L’arrivée d’Elise Bussaglia à Dijon pour 18 mois agite cette trêve hivernale. L’internationale française de 33 ans aux 182 sélections et 29 buts quitte le FC Barcelone avec l’intention affichée de retrouver du temps de jeu, en prévision de la Coupe du Monde dans 6 mois en France.

Elise Bussaglia, pour qui connaît le foot, ce n’est pas n’importe qui. Elle a pratiqué tous les grands championnats européens, les équipes de premier plan, où elle a systématiquement remporté des titres.Le grand bain de la D1. Dès 2004.

Juvisy d’abord. En ce temps là, Juvisy n’a pas encore fusionné avec le Paris FC (la fusion a eu lieu en 2016), c’est un temps où l’hégémonie lyonnaise est encore embryonnaire, où Juvisy tient le haut du pavé, compte 5 titres de championnes de France, et s’apprête à conquérir le sixième au terme de la saison 2005-2006. Avec Bussaglia. Ajoutez un Challenge de France (ancêtre de la Coupe de France) en 2005, gagné face à Lyon.

Au PSG et à Lyon, Bussaglia aura garni son palmarès

Cette milieue de terrain native des Ardennes a très vite les pelouses de D1 à ses pieds. Celle de Montpellier de 2007 à 2009, où elle réalise deux saisons pleines : les Héraultaises finissent deuxièmes (2007-2008) et troisièmes (2008-2009), et gagne en 2009 le Challenge de France. Le deuxième pour Bussaglia. Les années au Paris Saint-Germain (2009-2012) puis à l’Olympique Lyonnais (2012-2015) confirment sa progression, et les titres affluent. Un troisième challenge de France avec le PSG (2010), puis 3 Coupes de France et 3 championnats avec l’OL (2012-2015).   

Bussaglia, l’Ardennaise qui voyageait

Bussaglia fait partie de ces joueuses, encore rares, à oser l’expatriation. Ce n’est pas la Chine, le Qatar ou les Etats-Unis. C’est Wolfsburg (2015-2017). C’est Barcelone (2017-2018). Autrement dit le gratin du football européen, où elle continue d’engranger des titres : un titre de championne d’Allemagne (2017), deux Coupes d’Allemagne (2016-2017), une Coupe de la Reine (Espagne) en 2018. Ses aventures en Ligue des Championnes sont malheureuses. Bussaglia n’atteindra jamais le toit de l’Europe. La faute aux Lyonnaises, bien souvent. En 2016, Wolfsburg s’incline aux termes des tirs au but (4-3). En 2018, Lyon élimine Barcelone et Bussaglia en quart de finale.

À Wolfsburg et au Barça, Bussaglia aura cherché le fluide et le temps de jeu…

Élise Bussaglia voyage aussi au cœur de la sélection tricolore. 182 sélections, 29 buts.

Bussaglia, c’est un voyage de 15 ans, depuis sa toute première sélection un soir de 15 novembre 2004 face à la Pologne (victoire 7-1). Ce jour-là, sur le terrain, il y avait déjà Laura Georges, il y avait aussi Marinette Pichon, et… Corinne Diacre, tiens tiens… Les deux femmes ont joué ensemble une quinzaine de minutes. C’était un passage de génération. Entre une joueuse et sa coach, cela compte.

2018, un obscur ciel barcelonais

Un pilier Bussaglia ?

Incontestablement. Mais un pilier qui a besoin de s’ancrer de nouveau dans les pelouses. Cette deuxième saison à Barcelone (2018-2019) est celle de la disette. Elle était venue pour bâtir la renommée de l’équipe. Un an plus tard, elle subit de plein fouet la loi du milieu. La concurrence est rude, Patri Guijarro, Aitana Bonmati, Alexia Putellas et Kheira Hamraoui font le job. Hamraoui. La Lyonnaise partie à Barcelone retrouver du temps de jeu en vue de disputer la Coupe du Monde. Les histoires symétriques. Le FC Barcelone, c’est aujourd’hui du bon. Voire du lourd. L’anglaise Toni Duggan, la pépite néerlandaise Lieke Martens. A Bussaglia la portion congrue. Cette saison 2018-2019, à peine 27 minutes de jeu. Pas une titularisation.

