Avec dix points d’avance sur le deuxième, Bruges survole la Jupiler Pro League. Une performance en forme d’habitude pour un club déjà champion en 2017/2018. En parfaite santé financière, encore en lice en Europa League, le club flamand à la philosophie offensive s’affirme comme la vitrine nationale depuis plusieurs saisons.

Meilleure attaque avec quarante-six buts, meilleure défense avec huit pions encaissés, plus grand nombre de matchs avec plus d’un but marqué (onze, NDLR), c’est peu dire que les Brugeois sont inatteignables pour la concurrence cette saison. Second derrière Genk la saison dernière, le Club Bruges s’affirme désormais comme le meilleur club belge devant Anderlecht.

Bien acheter pour mieux vendre

Hégémonie. Le mot est lâché quand il s’agit d’évoquer le futur du club de la Venise du Nord. C’est que tous les voyants sont au vert pour le second club le plus titré de Belgique. Derrière ce succès, le promoteur Bart Verhaeghe qui a repris le club en 2011. En neuf ans à sa tête, son bilan est plus que positif : un titre de champion en 2016 après onze années de disette et trois participations à la Ligue des Champions.

Les supporteurs des Blauw en Zwart (littéralement « bleu et noir », NDLR) sont conquis. D’autant plus que le club se trouve dans une santé financière éclatante. La dernière qualification pour la Champions League l’illustre avec un apport de vingt-huit millions et demi d’euros dans les caisses du club.

Acheté un million d’euros au club slovaque de Trencin et revendu vingt-cinq millions d’euros cet été, Wesley Moraes est le symbole du système de recrutement de Bruges. Le plus gros transfert de l’histoire de Bruges et de la JPL à égalité avec Youri Tielemans ! (Crédit photo : Mercato365.com)

De quoi investir sur le marché qui a vu le FC Bruges faire le mercato le plus onéreux de son histoire avec vingt-trois millions d’euros et des broutilles dépensées sur le marché. Si Bruges dépense, Bruges vend et bien. Pour ce faire, le club flamand se base sur son réseau de recrutement qui se focalise sur les championnats hollandais, turcs, suédois, tchèques où les joueurs sont peu chers donc les risques limités.

Meilleure illustration avec l’avant-centre Wesley Moraes, acheté un million au club slovaque de Trencin et vendu cet été à Aston Villa pour vingt-cinq millions. Même formule pour l’ailier Arnaut Danjuma acheté au NEC Nimègue (Pays-Bas) deux millions huit cent mille euros et revendu à Bournemouth pour dix-huit millions. Et la tendance n’est pas nouvelle l’été dernier avec le départ d’Anthony Limbombe qui avait animé les gazettes. Acheté deux millions cinq cent mille euros à Nimègue, il avait été revendu huit millions au FC Nantes.

Bilan cette saison, avec soixante-deux millions d’euros de ventes, la balance positive entre transferts entrants et transferts sortants s’élève à trente-huit millions et huit cent mille euros ! Une manne financière qui permet au club le plus riche du plat pays – cent vingt millions d’euros soit plus que l’Olympique de Marseille – d’investir avec un nouveau stade prévu pour 2024 et un centre de formation qui vient récemment de sortir de terre.

« Nos procédures de recrutement s’attachent autant à l’humain et au projet des joueurs qu’à leurs facultés. Et la détection de joueurs repose sur une base de données de 100 000 joueurs. »

Bart Verhaghe sur les méthodes de recrutement du FC Bruges (Le Monde)

Cette année, c’est à Philippe Clément qu’incombe la tâche de valoriser l’effectif brugeois. L’enfant du club, avec qui il a disputé plus de trois-cent match en tant que joueur, peut compter sur le soutien des vingt-huit mille spectateurs du Jan Breydel Stadion, enceinte la plus grande du pays.

Plusieurs joueurs du FC Bruges sont attractifs sur le marché des transferts à l’image de l’attaquant Emmanuel Dennis suivi par Leicester et Manchester United et estimé à trente millions d’euros par le club (Crédit Twitter : @KickOffMagazine)

Au départ, le technicien flamand n’avait rien du numéro gagnant. Adjoint de Michel Preud’homme pendant de longues années, il doit s’exiler à Waasland-Beveren puis à Genk. Là-bas, en un an et demi, avec un jeu léché, il conquiert le public limbourgeois et un titre de champion en 2018/2019. Cette saison, revenu par la grande porte dans son club de (presque) toujours, il s’impose définitivement comme une référence du football belge.

