Bombe ou bombinette. Mediapart, membre du consortium de medias European Investigative Collaborations (EIC), a diffusé hier ce vendredi 2 novembre un nouveau morceau du feuilleton des Football Leaks : le Paris Saint-Germain aurait bénéficié des accommodements de l’UEFA pour se soustraire aux sanctions infligées par les règles du Fair Play Financier.

Les Football Leaks, ce sont ces révélations sur les pratiques financières dans le monde du foot. Après les petits et gros arrangements, les commissions occultes, les clauses illisibles, les montages offshores, les soupçons d’évasion fiscale de Cristiano Ronaldo, Falcao, Messi et compagnie, Mediapart lève le voile sur les arrangements entre l’UEFA et le Paris Saint-Germain autour du Fair Play Financier.

Qu’est-ce que le Fair Play Financier ?

En vigueur depuis 2011, le Fair Play Financier impose aux clubs qualifiés pour les compétitions de l’UEFA de ne pas avoir d’arriérés de paiement envers d’autres clubs, leurs joueurs et les administrations sociales/fiscales.

Les sanctions contre un club qui ne respectent pas le Fair Play Financier peuvent conduire à l’exclusion d’une compétition européenne (crédit : UEFA)

Depuis 2013, les clubs doivent également respecter les règles de l’équilibre financier. En clair, ils ne doivent pas afficher de pertes supérieures à 30M€ sur les trois saisons précédentes.
Pour s’assurer du respect de ces règles, un gendarme : l’Instance de Contrôle Financier des Clubs (ICFC).

Que se passe-t-il en cas de non-respect du Fair Play Financier ? L’UEFA prévoit une panoplie de sanctions graduelles. De la simple mise en garde au retrait d’un titre, en passant par la déduction de points, l’exclusion de compétitions en cours ou futures, ou encore la restriction du nombre de joueurs qu’un club peut inscrire pour participer aux compétitions de l’UEFA.

Au cœur des révélations Football Leaks : les contrats dopés du Paris Saint-Germain

Tout commence avec les contrats de sponsoring du PSG, en particulier le contrat de 215M€ passé avec la Qatar Tourism Authority (QTA) en 2012 dont l’objet est de valoriser l’image du Qatar. Dans tout contrat c’est comme ça : on paie pour une contrepartie. En l’occurrence, la QTA a versé 215M€ au PSG pour que ce dernier promeuve son image en France, qu’on associe bien le nom du Qatar à celui du club de la capitale.

Au commencement de l’histoire : un contrat de 215M€ signé par le PSG avec la QTA !

C’est là que le bas blesse. Comment savoir si promouvoir l’image du Qatar vaut 215M€, ou plutôt 3M€, et même 123 000€ comme l’ont estimé deux cabinets d’experts chargés par l’instance de contrôle financier des clubs (ICFC) ?

Victoriano Melero, secrétaire général du PSG parle du contrat avec la QTA comme un soft power (crédit : L’Equipe)

Le secrétaire général du PSG Victoriano Melero parle de soft power. Il a tout dit. Ce type de contrat rentre dans une zone grise, où il est très difficile d’évaluer la valeur réelle des contreparties. Combien vaut une tournée du PSG au Qatar en termes de retombées d’image ? 50M€ ? 10M€ ?

La seule certitude est qu’à la ligne « recettes » du PSG, est inscrite la coquette somme de 215M€, autrement dit, une certaine latitude pour rester dans les clous des 30M€ sur 3 ans de déficit exigés par le Fair Play Financer de l’UEFA.

PSG et UEFA : quel problème ?

C’est le rôle de l’UEFA et plus précisément de l’ICFC de scruter ce type de contrat de sponsoring. Selon Mediapart, il était difficile de fermer les yeux sur l’accord signé avec la QTA. L’UEFA investigue. L’Ecossais Brian Quinn est chargé du dossier.

