Après une saison 2018/2019 morose, Fenerbahçe semble renaître de ses cendres et lutte pour le titre. Grâce notamment à Luiz Gustavo et Jailson, dignes héritiers des Brésiliens au club.

Le Brésil a toujours eu la cote en Turquie en général et à Fenerbahçe en particulier. Entre deux pays de football et de ferveur, l’histoire ne pouvait qu’être forte. Un lien jamais démenti dans l’histoire et qui aura vu certains d’entre eux élevés au rang de symboles.

Mehmet Aurélio (N°15), Gökçek Vederson (N°6) et Semih (N°23) et le gardien Volkan Demirel (à droite) écoutent attentivement leur entraîneur Zico lors du huitième de finale de Ligue des Champions en 2008 face à Séville. La bonne relation brésilo-turque (Crédit photo : Fotomaç)

De Didi à Gerson : les précurseurs « auriverde »

L’histoire de Fenerbahçe s’étend sur bientôt cent treize ans mais à travers les temps, une tendance s’est dégagée. Dès lors, certains pays ont souvent été mis en valeur au fil du temps. Si, au départ, les pays l’ex-bloc de l’Est ou d’ex-Yougoslavie étaient à l’honneur, ces dernières années, un autre pays a pris les devants. En effet, dès les années 1970, un double champion du monde prendra les commandes de l’équipe première. Son nom : Waldyr Pereira alias Didi, coéquipier lors des Coupes du monde 1958 et 1962 d’un certain Pelé.

Didi (à gauche, veste blanche) était entraîneur à Fenerbahçe lors de la saison 1973/1974 (Crédit photo : Ayaktakiler Oturanlar)

Son mandat sera exceptionnellement fertile pour le club turc qui glanera deux championnats consécutifs (1974 et 1975, NDLR). Aujourd’hui encore, l’entraîneur brésilien, décédé en 2001, est considéré comme un des meilleurs entraîneurs passés par le club. De ces années et cet amour inconditionnel, les supporters se rappelleront certainement de sa sympathie et du jeu pratiqué avec quelques uns des meilleurs joueurs de l’époque. Tels que le gardien roumain naturalisé turc plus tard, Ilie Datcu, le regretté Serkan Acar (décédé en 2013 et futur dirigeant du club, NDLR), le défenseur Ziya Şengül ou le duo d’attaquant Osman Arpacıoğlu-Cemil Turan.

Gerson Caçapa, premier joueur brésilien de Fenerbahçe (Crédit photo : 1907 online)

Sur le terrain toutefois, le premier Brésilien ayant mis le maillot du Fener sera le milieu offensif Gerson Caçapa. Durant deux saisons (1991-1993, NDLR), dans une équipe de Fenerbahçe vieillissante, ce dernier mettra ses talents d’organisateur au service de l’équipe. Par la suite, la voie entre le Brésil et la Turquie sera quelque peu tarie chez les Canaris. Pour rebondir d’une manière spectaculaire durant au début des années 2000 et de quelle manière.

Les années 2000, le Brésil en force

La fin des années 1990 fut véritablement le début d’un tournant pour le football turc. En point d’orgue, une Coupe de l’UEFA soulevée en 2000 par les ennemis héréditaires de Galatasaray. Au sein de cette équipe, deux Brésiliens furent titulaires, le défenseur Capone mais surtout le gardien Claudio Taffarel, champion du monde en 1994. Pour Fenerbahçe, la mise à l’heure brésilienne se fera progressivement à partir de 2003 avec ses premiers transferts.

« En réalité, je ne cours pas après le ballon… C’est lui qui me court après »

Didi dans le texte (Goal)

Dès lors, jusqu’à aujourd’hui, ils seront de plus en plus nombreux à venir garnir la liste « auriverde ». Parmi ces joueurs, certains étaient déjà célèbres et d’autres en devenir mais reconnus plus tard. Pêle-mêle, Marco (Mehmet) Aurélio qui intégrera même le Milli Takım ou les naturalisés Márcio (Mert) Nobre et Gökçek Vederson dont les patronymes turcs les aideront à ne pas griller la place d’un extra-communautaire. Cristian Baroni ou André Santos (qui sera transferé plus tard à Arsenal) seront également présents.

Marco-Mehmet Aurélio, premier joueur étranger naturalisé turc. Ce milieu de terrain à tout faire sera de l’aventure à l’Euro 2008 (Crédit photo : Turkish Football)

Cependant, deux joueurs furent véritablement les matrices essentielles de cette relation. L’un en raison de son palmarès, l’autre en raison de son amour du club. En effet, l’ancien madrilène Roberto Carlos mouillera deux années durant le maillot de Fenerbahçe. Une période de grâce pour tout le club avec des résultats, du jeu et de l’attractivité à tous les niveaux. Mais également un joueur dont le nom, malgré le poids des ans est synonyme de gloire éternelle.

Le grand Roberto Carlos pour vous servir ! (Crédit photo : Hürriyet Daily News)

Alex de Souza, le mythe de Kadıköy

Son nom renvoie à la période récente la plus glorieuse du club. Un pied gauche magique, des passes décisives et des buts. Un capitanat qui en fera un des titulaires les plus importants de l’histoire du club. Un nom que même après toutes ces années, il est impossible d’oublier même à l’heure des réseaux sociaux et de l’immédiateté. Une idole qui aura passé huit saisons à Fenerbahçe et glané trois titres de champion.