Philippe Clément a gardé la même formule : un football résolument tourner vers l’avant. Une recette qui porte ses fruits puisque le Flamand devient le premier entraîneur belge à qualifier deux clubs belges pour la Ligue des Champions la même année (Genk puis Bruges via les barrages, NDLR).

Reconnu pour son football, loué pour ses qualités humaines, lui le calme et discret T1, connaît une côte grandissante sur le marché. La RTBF voit en lui « l’un des futurs grands coaches belges » et son nom est même évoqué pour remplacer Roberto Martinez à la tête des Diables Rouges à la fin de son contrat en 2020.

Philippe Clément, l’apôtre du beau jeu

Sa philosophie de jeu trouve sa meilleure expression dans son 4-3-3 à pointe basse mais Philippe Clément sait s’adapter. Il a varié pas moins de cinq fois de schémas tactiques depuis le début de la saison. L’ancien diable rouge peut compter sur un effectif de qualité avec Simon Mignolet dans les cages, le taulier Brandon Mechele derrière et les talentueux ailiers Percy Tau et Krépin Diatta devant.

https://www.instagram.com/p/B6IegGEKkUQ/?utm_source=ig_web_copy_link
Philippe Clément a remporté le trophée Raymond Goethals 2019, c’est la deuxième fois d’affilée que le technicien flamand est sacré entraîneur belge de l’année (Crédit Instagram : @Clubbrugge)

Si l’attaquant David Okereke et le milieu Hans Vanaken ont tout deux scoré neuf buts en JPL, le collectif demeure la meilleure arme des Blauw en Zwart avec douze buteurs différents. Jeu au sol, projection et combinaisons sont au cœur du projet de jeu du technicien flamand. Un cadre dans lequel Ruud Vormer enfile les habits du chef d’orchestre.

Et il lui sied à merveille, avec treize passes décisives et un but à son actif : c’est le troisième homme le plus décisif du championnat. L’international hollandais, soulier d’or 2017 (qui récompense le meilleur joueur belge, NDLR) est définitivement celui qui dicte le tempo du rouleau compresseur brugeois.

Combinaison et jeu en mouvement sont au coeur de l’ADN du Bruges de Philippe Clément comme ici face à Mouscron (Crédit Vidéo : Youtube, @Club Brugge)

Tactiquement Philipe Clément est capable de faire déjouer les meilleurs. Le Real Madrid de Zinédine Zidane, accroché deux buts partout à Bernabéu, peut en témoigner. Surtout, sur ces deux confrontations le coach belge n’a jamais renié ses convictions et sacrifié le beau jeu sur l’autel du résultat. Ses principes : sortir le ballon proprement et jouer au sol. Clément a tenu la dragée haute au Real sur la première mi-temps du retour.

Une qualité également entrevue face au PSG de Thomas Tuchel lors du match retour. Au total, les trois points glanés par les Brugeois leur ont permis d’être reversé en seizième de finale d’Europa League. Ils retrouvent La Gantoise comme derniers représentants belges en Coupe d’Europe cette saison.

Surtout, ils confirment une tendance : le Club Bruges est le meilleur représentant belge sur la scène européenne, lui qui était déjà le dernier club du plat pays présent à ce niveau de compétition la saison dernière. Et au vu de la friabilité du Manchester United de Ole Gunnar Solskjær, les huitièmes de finales semblent parfaitement atteignables.

Ruud Vormer cette saison, c’est treize passes décisives, soit le meilleur total en Europe occidentale avec Kevin De Bruyne ! (Crédit Photo : Photo News / Le Soir)

Serein, Bruges a tout pour continuer à s’imposer comme le poids lourd incontournable du championnat belge. Les résultats, le fond de jeu et les rentrées financières sont autant de garanties de sa pérennité à ce niveau. Presque assuré d’un seizième titre de champion, encore en lice en coupe de Belgique et en coupe d’Europe, les joueurs brugeois sont clairement sur une dynamique ascendante. Son projet sur le long terme en fait un modèle de développement pour un football belge dont la Venise du nord est définitivement la meilleure vitrine.