Il finit par jeter l’éponge et démissionner. En cause, la sanction clémente décidée contre son avis par l’UEFA du président Platini et du secrétaire général (à l’époque) Gianni Infantino, qui ferait suite à une rencontre secrète entre ces deux protagonistes et les dirigeants du PSG. Résultat : 60M€ d’amende, 2 ans de restrictions financières, réévaluation du contrat avec QTA à 115M€. MAIS : pas d’exclusion de la Ligue des Champions.

60M€ d’amende, puis 20M€ seulement. La raison ? La colère du patron du PSG Nasser el-Khelaïfi après avoir appris que Manchester City, détenu par Abou Dhabi, avait obtenu une sanction plus légère pour des faits similaires.

Toujours selon Mediapart, le PSG aurait également réussi à négocier la fin des sanctions financières en 2015, un an plus tôt que prévu.

Le PSG, de nouveau dans le collimateur

Le 1er septembre 2017, la question des transferts faramineux du PSG de l’été déclenche l’ouverture d’une nouvelle enquête de l’ICFC. Les arrivées de Neymar pour 222M€ et Kylian Mbappé (145M€ + 35M€ de bonus) font plonger le déficit du club à 74M€. Par ailleurs, les contrats de sponsoring sont de nouveau pointés du doigt : d’un montant de 183M€, ils sont ramenés à une valeur de 104M€. Le déficit du PSG s’alourdit à 143M€. Bien loin des 30M€.

Les transferts de Mbappé et Neymar dans le collimateur de l’ICFC (crédit : The Independent)

Selon les Football Leaks, toujours, le PSG s’en serait sorti grâce à un accord à l’amiable, comme une sorte de gentil avertissement :
– Vente de joueurs (Javier Pastore notamment pour 25M€ à l’AS Rome et Yuri Berchiche 24M€ à Bilbao)
– Décote de 37% de tous les contrats de partenariat

Le traitement du PSG inspire la colère de nombreux dirigeants, à commencer par Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole de football qui ne rate pas une occasion de pourfendre le laxisme de l’UEFA à l’endroit du PSG. En marge de la European Club Association, Jean-Michel Aulas avouait à l’Equipe en août 2017 ressentir « un peu d’aigreur » à l’endroit du PSG.

https://twitter.com/massfeknous/status/1058408459010478080

Coup de théâtre. Le 25 septembre dernier, la chambre de jugement de l’ICFC a décidé de renvoyer le dossier vers la chambre d’instruction.

Quelles réactions ?

Côté parisien, on souligne le respect de toutes les règles de l’UEFA, et les agissements toujours en concertation avec l’instance dirigeante européenne. Si manquement il y a eu, ce n’est pas chez les Parisiens qu’il faut le chercher. Par ailleurs, on rappelle que le contrat avec QTA prend fin en juin 2019, et que son renouvellement n’est pas acquis, synonyme de la perte d’un sponsor important pour le PSG. Après les soupçons de match truqué contre l’Etoile Rouge de Belgrade (3 octobre dernier), le PSG se serait bien passé de ces révélations.

Pour Gianni Infantino, président de l’UEFA, ces révélations Football Leaks sont une tentative de déstabilisation (crédit : The Telegraph)

Pour l’UEFA, c’est clair. Dans un communiqué, l’organisation affirme que ces révélations ont pour but de « déstabiliser la nouvelle direction, en particulier le président Gianni Infantino » et désigne, dans son communiqué, « certains de ceux qui ont été démis de leurs fonctions, qui ont été remplacés [après l’arrivée du Suisse et qui] continuent de répandre de fausses rumeurs et des insinuations sur la nouvelle direction ».

La question se pose : si ces faits sont avérés, les dirigeants de l’UEFA en ont-ils été récompensés ? L’affaire prendrait une autre tournure encore : à l’accusation de violation des règles du Fair Play Financier s’ajouterait celle de corruption.

[themoneytizer id=”18234-28″]