À moins de 100 jours de la Coupe du Monde qui débutera le 7 juin, chaque camp expérimente différents schémas, différentes joueuses. Particulièrement l’Allemagne, qui compte une infirmerie de cadres bien garnie. L’occasion pour la sélectionneuse Martina Voss-Tecklenburg de lancer ses pépites.

Le match de préparation ce soir entre la France et l’Allemagne à Laval est amical, mais sur le papier seulement. L’Allemagne, c’est pas rien. C’est même Corinne Diacre qui l’a dit.

« Pour les avoir jouées à de très très nombreuses reprises, et pour avoir très très rarement gagné, je peux vous dire que l’Allemagne, ça reste l’Allemagne » Corinne Diacre annonce la couleur en conférence de presse (crédit vidéo : FFF YouTube)

L’Allemagne, ça reste l’Allemagne. Une géante. Accessoirement, l’Allemagne, c’est deux titres consécutifs de Championnes du monde en 2003 et 2007 (à ce jour la seule équipe au monde à avoir réussi à conserver son trophée), cinq Euros (1995, 1997, 2001, 2005 et 2009) et un titre olympique (2016). Disons pour faire court que sur le papier, ça fait peur. En comparaison, la France a pour unique gloire une demi-finale perdue de Coupe du Monde face aux Etats-Unis. Et dans la foulée, la petite finale perdue aussi. C’était la Coupe du Monde 2011.

Les Allemandes, la tête à l’envers

L’Allemagne, c’est également l’équipe qui a mis la plus grosse pâtée à la France, un petit 7-0, le 2 septembre 1992. Alors d’accord c’était un match amical, mais quand même. En plus, la sélectionneuse actuelle de la Frauschaft Martina Voss-Tecklenburg était de la partie. Faut dire aussi que sur les dix derniers matchs entre Françaises et Allemandes, en France on a tendance à ne retenir que la dernière confrontation, le fameux 3-0 historique infligé lors de la She Believes Cup 2018.

La dernière victoire de l’équipe de France face à l’Allemagne remonte à mars 2018, avec un 3-0 lors de la She Believes Cup, que l’Allemagne n’a toujours pas digéré (crédit vidéo : FFF Youtube)

Pourtant, méfions-nous des Allemandes ! Car même si la tendance s’équilibre maintenant, l’étude des dix dernières confrontations indique bien que la balance ne penche pas de notre côté : 5 défaites, 4 matchs nuls,  1 victoire.

Alors c’est vrai, depuis la finale gagnée des Jeux Olympiques de 2016, l’Allemagne a un peu la tête à l’envers.

L’Euro 2017 a été très décevant (élimination en quart de finale face au Danemark), la She Believes Cup 2018, une humiliation et cette fameuse défaite 3-0 face à la France, la sélectionneuse Steffi Jones éjectée, et les frissons de la qualification pour la Coupe du Monde 2019, avec la défaite à domicile face aux Islandaises le 20 octobre 2017 (2-3).

Ce que les Allemandes ont en plus

L’Allemagne reste une géante, mais semble s’être banalisée. Qu’a-t-elle de plus que la France ?

Sans doute la légende. Un soir d’insomnie, jeter un œil au palmarès de cette équipe, au nombre de finales disputées, cela peut vous conduire jusqu’au petit matin. Des joueuses immenses. Brigit Prinz, double championne du monde 2003 et 2007, trois titres de joueuses mondiale de l’année (2003, 2004 et 2005), joueuse la plus capée et meilleure buteuse de la sélection, la gardienne Nadine Angerer, qui a juste arrêté le pénalty de la Brésilienne Marta en finale de la Coupe du monde 2007, mais aussi Silvia Neid, Ariane Hingst, Bettina Wiegmann… Ce n’est pas pour rien que la sélectionneuse allemande Martina Voss-Tecklenburg a embauché Birgit Prinz comme coach mental.

Coupe du Monde 2007, finale Allemagne Brésil, 1-0, Marta s’élance pour tirer le pénalty qui permettrait d’égaliser, mais Nadine Angerer, la gardienne allemande, l’arrête (crédit vidéo : FIFA TV YouTube) 

L’héritage peut être lourd, même si l’effectif allemand semble équilibré, en âge, et donc en expérience. C’est une équipe très casanière. La quasi-totalité des joueuses évoluent dans le championnat national, principalement à Wolfsburg, Essen, Potsdam et Munich. Deux joueuses seulement évoluent à l’étranger, et nous les connaissons si bien : Dzsenifer Marozsán und Carolin Simon ! Toutes deux portent les mêmes couleurs que Wendie Renard, Eugénie Le Sommer, Amandine Henry, Sarah Bouhaddi, Delphine Cascarino… Bref. Lyon.


Dzsenifer Marozsán est la seule joueuse avec Carolin Simon à évoluer à l’étranger dans le groupe des 23 convoqué pour le match contre la France (crédit photo : Anne Odon)

Bien sûr, il y a la vieille garde, les Alexandra Popp avec 93 sélections (blessée, elle ne jouera pas ce soir contre la France), Lena Goeßling (103), Dzsenifer Marozsán (86), ou encore Sara Däbritz. La milieue munichoise de 24 ans compte déjà 54 sélections et 10 buts.

