C’est un match à élimination directe, sans filet. Face au Brésil, la France devra laisser aux vestiaires sa peur de mal faire et montrer qu’elle est bien plus qu’un simple vainqueur de matchs amicaux.

On a l’impression de se répéter, mais cette fois c’est vrai. Les choses sérieuses commencent vraiment avec les huitièmes de finale de la Coupe du monde. On a bien cru que ce serait le Cameroun. Parce que le Chili a eu le ballon de sa qualification au bout du crampon et que Francisca Lara s’y est vu. Elle a vu le match suivant, ce huitième contre l’Allemagne, elle a vu l’exploit qu’elle était en train d’accomplir, l’histoire en train de s’écrire. Elle en a raté le pénalty. Ecrasé sur la transversale de la gardienne thaïlandaise Boonsing, toute heureuse de ne pas avoir à ramasser le cuir au fond de ses filets, pour la vingt et unième fois en trois matchs.

Un pénalty raté et c’est la hiérarchie des meilleures troisièmes qui s’en trouve chamboulée. Les malheurs du Chili désignent l’adversaire des Bleues. Un but de plus c’était le Cameroun. Un de moins. C’est donc le Brésil.

Le club du troisième âge

Il était écrit que ce huitième de finale serait sud-américain ou ne serait pas comme chez les garçons. Ça tombe bien. Nos Bleues ont rencontré tous les continents, mais pas l’Amérique. Le continent neuf.

Et qui dit Brésil dit Cristiane, dit Formiga, dit… Marta. Rien qu’à ce nom, la terre football tremble. Marta, élue à six reprises meilleure joueuse du monde… et meilleure buteuse de la Seleçao. Une numéro dix, une vraie, à la brésilienne, fantaisie, élégance, une sorte de Tobin Heath du Sud, de celles capables d’un geste qui met tout le monde à l’envers. Demandez aux Américaines, si elles se souviennent de la demi-finale du mondial 2007. Ce jour-là, Marta en plante deux. Selon elle, deux des plus beaux de sa carrière.

Marta a été élue meilleure joueuse du monde à six reprises, a même été adoubée par le roi Pelé (crédit vidéo : YouTube FIFA TV)

Ces trois là, Formiga, Cristiane, Marta, forment le club des quadra et trenta. Formiga, la fourmi, 41 ans, qui dispute sa septième phase finale de Coupe du monde. Cristiane 34, Marta 33. Un air de fin de règne. Une génération qui danse sa dernière samba. Quoi que si les jeunettes Cristiane et Marta tirent comme la fourmi, elles ont encore devant elles deux Coupes du monde. Au moins.

Mais dans ce sport dont le niveau s’élève chaque match plus haut, on joue chaque compétition de ce type comme si c’était la dernière. Hors de question de se projeter dans quatre ans, ou même dans un an, aux prochains Jeux Olympiques. Pour des joueuses de cette trempe qui ont leur carrière derrière, c’est hic et nunc, ici et maintenant. On ne conjugue pas sa légende au futur.

Brésil très haut, Brésil très bas

France-Brésil. De tout temps, des airs de finale. De grands rendez-vous footballistiques. Une affiche de huitièmes ? C’est que les Brésiliennes de Vadão finissent meilleures troisièmes dans un groupe C de la mort, dans lequel la Jamaïque a sombré, l’Italie a sidéré, l’Australie déçu et le Brésil déconcerté. Intraitables avec les Jamaïcaines (victoire 3-0 le 9 juin, triplé de Cristiane), versatiles face à l’Australie (défaite 3 buts à 2 après avoir mené 2-0 le 13 juin), solides face à l’Italie, seule équipe capable de vaincre cette déroutante Squadra Azzura (victoire 1-0 le 14 juin).

Face à l’Australie, le Brésil a montré deux visages, dominateur, puis finalement dominé et perd 3-0 (crédit vidéo : Youtube KB)

Le Brésil fait partie de ces équipes dont il est difficile de définir l’état de forme. Parfois très haut. Parfois très bas. Le match face à l’Australie, un condensé. En 40 minutes, les Auriverde marquent à deux reprises, font la course seules en tête. En 45 minutes, elles prennent trois buts et s’inclinent. Peut-être que les Australiennes sont parvenues à mieux cerner leur adversaire. Peut être que cet adversaire n’a pas su se remettre de la sortie de Formiga à la fin de la première mi-temps, fragilisée par une blessure à la cheville.

