Nous ne verront plus nos Bleues dans cette compétition. Devant près de 46 000 supporters, les filles de Corinne Diacre se sont inclinées face aux Américaines d’une Rapinoe des grands soirs, au terme d’un scénario d’une infinie cruauté. Menées 2-0 (Rapinoe, 5ème, 65ème), la France n’a pas pu revenir dans le coup avant la 81ème (Renard). C’était trop tard.

Gueule de bis. Pas une faute de frappe. On a vraiment une gueule de bis ce matin. Une gueule de j’aimerais en voir plus, en voir encore. Et nous n’en verrons plus. Pas cette année, et pas en France. Du moins avant longtemps.

En cinq jours, les Américaines ont écœuré les Espagnoles, anéanti les Françaises. Pas dans le jeu, on est loin du 13-0 contre la Thaïlande. Mais cette certitude, ce petit rien. Sur un match, être là, donner le change, dominer, et se retrouver au coup de sifflet de l’arbitre, sur ce même score, 2-1, les bagages à faire, retour à la maison.

Cruel scénario de ce France / USA qui conduit à l’élimination des Bleues, avec ce but de Rapinoe dès la 5ème minute (crédit twitter : @telefoot_TF1)

Rapinoe face au Vieux Continent

Hier soir, Megan Rapinoe n’a pas planté sur pénalty. Deux buts dans le jeu, un coup franc au milieu d’une forêt de jambes (5ème), un contre express en trois passes, Rapinoe au bout (65ème). Cette femme aura 34 ans le 5 juillet, un petit bout, sec, que l’on distingue au loin par la teinte rose violacée de ses cheveux. A elle seule, Rapinoe aura achevé la quasi-totalité de la part latine du Vieux Continent. Espagne. France. A qui le tour ? L’Angleterre ? Puis l’Allemagne ? La Suède ? Les Pays-Bas ? L’Italie ? Et l’Amérique qui hier soir a mis un gros crampon en finale. Ce n’est pas de la précipitation. Mais quand sereinement vous parvenez à vous défaire de l’équipe favorite, chez elle, devant son public, c’est que vous avez un supplément d’âme.

Rapinoe bourreau des Espagnoles et maintenant Rapinoe, bourreau des Bleues grâce à ce nouveau doublé (crédit twitter : @telefoot_TF1)

Les jours de gueule de bois, cendres dans la bouche, difficile de tirer des conclusions. Les émotions sont encore là qui nous prennent à la gorge, on aimerait réécrire le cours du match. Le jour d’après est celui des regrets. Mais quand même. Que nous a-t-il manqué ?

Un côté gauche

Un échec. Corinne Diacre l’a dit. L’objectif, c’était la finale, on s’arrête deux tours avant.

Des joueuses en deçà de leur potentiel. Corinne Diacre l’a dit aussi.

On pense à notre côté gauche. Majri – Le Sommer. Ca devrait se trouver les yeux fermés. Et hier ça s’est cherché, souvent, longtemps, en vain. Des maladresses dans des passes importantes. Ces passes qui peuvent déclencher quelque chose, un assaut, un doute chez l’adversaire, un but. Combien de transmissions dans le contre-pied, vers l’avant quand l’autre l’attend dans les pieds, en touche, imprécises. Trop. Bien trop. Les stats du match sont pourtant flatteuses pour la France. 78% de passes réussies (64% pour les Etats-Unis). Mais dans ces 22% là de déchet, combien, combien de passes capitales pour renverser ce match ? Amel Majri et Eugénie Le Sommer hier soir, comme dans d’autres matchs de cette compétition, ont semblé parler deux langues différentes.

Je veux tout et que cela soit entier

On pense à nos premières mi-temps timorées. Les Américaines, Antigone de Jean Anouilh.

Moi, je veux tout, tout de suite, – et que ce soit entier – ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui et que cela soit aussi beau que quand j’étais petite – ou mourir.

