l’efficacité démontrée par le Serbe natif de Bijeljina, en Bosnie-Herzégovine, on peut dire que c’est une bonne affaire. Son plus gros fait marquant est un quintuplé lors de la huitième journée de championnat. Il est ainsi devenu, à 21 ans, le plus jeune auteur d’un tel exploit dans le championnat. À ce jour, sa valeur marchande ne cesse de s’accroître (55 millions, Transfermarkt) et les plus grands clubs veulent s’attacher ses services.

Avec 17 buts et 5 passes décisives en championnat il est deuxième au classement des buteurs. On comprendra facilement l’engouement quand il est également deuxième meilleur buteur de C3.

Luka Jović est un grand artisan de la belle saison de l’Eintracht Francfort (Crédit photo : DPA)

Mais Francfort, ce n’est pas seulement une attaque. C’est également un portier de qualité. Kevin Trapp, prêté par le PSG, excelle dans les cages de son club d’origine. Il est un grand artisan de de la quatrième place de son équipe au classement des meilleures défenses en championnat.

Kevin Trapp garde les buts de l’Eintracht Francfort, en prêt du PSG (Crédit photo : Sport.net/EPA)

Ce serait faire insulte au reste de l’équipe de ne pas les citer. On peut penser aux Ante Rebić, autre attaquant de luxe international croate de Adi Hütter. Sans oublier, le troisième serbe de l’équipe (avec Jović et Gacinović, NDLR), le très prolifique milieu de terrain Filip Kostić. Sebastian Rode, ancien munichois et international allemand. L’Argentin David Angel Abraham, le Nippon Makoto Hasebe ou encore Martin Hinterreger sont autant de joueurs qui font la force de l’Eintracht Francfort cette saison.

Un public de folie

Francfort c’est aussi et surtout, pour beaucoup, de fervents supporters. À domicile dans leur antre de la Commerzbank-Arena comme à l’extérieur, les ultras, holligans, supporters, fans, appelez-les comme vous voulez, sont toujours derrière leur équipe. C’est sans doute également l’un des moteurs des joueurs. Quoi de mieux que de s’émerveiller devant l’ambiance, les tifos et les images que l’on peut voir et avoir des fans de l’Eintracht…

(Crédit photo : UEFA.com)
Les 5 000 supporters de l’Eintracht Francfort à Limassol… (Crédit photo : Europa League)
Les tribunes de la Commerzbank-Arena face au SL Benfica, en Europa League (Crédit photo : Eintracht Frankfurt)

Voilà ce qu’est Francfort et son club. En plus d’être l’une des capitales européenne voire mondiale de la finance, la ville se mue en l’une des équipes phares de cette saison en Europe. Avec de nombreux exploits en Europa League et une potentielle place en Ligue des Champions la saison prochaine, c’est une renaissance bénéfique et inéluctable d’un club qui a vu passer dans ses rangs des Joachim Löw, Thomas Berthold et autres Anton Turek.

Une question peut alors également se poser. Dans un avenir plus ou moins proche, l’Eintracht Francfort arrivera-t-il à réaliser la même remontée et la même ascension qu’a été capable de réaliser le RB Leipzig en quelques années. L’objectif à terme ne serait-il pas celui d’aller chercher un deuxième titre en Bundesliga dans son histoire ? À suivre, outre-Rhin…