Alexia Putellas, internationale espagnole de 24 ans, relègue Elise Bussaglia au second plan cette saison à Barcelone (crédit : Zimbio)

À ce rythme, le train Coupe du monde passe, sans grande chance d’y grimper. 

Bussaglia a-t-elle le niveau pour jouer la Coupe du Monde ?

Il y a les pour, les contres. Ceux qui pensent que la fin du cycle est arrivée, comme Laura Georges avant elle. Ceux-là ajoutent même Gaëtane Thiney dans le lot. Ils pensent qu’il faut savoir s’arrêter à temps.

Bussaglia le boulet ? C’est bien connu, en matière de foot, il y a en France 65 millions de sélectionneurs. Mais à la tête de l’équipe de France, il n’y en a qu’une : Corinne Diacre. Sous son ère, Elise Bussaglia n’a manqué aucun rassemblement. Diacre en fait une titulaire du milieu de terrain pour 4 des 5 derniers rassemblements. Elle est buteuse lors de la victoire 3-1 face au Brésil. Elle plante un superbe coup-franc.

Elise Bussaglia, titulaire lors de la victoire 3-1 face au Brésil le 10 novembre, inscrit le second but tricolore sur coup-franc (crédit Youtube)

Difficile de deviner le destin de Bussaglia à l’été 2019. Ne restent que les présages à déchiffrer.

Les matches amicaux d’abord. Sélection, pas sélection ? Première réponse le 19 janvier, lors du match amical contre les Etats-Unis. Certaines places sont encore à conquérir, à reconquérir, à conforter. Bussaglia le sait. En France au moins, elle reste dans le radar de Diacre.

Elise Bussaglia a échangé avec Corinne Diacre sur sa situation compliquée à Barcelone. Bussaglia semble avoir la confiance de la sélectionneuse tricolore (crédit : Le Parisien)

Les six mois à venir s’annoncent sans doute les plus cruciaux de toute la carrière de l’Ardennaise. Actuelles neuvièmes du classement, les Dijonnaises de Yannick Chandioux montrent des qualités, mais pas encore la stabilité nécessaire pour grimper plus haut. L’expérimentée Bussaglia se positionnera aux côtés de la grande convalescente du foot Kenza Dali (blessure au genou), qui s’acharne si fort pour regagner sa place en équipe de France, et semble en passe de réussir son pari.

La dernière cartouche

Une Coupe du Monde dans son pays. C’est le rêve de tout sportif, de toute discipline, toute nation. Certains laissent passer leur chance. Des regrets, tant pis, ils sont en début de carrière. S’ils bossent dur, on leur donne rendez-vous dans quatre ans. Sur un autre point du globe.

« Pour moi, c’est un rêve de participer à cette coupe du Monde et d’enfin remporter un trophée avec l’équipe de France. »

Ce pourrait sortir de la bouche de n’importe quel sportif. Mais de celle de Bussaglia, on sait ce que cela signifie. Mais à 33 ans, déjà, Bussaglia n’a plus le temps. Dans quatre ans, peut-être aura-t-elle raccroché les crampons. N’a pas la longévité de la capitaine brésilienne Formiga qui veut (41 ans le 3 mars prochain). Bussaglia bousculée. Mais Bussaglia expérimentée. Bussaglia irremplaçable ? La confiance de Diacre semble sur ses épaules. Il faut de tout pour qu’un groupe atteigne les cimes : des jeunes, des expérimentées, des feux follets, des diesels, des métronomes, des incontrôlables. Bussaglia coche au moins les deuxième et quatrième case.