Antigone, Jean Anouilh

C’est tout, maintenant, pas de tour de chauffe, c’est tout avaler, dévorer, pas le temps de s’imprégner, se mettre dans le bain. Ce n’est pas cérébral, c’est instinctif. C’est hic et nunc.

Nos Bleues ne jouent pas la même temporalité. Elles auraient besoin de trois mi-temps. La première pour se mettre dedans, se délester de la lourdeur de l’enjeu, se laisser gagner par la fièvre du jeu, du jeu, seulement le jeu. Ne rien voir autour, ne pas se dire que quand même, on joue une Coupe du monde à domicile, que ce n’est pas rien, qu’il ne faut pas décevoir.

On l’a vu face à la Norvège, puis le Nigéria, et surtout face au Brésil. C’est en prolongations que les Bleues ont joué un football de survivante, et c’est en prolongations qu’on s’est dit que c’est ce football là qui leur correspondait le mieux. Hier soir, prises à la gorge : deux occasions en cinq minutes. Puis ce but de Rapinoe.

Ce France / USA, c’était l’affrontement entre l’action et la réflexion. Il faut des deux pour atteindre le toit du monde. Surtout de l’action. Surtout immédiate.

Amandine Henry, la plus Américaine des Bleues le résume :

« C’est dans leur mentalité de vouloir tout de suite écraser l’adversaire. Je pense qu’elles n’ont pas montré grand-chose ce soir, mais elles passent. Bravo à elles »

Amandine Henry, à la fin du match France / USA
Constat unanime, les Américaines ont mis une pression sur les Bleues énormes dès le début du match, cela a payé (crédit @telefoot_TF1 Twitter)

Dominer n’est pas gagner

On pense enfin à notre maladresse au moment d’être sans pitié.

Comment une équipe avec de telles stats peut laisser filer la victoire ? 20 tirs au total, 5 cadrés seulement (10 pour 8 cadrés côté USA). Combien de corners, coup-francs, et combien de têtes de Valérie Gauvin, frappes d’Amandine Henry, Eugénie Le Sommer, pour seulement ce petit but de Wendie Renard ? Gaëtane Thiney a livré un match de haut vol hier, une qualité de coups de pieds arrêtés inestimable. Les situations dangereuses, elle les a amenées, sur terre, dans les airs. Mais la réalisation…..

De nombreuses occasions pour les Bleues avant d’arriver enfin à ce but de Wendie Renard, à la 81ème (crédit @telefoot_TF1 Twitter)

Se posera évidemment la question Katoto. Aujourd’hui, on n’a pas envie de polémiquer avec des et si et si et si. Nos 23 ont été grandes et belles, on en reverra certaines, et on a hâte, notamment Kadidiatou Diani qui a brillé de mille feux sur ces cinq matchs, Delphine Cascarino aussi. Pour certaines, c’est vraisemblablement un petit clap de fin. Elise Bussaglia, Gaëtane Thiney, immenses joueuses qui tirent peut-être leur révérence, l’une et l’autre, sur une prestation on ne peut plus aboutie, donnant raison à Corinne Diacre de leur avoir fait confiance.

On se console comme on peut ce matin, en soulignant que la véritable victoire, c’est cet engouement du public français pour ses Bleues, le football au féminin. Consolation homéopathique quand on sait comme le rêve été à portée de crampons. Et consolation à confirmer surtout la saison prochaine, celles à venir.

Amère consolation, l’engouement du public pour le football joué au féminin (crédit @telefoot_TF1 Twitter)

Pour finir sur une touche d’espoir, lors de sa remise de médaille de la ville de Paris pour son action en faveur du football féminin, la fondatrice des Dégommeuses Cécile Chartrain a indiqué que son club parisien croulait sous les demandes d’inscription.

Mesdames, voici votre victoire. La nôtre.

Le 27 juin, des femmes qui se sont battues pour la promotion du football au féminin, dont Annie Fortems (à gauche) et Cécile Chartrain (à droite) reçoivent la Médaille de la ville de Paris pour leur engagement (crédit twitter : @AnnieFortems)