Coup de tonnerre dimanche dernier en Gold Cup. En quart de finale de la compétition, Haïti a réussi l’exploit d’éliminer le Canada (3-2). Une victoire sensationnelle mais pas si surprenante que cela.

À l’ombre de la Coupe du monde féminine, de la Copa America et de la Coupe d’Afrique des Nations se déroule actuellement la Gold Cup. Cette compétition réunissant les équipes d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, a connu un coup de tonnerre. Menés 2-0 après une demi-heure de jeu, les Haïtiens ont soulevé des montagnes pour venir s’imposer finalement 3 buts à 2. Une bien belle victoire pour Haïti et également la preuve que désormais les supposées « petites » nations n’ont rien à craindre des mastodontes.

Wilde-Donald Guerrier (en bleu à gauche), une des figures des « Grenadiers » d’Haïti (Crédit photo : la 1ere France tv info)

Haïti, la victoire de la joie

Le quart de finale ayant opposé Haïti au Canada dimanche dernier a provoqué une petite onde de choc. Pour toutes les personnes suivant un tant soit peu le football, le match Haïti-Canada devait être plié rapidement. Face à des « Canucks » sûrs de leurs forces, les Haïtiens n’étaient pas censés en mener large. Et pourtant, le football réserve souvent de belles surprises lorsqu’on s’y attend le moins. En voyant parfois des équipes venus finalement de nul part se montrer à leur avantage.

Le match Haïti-Canada (3-2) – (Crédit vidéo : Youtube – Concacaf)

Rapidement menés 2 buts à 0 après à peine 30 minutes de jeu, les hommes du sélectionneur Marc Collat auraient pu basculer vers les abîmes de la défaite. Sombrer et abandonner en oubliant les vertus de combat et d’abnégation nécessaires pour les « petites » nations face aux supposés favoris.

Marc Collat le sélectionneur depuis 2017 de la sélection haïtienne (Crédit photo : Le Télégramme)

Pourtant, les Haïtiens n’ont jamais abdiqués et vont jouer pour la première fois depuis l’édition 1977 au Mexique, une demi-finale. Là encore, ils ne seront pas les favoris du match puisqu’ils vont affronter le… Mexique de l’attaquant du club anglais de Wolverhampton, Raúl Jiménez. Une demi-finale (04h30 heure française demain matin NDLR) qui est tout sauf dû au hasard, loin de là.

Résultats probants depuis un an

En effet, depuis maintenant un an et hormis une lourde défaite en mai 2018 face à l’Argentine de Leo Messi en amical, Haïti connaît de bons résultats. Capables de marquer des buts, de poser de nombreux problèmes à leurs adversaires, les coéquipiers de l’ancien guingampais Hervé Bazile font montre de bonnes résolutions.

Ajoutés à cela des victoires de prestige face à des nations plus développés telles que le Nicaragua ou le Costa Rica lors du troisième match du groupe B. Cette bonne dynamique dans le jeu, la rigueur et les résultats qui sont loin d’être négligeables permettent de développer le football. De plus, Haïti possède à deux postes clés deux joueurs pouvant les amener vers le haut du panier.

«  Je vous assure que je ne m’inspire d’aucun autre entraîneur, simplement ma longue expérience dans le football me permet de gérer un peu mieux les problèmes posés par une période aussi longue de concentration, entre les matches, les entraînements, les voyages éprouvants, et les séjours dans les hôtels »

Marc Collat, le sélectionneur haïtien à propos de son expérience (Le Nouvelliste)

Grâce également au travail de l’équipe technique et du sélectionneur Marc Collat. Un homme ambitieux et rigoureux qui a amené sérénité et discipline à travers un parcours complet d’entraîneur et de formateur. Un beau gage pour Haïti que de compter sur l’expertise du Français dans ses bons résultats.

Duckens Nazon sur les traces d’Emmanuel Sanon

Si Haïti a, de par sa position historique, des liens avec la France, il est pourtant difficile de sortir un joueur de football du lot. Nombreux sont ceux cependant qui passèrent par la France mais pour lesquels d’autres corps de métiers laissent place au sport. Tels que les écrivains Lyonel Trouillot, Dany Laferrière ou le chanteur Wyclef Jean.