Alex de Souza est une idole à Fenerbahçe et a sa statue dans un parc de Kadıköy où se trouve le quartier de Fenerbahçe à Istanbul (Crédit photo : So Foot)

International brésilien également, Alex de Souza aura marqué de son empreinte tout le club. Adoubé également par une autre idole de Fenerbahçe, Lefter Küçükandonyadis, dans une sorte de passage de témoin. Le Brésilien, milieu de terrain offensif, finira même deux fois meilleur buteur du championnat turc. Un leader sur le terrain et dans les vestiaires auprès de ses nombreux compatriotes.

Lefter avec le maillot d’Alex (à gauche) et Alex avec le maillot de Lefter (à droite). Des dix de légendes (Crédit photo : Fanatik)

Tant et si bien que lorsqu’il quitta le club en 2012 en raison de désaccords avec l’ancien président du Fener, Aziz Yıldırım, qui verra en lui un rival, fantasmé ou non, de grandes protestations s’élèveront des tribunes. La légende racontant même une rivalité pour le nombre de buts marqués avec l’entraîneur (et ancien buteur du club, NDLR) de l’époque, Aykut Kocaman. Quoi qu’il en soit, des années après, Alex bénéficie toujours d’une cote de popularité exceptionnelle.

2008, l’acmé de la relation Fener-Brésil

La saison 2007/2008 fut pour Fenerbahçe, celle de la « samba » européenne. En effet, le club atteindra son meilleur niveau en Ligue des Champions avec un quart de finale perdu face au Chelsea de Didier Drogba, futur finaliste (2-1/0-2). Mais avant, la rencontre du huitième de finale aura donnée une exceptionnelle bouffée d’air frais à tout le club. Face au FC Séville de Dani Alves, le Fener aura vécu le « Séville 82 » à l’envers.

Fenerbahçe vs Séville en 2008. Aucun supporter du Fener n’a pu oublier ce match et l’alliance turco-brésilienne (Crédit vidéo : Youtube – Görümlü bespin tv WORLD)

Vainqueurs 3 buts à 2 à l’aller mais mal embarqués au retour, Fenerbahçe sera rapidement mené 2-0 au Stade Sanchez Pizjuán puis 3-0. Deux buts gags encaissés par le gardien Volkan Demirel mais un vent de révolte obtenu par la suite grâce au Brésilien Deivid, qui parviendra à inscrire deux buts importants permettant d’aller en prolongation. Par la suite, Volkan Demirel fera parler son talent aux tirs et buts et qualifiera son équipe en arrêtant le dernier tir de… Dani Alves.

Dans cette équipe des Canaris, outre Alex et Deivid, d’autres Brésiliens seront présents. L’arrière gauche Gökçek Vederson, le milieu à tout faire Mehmet Aurélio, le défenseur central Edu Dracena. Le tout coaché par la légende… brésilienne Zico, Roberto Carlos ayant été blessé lors du match aller. Une belle façon de montrer que l’adaptation auriverde en Turquie marchait à plein régime.

Luiz Gustavo-Jailson, la relève

Aujourd’hui encore et saisons après saisons, la relation Fenerbahçe-Brésil ne se tarie pas. Les dernières saisons, l’équipe d’Emre Belözoğlu aura vu passer quelques noms reconnus. Tels que l’ancien milieu de l’Atletico Madrid Diego Ribas, Giuliano (ex-Zenit), Josef de Souza. Cette saison, l’ancien marseillais Luiz Gustavo est arrivé en renfort afin de densifier le milieu. En compagnie de Jailson qui aura été bien utile lors de la dernière journée.

Jailson (à gauche) et Luiz Gustavo (à droite) en mode anniversaire (Crédit photo Sporx)

Face à Rizespor, à 1-1, ce dernier enverra un missile et permettra à Fenerbahçe d’empocher trois points bien importants. Une filière toujours active finalement et qui démontre toute la bonne relation entre toutes les parties. De ce fait, la relation de Fenerbahçe avec le Brésil est à rapprocher de celle du PSG en France. Facilitée en cela par la capacité d’adaptation de ces joueurs ou entraîneurs.

Quatre entraîneurs brésiliens à Fenerbahçe (de gauche à droite) : Didi sera double champion de Turquie. Sebastião Lazaroni sera un échec mais en 1996, Fenerbahçe infligera sous sa houlette la première défaite sur son terrain de Manchester en Coupe d’Europe en 40 ans. Carlos Alberto Parreira (1996) et Zico (2007) remporteront un titre. La classe brésilienne ! (Crédit photo : Fanatik)

Comme pour l’ancien sélectionneur champion du monde 1994, Carlos Alberto Parreira (dont Raymond Domenech n’avait pas voulu lui serrer la main au Mondial 2010) passera qu’une saison en Turquie mais sera champion avec Fenerbahçe en 1996.

Cette saison en tout cas, Luiz Gustavo et Jailson sont deux des plus grandes satisfactions de l’effectif. Leur objectif comme celui du club entier sera donc tourné vers le titre. Avec six points de retard sur le leader Sivasspor, la marche est haute mais pas impossible. Si d’aventure Fenerbahçe remporte le titre, la route Rio-Istanbul risque encore longtemps d’être pratiquée. Pour le plus grand bonheur de la filière brésilienne en Turquie.