L’état de forme de Formiga est une des clés de ce huitième. On la dit inusable, éternelle, on prétend qu’elle a trois poumons, on la dote de mille capacités surnaturelles pour expliquer sa longévité. Tout ce qu’on raconte à son sujet est vrai. Cette femme vient d’une autre planète et lorsqu’elle n’occupe pas le milieu de terrain des Samba Queens, le monde ne tourne plus rond. Aux dernières nouvelles, Formiga va mieux, Marta aussi. Mais elles ne seraient pas à 100%.

Formiga est l’âme et la capitaine des Samba Queens, elle joue sa septième phase finale de Coupe du monde (crédit Twitter : @MadameFootball)

Les Bleues, force intranquille

On tremble. Et surtout de plaisir. Parce que le spectacle sera grand. Il doit être grand. On ne conquiert pas un titre en retirant un pénalty raté ou d’un but contre son camp de l’adversaire. On sort vainqueur de matchs épiques, où l’on sombre avant de retrouver la lumière, où le collectif s’éprouve et les âmes ne sortent pas tout à fait indemnes.

Pour l’heure, les Bleues n’ont laissé sur la pelouse de leur groupe A une impression de force intranquille, une volonté de vaincre tourmentée par l’insidieuse idée que si ce n’était pas le cas, alors… Ce serait épouvantable. C’est jouer en se répétant « surtout ne pas prendre de but, surtout ne pas prendre de but », le propre des équipes intraitables en matchs amicaux, inhibées en compétition car trop conscientes des enjeux. Face au Nigéria, les Bleues s’en sont péniblement sorties grâce à un pénalty manqué et retiré par Wendie Renard (1-0, 17 juin), là où elles en plantaient huit en match amical le 6 avril 2018.

Face au Nigéria, la France l’a emporté dans la douleur, grâce à un pénalty tiré à deux reprises par Wendie Renard (crédit Twitter : @telefoot_TF1)

France/Brésil, aucun affrontement en compétition officielle

En compétition, la France et le Brésil ne se sont jamais affrontées. Il n’y a que des matchs amicaux, sept au total, souvent disputés, dont le dernier remonte au 10 novembre dernier. Ce soir-là, il n’y avait pas Marta et les Bleues l’avaient emporté 3-1 à Nice, encaissant ce petit but de fin de match qui n’inquiète pas outre mesure en ces circonstances, mais s’avère catastrophique en compétition. Il peut être l’étincelle de la remontada.

En avril 2018, les Bleues dominent le Brésil 3-1, mais Marta n’était pas là (crédit vidéo : Youtube FFF)

Face aux Brésiliennes, les Bleues n’ont jamais perdu. En Coupe du monde, cela ne veut rien dire. On part d’une feuille blanche. Pas d’historique, nada. Corinne Diacre disait ceci : « On travaille sur tous les adversaires depuis le tirage au sort, le 8 décembre. On a ressorti le dossier Brésil, ça ne nous a posé aucun problème. On avait anticipé beaucoup de choses. J’avais des observateurs sur tous les matches de la Coupe du monde. Pour nous ça n’a pas changé grand-chose, dès jeudi matin, on était opérationnels ».

Derrière ce calme, cette volonté de démontrer que tout est sous contrôle, que rien ne peut surprendre… On sent la volonté de Corinne Diacre d’équilibrer la balance entre deux nations qui n’ont jamais rien gagné, mais dont une, le Brésil, a été finaliste malheureuse (2007 face à l’Allemagne), et l’autre demi-finaliste traumatisée en 2011 face à l’Allemagne. Encore.

La France, en tant que nation du football féminin, est à la recherche de matchs de référence. Seule l’Angleterre jusqu’à présent a eu l’amabilité de nous aider à nous écrire une légende. D’abord le 16 novembre 2002 à Saint-Etienne en match de barrage pour la qualification à la Coupe du Monde 2003. Diacre inscrit l’unique but de la partie, le but de la qualification. Puis le 9 juillet 2011 et ce quart de finale victorieux, permettant aux Bleues d’accéder au dernier carré.

Corinne Diacre a inscrit une page importante du football tricolore en qualifiant la France pour le mondial 2003 face à l’Angleterre (crédit vidéo : Youtube FFF)

L’histoire s’arrête là. C’est indéniable, les Bleues sont respectées. Peut-être craintes. Face au Brésil, ce sera l’occasion de prouver qu’elles sont plus que des bourreaux de matchs amicaux.