Le buteur : Duckens Nazon (Crédit photo : Sans-Filtre)

Pourtant au niveau national, un joueur a marqué de son empreinte son époque. Un buteur qui a permis aux Caribéens de remporter la CONCACAF en 1973. Décédé en 2008, Emmanuel Sanon reste le mythique buteur des années 70/80. Possédant un ratio sélection non négligeable pour l’époque (100 sélections-47 buts NDLR), Sanon semble avoir trouvé un digne successeur.

« En général, c’est difficile de trouver une osmose en sélection car les dates des rassemblements FIFA sont assez courtes. Mais, là, cela fait déjà un mois qu’on est ensemble, il y a des affinités qui se créent. Sur le terrain, on commence à trouver des automatismes. Dans le groupe, on parle français, créole et anglais, et si quelqu’un ne comprend pas, il y a toujours quelqu’un qui peut traduire en anglais. À part deux, trois joueurs, tout le monde comprend le français »

Duckens Nazon et les automatismes de la sélection (So Foot)

En effet lors de cette Gold Cup, un autre buteur a montré l’étendu de son talent. Baladé de prêts en prêts, l’attaquant cette saison de St-Mirren en Ecosse, Duckens Nazon est bien parti pour affoler les records de buts en sélection. Un joueur revenu de loin dans sa jeunesse et qui aurait pu briser ses rêves sur la glace des erreurs de jeunesse. Un renard des surfaces et un véritable poison pour les défenseurs adverses.

Le meilleur buteur haïtien, Emmanuel Sanon (à droite) avec Dino Zoff, le gardien italien. Quand deux mythes se rencontrent (Crédit photo : So Foot)

Placide comme Johny

Pour qu’une équipe s’élève dans le jeu, il faut également un totem. Une sorte de mentor expérimentés capable de bonifier ses coéquipiers. En cas de mauvais vent également, cette personnalité peut se révéler décisive en jouant son expérience des grands rendez-vous.

Haïti et sa sélection, une équipe de copains (Crédit vidéo : Youtube – RezoPam Toupatou)

Pour Haïti, ce joueur se nomme Johny Placide, 31 ans et gardien de but actuellement sans club. Comme pour son attaquant Duckens Nazon qui aura connu des saisons difficiles, Placide profite de cette Gold Cup pour se montrer à son avantage. L’occasion idéale également pour tenter de qualifier son pays pour une finale d’une compétition majeure.

Johny Placide, le gardien haïtien (Crédit photo : Haïti Tempo)

Leader respecté par ses coéquipiers, l’ancien rémois est le lien entre le staff technique et les joueurs. De discours en démonstration de son professionnalisme, Placide démontre là encore que peu importe l’équipe, l’essentiel est d’être uni pour une cause. En prouvant à tout le monde qu’Haïti peut tenir tête à n’importe quel adversaire.

Favoris VS désormais outsiders

Désormais, c’est un autre favori qui se dressera sur le chemin des « Grenadiers ». Face au Mexique de l’ancien ajaccien Guillermo Ochoa, certes diminué mais toujours aussi dangereux, Haïti ne partira pas favori. Cependant au-delà d’un résultat qui ferait le bonheur de tout un peuple, la donne sera toute autre pour les « bleus et rouges ». En ayant la possibilité de jouer face une sélection plus robuste et pratiquant un autre type de football. En étant capable de voir si l’équipe entière sera au niveau de l’intensité que requiert une demi-finale.

Surtout, en prouvant au monde du football que désormais, il n’existe plus de petites nations, Haïti n’aura rien à perdre. Dans un sport où toutes les forces sont atomisées, le fait de voir une compétition telle que la Gold Cup comprenant des nations peu habituées aux éloges est déjà une victoire. Que ce soit Haïti ou l’autre demi-finaliste, la Jamaïque qui jouera face aux États-Unis, la route dès lors devient moins longue vers le succès. Les Mexicains et les Américains sont prévenus, les petits peuvent se rebeller.