Lundi 24 juin. Huitièmes de finale.

On est là, à moitié hystéros, devant le match Espagne-États Unis, parce que le score est de un partout, du coup, Hermoso & co ont de bonnes chances de se qualifier, et en foot féminin, tout le monde vous le dira, jouer l’Espagne en quarts, ça fait moins peur que jouer les Etats-Unis. 

Et vient la 75ème minute. L’Américaine Rose Lavelle dans la surface s’emberlificote avec le ballon, le perd, le perd pas on ne sait pas vraiment, et voilà la milieu espagnole Virginia, qui arrive crampons au vent, touche le genou de Lavelle, qui s’effondre dans la zone interdite.

Le penalty victorieux sifflé pour les Etats-Unis a nécessité l’intervention du VAR (crédit twitter : @Maribaki_13)

Sentence immédiate : l’arbitre désigne le point de pénalty. 

Côté US, les pénos, c’est Rapinoe. 

Avant, Rapinoe aurait posé le ballon, les Espagnoles aurait entouré l’arbitre qui aurait dit « Pas de ça ici », la gardienne Panos aurait toisé Rapinoe, qui ne l’aurait pas regardée, Rapinoe aurait tiré, puis… Ce qui se serait passé ensuite, une affaire entre Rapinoe et Panos.

Ca, c’était avant. La Préhistoire.

Aujourd’hui, tout est différent grâce au VAR.

Dans l’oreillette de l’arbitre, une voix :

«  Euh attends là, sur l’action où l’autre a fini au sol,…

– Laquelle la 18 ?

– Euh non… L’autre, la 16…

 La 16 ? Mais elle s’est pas ramassée, elle est à côté de moi, elle va très bien !

– Non, la 16 de l’autre équipe.

– Lavelle ?

– Oui voilà. Il y a peut-être un petit quelque chose.

– Ok, je siffle péno ?

– Attends, on regarde les images avec les collègues.»

Commence une attente aussi longue qu’une consultation chez un ophtalmo. Sur le terrain, ça gamberge, chacune y va de son interprétation de l’action.

Espagne :

« Mais elle est tombée toute seule la fille ! Elle a pas mis les bons crampons, et comme la pelouse est humide, elle a glissé, c’est tout. »

Etats-Unis :

« Et la marque qu’elle a sur la jambe ? Hein ? C’est quadrillé de petits trous pointure 39, comme c’est bizarre ! »

L’arbitre tient les troupes, mais le temps passe, ça devient critique :

« Bon, la régie, ça vient oui ? On crève de chaud en plus ici ! On est en pleine cagnasse ! »

La VAR Room :

« Ben c’est que c’est pas clair du tout. Avec les collègues on est pas d’accord en plus. Cathy dit péno, Paulo dit pas péno. Et moi je trouve que le ralenti va trop vite. Du coup on sait pas. 

L’arbitre :

– Magnez-vous, merde ! Je vais pas filer quarante-cinq minutes d’arrêt de jeu non plus… 

La VAR Room :

– Ben ouais mais c’est pas facile facile… Tu veux pas venir jeter un coup d’oeil ? 

L’arbitre :

– Bon, j’arrive. »

C’est alors que l’arbitre effectue le geste fatal qui fait trembler tout supporter qui se respecte : elle trace de ses doigts un rectangle invisible et se dirige en petites foulées vers une sorte de salle de projection privée, sur le bord du terrain. Un truc où il fait quand même un peu sombre, histoire d’y voir un peu quelque chose.

L’arbitre :

« Ok. Je suis devant l’écran. 

La VAR Room :

– Reçu. Paulo, balance la bande !

L’arbitre :

– Ok. Je vois Lavelle, Virginia, le ballon. Mets-moi la caméra champ large 37 degrés, vitesse d’obturation 87 pieds, latitude 28.

La VAR Room :

– Reçu. 

L’arbitre :

– Là, à 8 heures, position du pied de Virginia prêt à charger. Envoie les images de la caméra infra rouge 74 dioptries, longitude 64.

La VAR Room :

– Reçu.

L’arbitre :

– Point d’impact entre le pied de Virginia et le genou de Lavelle identifié à 12 heures. 

La VAR Room :

– Conclusion ?

L’arbitre :

– Ben… C’est pas évident évident quand même. T’as pas les images de la caméra embarquée sous le crampon de Virginia ? 

La VAR Room :

– Ben non… Paulo vient de me dire que le matos a pété dès sa première passe.

L’arbitre :

– Bon. Faudrait faire un prélèvement sur les crampons de Virginia, histoire de voir si on retrouve des filaments de chaussette américaine, mais on va être un peu juste niveau temps. Ils disent quoi les commentateurs sur Canal ?

La VAR Room :

 Ben, il y en a un qui pense comme Paulo, l’autre comme Cathy.  

L’arbitre :

– Et TMC ?

La VAR Room :

– Pareil.

L’arbitre :

– Ah on est pas aidé, je te jure ! Bon, fais-moi un zoom XXL sur la chaussure de Virginia. Ok, c’est bien ce que je pensais, pénalty. 

La VAR Room :

– Paulo est toujours pas convaincu… »  

A petites foulées, l’arbitre rejoint le milieu de terrain, trace de nouveau son rectangle invisible, et désigne du bras droit le point de pénalty.

Dans le stade, une délivrance. 

Dix minutes à discuter le bout de gras, tout ça pour se retrouver au point de départ : il y a péno, comme l’arbitre l’avait sifflé.

Ce match entre l’Espagne et les Etats-Unis est avant tout une affaire de pénalties (crédit @telefoot_TF1 Twitter)

Du coup, le VAR, c’est sympa et ça occupe du monde : un arbitre au bord du terrain, un arbitre VAR, un assistant, un technicien. Et dans ce mondial féminin, ils n’ont pas chômé ! Sur quarante matchs, près de trente sollicitations. 

Ce qui serait encore plus sympa, ce serait de privilégier la fluidité du jeu, laisser l’arbitre maître de ses jugements, et non l’asservir à une image VAR où la plupart du temps il ne voit pas grand-chose.

Ok pour le VAR, mais à (très) petites doses. C’est Rapinoe et son péno qui vous diront merci.

Les dialogues contenus dans cet article sont fictifs.