Une saison pour Tata Martino, trois pour Luis Enrique et Ernesto Valverde qui pourrait quitter le club à l’issue de sa deuxième saison sur le banc… Le FC Barcelone peine à trouver une certaine continuité au poste d’entraîneur depuis quelques années. Un manque de stabilité qui se répercute sur ses résultats.

Suite au départ de Pep Guardiola en 2012, le Barça a connu pas moins de quatre entraîneurs différents. Une inconstance qui pourrait expliquer les récents échecs en Ligue des Champions. Parmi ces trois techniciens, seul Luis Enrique est parvenu à remporter la Champion’s League. Un vide qui est d’autant plus alarmant étant donné que le club compte dans ses rangs le plus grand joueur de son histoire. À titre de comparaison, les quatre autres Ligue des Champions remportées par le FC Barcelone dans son histoire ont été décrochées par des entraîneurs qui ont fait bien plus qu’un simple séjour sur le banc : huit ans pour Johan Cruyff, cinq pour Frank Rijkaard et quatre pour Pep Guardiola.

En plus de leur continuité à la tête du club, la raison qui pourrait expliquer le succès de ces trois entraîneurs est qu’ils sont restés fidèles aux idées du Barça, à sa philosophie, à son style de jeu si unique. Des valeurs mises de côté ces dernières années. Il paraît donc indispensable de trouver l’entraîneur qui partage l’idéologie du football total, inculquée il y a des décennies par les pionniers du football néerlandais. Alors quoi de mieux pour cela que l’un de leurs derniers disciples, qui plus est hollandais, pour que ce Barça redevienne le vrai Barça ?

Frank Rijkaard est le dernier entraineur hollandais du FC Barcelone.
Bilan : 1 Ligue des Champions, 2 Ligas et 2 Supercoupes d’Espagne.
(crédit photo : barcablog.com)

Tout d’abord, un désir de changement

Le 15 février dernier, la direction du FC Barcelone annonçait officiellement avoir prolongé le contrat de son entraîneur, Ernesto Valverde, qui devait se terminer en juin prochain. Malgré les multiples rumeurs et les innombrables détracteurs, le club catalan faisait le choix de rééditer sa confiance envers son technicien, avec un nouveau contrat portant jusqu’en juin 2020 (avec une année supplémentaire en option).

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette décision n’a pas fait l’unanimité chez les aficionados du Barça. En effet, la débâcle de Rome (l’élimination en quarts de finale de Ligue des Champions l’année passée) est toujours dans les esprits, et l’ancien coach de l’Atletic Bilbao traîne cette humiliation comme un boulet. Ajoutez à cet échec cuisant le faible contenu de jeu proposé par le Barça, les choix tactiques frileux et des recrues hivernales pas au niveau… Et vous obtenez un cocktail explosif de rancœurs envers l’entraîneur basque.

La claque reçue à Liverpool va probablement condamner Valverde… Selon la presse catalane, la direction fera son choix à l’issue de la finale de la Coupe du Roi, le 25 mai prochain.
(crédit : http://xalimasn.com)

Néanmoins, il faut tout de même nuancer cette amertume envers Ernesto Valverde et rappeler ses très bons résultats en Espagne, avec deux titres de Liga en deux ans ainsi qu’un possible deuxième succès consécutif en Coupe du Roi. Sans oublier des recrues estivales qui apportent satisfaction, comme notamment Clément Lenglet ou encore Arthur Melo. D’autre part, il est important de saluer le travail qu’il a effectué suite aux départs de joueurs majeurs, comme ceux de Neymar et de la légende Andrés Iniesta, pour reconstruire une équipe en pleine transition. 

Mais même si le Barça impressionnait et paraissait en route pour décrocher son sixième titre en Champion’s League il y a encore quelques jours, la terrible désillusion d’Anfield a tout balayé. Le surlendemain de cette élimination humiliante où le Barça s’est fait piétiner par les Reds de Klopp, l’heure est à la remise en question et de la fraicheur semble s’imposer. Comme l’annonce la presse catalane, de nombreux joueurs vont faire leurs valises cet été, mais le premier qui devrait payer les pots cassés serait Ernesto Valverde. Selon les médias catalans, la direction n’a pas aimé son manque de réactivité et ses choix au cours du match, et songe grandement à le remplacer. 

Pour beaucoup de suiveurs du Barça, Valverde n’a plus sa place… Alors si un retour de Pep semble compliqué, pourquoi ne pas prendre son disciple ? (crédit Twitter : @Ninoll20)

Néanmoins, aucun nom n’est clairement avancé, même si certains semblent plus cohérents et alléchants que d’autres. C’est le cas de celui d’Erik ten Hag, le coach de l’Ajax Amsterdam. 

La fibre néerlandaise

Ronald Koeman, Johan Neeskens, Patrick Kluivert, Marc Overmars, Frank Rijkaard mais aussi Louis van Gaal ou encore Edgar Davids… Les Néerlandais et le FC Barcelone, c’est une grande histoire d’amour. Une idylle qui a commencé au début des années 70 avec l’arrivée au poste d’entraîneur du mythique Rinus Michels. 

À une époque où le Real Madrid marche sur l’Europe et où la dictature franquiste bat son plein en Espagne, le Hollandais parvient à imposer ses principes et attire un fameux Johan Cruyff en Catalogne, au nez et à la barbe du rival madrilène. La suite, on la connaît : une Liga en 1974, une Coupe du Roi en 1978, mais surtout un Barça qui fait son entrée sur le devant de la scène grâce à un entraineur précurseur et au hollandais volant, qui remportera ses trois ballons d’ors consécutifs sous l’ère Rinus Michels. Un football nouveau, appelé le « Football total », qui forgea l’identité du Barça et qui fut une véritable révolution dans ce sport. Les premières gloires du FC Barcelone ont donc été menées par ces deux néerlandais, qui resteront à tout jamais comme parmi les plus grandes légendes du club. 