Mais la toute nouvelle sélectionneuse Martina Voss-Tecklenburg veille aussi au renouvellement. Et lance dans le grand bain des joueuses dont on n’a pas fini d’entendre parler.

Martina Voss-Tecklenburg vous présente ses pépites

Lea Schüller. Retenez bien son nom. On n’oserait pas la qualifier de néophyte tant la joueuse du SGS Essen, 22 ans, est une des attaquantes les plus prometteuses. C’est une des artisanes majeures de la qualification pour la Coupe du Monde en inscrivant six buts en six matchs, dont un quadruplé lors de la victoire 4-0 face à la République tchèque. Avec son équipe du SGS Essen, elle explose complètement cette saison avec déjà 11 buts.

Lea Schüller commence à se faire un nom au sein de la Mannschaft notamment grâce à ce quadruplé face à la République Tchèque (crédit vidéo : YouTube)
Petit aperçu du talent de Lea Schüller (crédit vidéo : YouTube)

Dans cette éclosion, Horst Hrubesch, ancien sélectionneur par intérim, a joué un rôle décisif. Mais la France aussi ! C’est en France que Léa Schüller a attrapé le virus du foot, en regardant à la télévision l’Euro 2004 lors de vacances en famille.

Parlons aussi de Giulia Gwinn, celle qui a dit non au Bayern Munich et au Turbine Potsdam pour rejoindre Fribourg, et jouer son premier match de Bundesliga à 16 ans en 2015. La milieue de terrain enchaîne Coupe du Monde sur Coupe du Monde. Elle a disputé l’été dernier la Coupe du Monde des moins de 20 ans et s’est notamment illustrée en inscrivant un but, contre la Chine, un des plus beaux buts de la compétition.

Giulia Gwinn, la magnifique… (Crédit vidéo : FIFA TV YouTube)
… qui vous donne rendez-vous en juin ! (Crédit Twitter : @FIFAWWC)

En 2016, pour la Coupe du monde des moins de 17 ans en Jordanie, Giulia Gwinn était déjà là. L’équipe s’est inclinée dès les quarts de finale face à l’Espagne, mais Gwinn s’est affirmée comme leader offensif de sa formation, inscrivant 3 buts en particulier le but de la compétition, contre le Canada.

Giulia Gwinn inscrit lors de la Coupe du monde des moins de 17 ans en Jordanie le plus beau but de la compétition (crédit vidéo : Fifa TV YouTube)

Giulia, c’est la polyvalence et la technique. Capable d’occuper tous les côtés du terrain, redoutable en un contre un, cauchemar de la défense. À l’époque de la Coupe du monde en Jordanie, sa coach Anouschka Bernhardt dit ceci :

« Aucun doute, [Giulia Gwinn] a franchi une étape, elle joue un rôle primordial dans notre jeu d’attaque. Grâce à sa rapidité et sa qualité en un contre un, elle nous a rendus plus imprévisibles. Elle nous a rajeuni. »

Anouschka Bernhardt, sélectionneuse des U17

Rajeunir une équipe de 17 ans, c’est très fort. Partout où elle passe, Giulia Gwinn marque les esprits. Il lui reste maintenant à s’imposer avec l’équipe A. Elle a disputé 3 rencontres, et a déjà inscrit un but. C’était contre l’Italie, en novembre dernier.

Parmi les rookies, Sydney Lohmann, une seule sélection. La jeune milieue du Bayern Munich connait l’année de la confirmation avec la formation bavaroise qui en a fait une de ses titulaires : 1184 minutes de jeu disputées, 2 buts inscrits. Elle était déjà de la partie lors de la Coupe du Monde U17 en Jordanie.


Sydney Lohmann (Bayern Munich) fait partie de la nouvelle génération allemande

Enfin, les absentes ont toujours tort. Une Lena en remplace une autre. Les problèmes musculaires qui empoisonnent la joueuse du Turbine Potsdam Lena Petermann permettent à Lena Lattwein (18 ans), la milieue de Hoffenheim, de rejoindre les 23 Allemandes.

Lena Weittman, Hoffenheim, peut profiter du forfait de Lena Petermann pour s’illustrer (Crédits photos : Alexander Scheuber/Bongarts/Getty Images)

Après Birgit Prinz et Bettina Wiegmann 

Ce soir, face à la France, la Frauenmannschaft saura mieux où elle en est. Des deux côtés, on compte des absentes, des blessées. Peut-être davantage du côté allemand avec les forfaits d’Alexandra Popp, mais également Almuth Schult (gardienne de Wolfsburg), Linda Dallmann (SGS Essen), Leonie Maier (Bayern Munich) et Lena Petermann (Turbine Potsdam).

Corinne Diacre, l’a annoncé : elle donnera du temps de jeu à des joueuses qui ont peu eu. La problématique Voss-Tecklenburg est tout autre : il faudra lancer les pépites, les polir si besoin est, avant le grand bain de la Coupe du Monde dans 98 jours. Les futures Bettina Wiegmann et Birgit Prinz sont déjà là.