Johan Cruyff, Rinus Michels et Johan Neeskens… Trois néerlandais entrés dans la légende au Barça (crédit photo : thesefootballtimes.co)

Depuis, on ne compte plus les Néerlandais qui ont rejoint et triomphé en Catalogne. Alors pourquoi pas un de plus pour revenir aux sources ? 

Le retour du totaalvoetbal

Le football total est un principe de jeu inspiré du style de Jack Reynolds, entraineur anglais de l’Ajax Amsterdam dans les années 20, puis développé par Rinus Michels avec l’Ajax, le Barça et la sélection néerlandaise dans les années 70, pour être ensuite glorifié et sublimé par Johan Cruyff dans les années 80-90. 

Ce style et cette touche novatrice resteront à tout jamais dans l’histoire du ballon rond comme du jamais vu et ses deux berceaux, l’Ajax Amsterdam puis le FC Barcelone, l’adopteront et le glorifieront pendant des décennies. 

Néanmoins, l’empreinte du football total semble avoir quelque peu disparu du jeu du Barça… et c’est ce que regrettent les supporters. Une nostalgie qui perdure depuis déjà de nombreuses années et qui date sûrement du départ de l’incontournable Pep Guardiola, qui aura été le dernier disciple de Cruyff et Michels à la tête du club. 

« On joue toujours avec une philosophie et ça sera pareil les années à venir ».

L’actuel entraineur de l’Ajax est clair lorsqu’il évoque sa philosophie de jeu, et il ne la changerait pour rien au monde.

De son côté, l’Ajax n’a jamais délaissé le football total et n’a jamais renié les valeurs qui lui ont forgé son lustre d’antan. C’est d’ailleurs ce qui leur a permis de briller en Ligue des Champions cette saison. Et celui qui a quelque peu remis au goût du jour le football total et replacé l’Ajax sur le devant de la scène, c’est bien ten Hag. Ce dernier a signé un parcours incroyable, avec un style ambitieux et courageux si plaisant à retrouver. 

Le retour des idées guardiolesques

« Quand on perd le ballon, on doit immédiatement le récupérer. Il nous dit tout le temps : si on a le contrôle du ballon, on a les capacités de faire reculer n’importe quel adversaire ».

André Onana (AFP)

On croirait entendre parler de Guardiola, mais non… Guardiola est un disciple de Cruyff et Michels, ten Hag est un disciple de Guardiola. Aussi bien dans les équipes entrainées par l’espagnol que celles entrainées par le néerlandais, on retrouve un style assez similaire. Et ce n’est pas pour rien. En effet, les deux hommes se sont côtoyés entre 2013 et 2015 au Bayern Munich. Au sein du club bavarois, Pep est le coach de l’équipe première et Erik est celui de l’équipe réserve.

Des positions qui obligent les deux hommes à collaborer… et ça tombe bien, les deux partagent la même vision du football. Le courant passe à merveille : entre discussions tactiques, idées de management et développement des jeunes, Guardiola prend ten Hag sous son aile et lui inculque la philosophie qui a fait son succès pendant tant d’années à Barcelone. 

Avant de rejoindre l’équipe réserve du Bayern Munich, ten Hag a été entraineur adjoint au PSV Eindhoven et entraineur de Go Ahead Eagles, un club d’Eredivisie. (crédit photo : vi.nl)

En 2015, grandi par les conseils prodigués par le maitre, l’élève prend son envol et atterrit à la tête du FC Utrecht, avec lequel il atteindra la finale de la coupe des Pays-Bas en 2016 et remportera le trophée d’entraineur de l’année au pays, une distinction à la valeur inestimable dans cette nation d’entraineurs de génie. Son nom ? Le trophée Rinus Michels. Ça ne s’invente pas. C’est gradé de ce titre des plus honorifiques que ten Hag arrive à l’Ajax en décembre 2017, un club historique à l’ADN mêlé à celle du FC Barcelone. 

Erik ten Hag a été l’entraineur du français Sébastien Haller pendant deux saisons du côté du FC Utrecht, avant que ce dernier ne rejoigne l’Allemagne en 2017 (crédit photo : voetbal.com)

Mais le dossier est compliqué

Si la route qui mène à Barcelone semble toute tracée pour ten Hag, son arrivée en terres catalanes est loin d’être d’actualité. Tout d’abord, il n’est pas certain que Valverde quitte le club à l’issue de la saison. Et même si c’était le cas, le Barça n’est pas le seul club à suivre le technicien néerlandais, dont la cote ne fait que grimper malgré l’élimination face à Tottenham. 

En effet, le PSG et la Juventus souhaitent également s’attirer ses services, mais le club qui tient la corde resterait le Bayern Munich. Selon les dires des médias, ten Hag ne serait pas contre un retour en Bavière sans oublier que Niko Kovac, l’entraineur actuel, n’apporte pas pleinement satisfaction au sein du board allemand. Affaire à suivre…

Le FC Barcelone exige de ses entraîneurs qu’ils parlent couramment l’espagnol, ce qui n’est pas le cas de ten Hag… De quoi refuser de le prendre sur le banc ? (crédit photo : EPA/MAXPPP)

Après Frenkie de Jong, Matthijs de Ligt pourrait lui aussi s’envoler pour Barcelone la saison prochaine. De quoi convaincre leur entraineur de quitter l’Ajax et de les rejoindre en terres catalanes, pour suivre ainsi les traces du légendaire Johan Cruyff ? Réponse dans quelques semaines, mais l’histoire serait si belle…