Malgré sa défaite contre l’Eintracht Francfort, Hoffenheim est rentré dans une nouvelle phase cette saison. Alfred Schreuder remplace Julian Nagelsmann sur le banc et les Hoffe vont tenter de retrouver l’Europe et notamment via un jeune danois très prometteur. Décryptage d’une ligne de conduite inédite.

Après trois années et demie de bons et loyaux services, Julian Nagelsmann quitte la ville de Sinsheim la tête haute. Un nouveau défi l’attend plus au nord de l’Allemagne dans les couloirs tout neuf de la Red Bull Arena. Entre-temps, le plus jeune entraîneur de Bundesliga a écrit quelques-unes des plus belles pages de l’histoire d’Hoffenheim, passant de candidat à la relégation à deux campagnes consécutives en Europa League puis en Ligue des Champions. Après plusieurs expériences en tant qu’adjoint, Alfred Schreuder va connaître sa première véritable expérience sur le banc. Déchargée de toutes compétitions européennes pour cette année, la tâche s’annonce tout de même complexe tant son prédécesseur a fixé la barre haute.

L’après Nagelsmann : entre inquiétude et expectance

S’il n’y avait pas ces trois matchs sans victoire lors des quatre derniers matchs de Bundesliga, Hoffenheim aurait sûrement prolongé le plaisir en Europe. Mais un calendrier compliqué et quelques blessures malvenues en décident autrement. Le TSG termine à trois points de l’Eintracht Francfort et du dernier wagon pour l’Europa League. C’est une première saison sans football européen qui se profile pour les Hoffe, ce qui n’était plus arrivé depuis trois ans. Mais l’absence des exigences continentales pourrait être une bénédiction pour le nouvel entraîneur Schreuder et son équipe. Le TSG est une équipe ambitieuse et les voir revenir dans le top 7 dès cette saison est tout à fait envisageable.

Parti au RB Leipzig, Julian Nagelsmann a laissé les clés d’Hoffenheim à Alfred Schreuder, ici à gauche (Crédit photo : NOS)

Si l’objectif ultime est de rejouer la Ligue des champions, Schreuder devra d’abord rebâtir une équipe compétitive capable de rivaliser avec le haut du classement. Le point noir du passage de Nagelsmann au club reste ses performances en Coupe d’Allemagne. Jamais en trois saisons Hoffenheim n’a dépassé le second tour. Pour celui qui a été l’entraîneur adjoint de l’Ajax lors de leur incroyable épopée en Ligue des Champions l’an passé, le rendez-vous est pris. Les supporters attendent de vibrer de nouveau dans une compétition qu’ils n’ont jamais remporté.

Un premier point positif pour Alfred Schreuder reste le mercato. Les départs conjugués de Nico Schulz, Kerem Demirbay, Nadiem Amiri et Joelinton ont porté un sacré coup au vestiaire du TSG. Pourtant, Hoffenheim semble avoir pris la mesure des choses et propose un recrutement ambitieux. Sebastian Rudy arrive en prêt de Schalke 04 pour garnir un milieu de terrain assez maigre. Passé par le club entre 2010 et 2017, l’international allemand devrait être titulaire. Orphelin de Ishak Belfodil et Andrej Kramaric pour les premières journées de championnat, les dirigeants badois ont dû accorder une attention particulière au secteur offensif. Si les signatures d’Ihlas Bebou et Konstantinos Stafylidis sont prometteuses, c’est bien sûr Robert Skov que tous les regards seront tournés cette saison.

“Dis-moi où tu joues, je te dirais ce que tu vaux”

Robert Skov. Dix lettres à retenir pour celui qui devrait être l’une des attractions du championnat allemand. Le neuvième de Bundesliga l’an passé a frappé un grand coup sur le marché des transferts en recrutant un joueur qui a impressionné la saison dernière dans le championnat danois. Avec Copenhague, l’attaquant de 23 ans a été impliqué sur 40 buts (30 réalisations, 10 passes décisives) en 34 apparitions sur les pelouses de Superliga. Des performances qui lui ont permis de découvrir la sélection danoise au mois de juin dernier. Pour une indemnité de transfert estimée à dix millions d’euros, cette signature a tout du conte de fées.

Tout le monde place beaucoup d’espoirs dans la pépite danoise Robert Skov ! (Crédit photo : ELDesmarques)

Sur le papier, le transfert ne paye pas de mine. Un gamin de 23 ans ne parlant que trop peu allemand, arraché à son pays d’origine et propulser dans un grand club après juste une seule grosse saison. Mais Skov est loin d’être un inconnu pour l’amateur de foot qui aime sortir des sentiers battus. Certains l’ont découvert au détour d’une partie de Football Manager, d’autres l’ont vu éteindre les espoirs de Bordeaux en Europa League en octobre dernier. Au Danemark, c’est déjà une star ! Celui qui a débuté en première division à seulement 16 ans est souvent comparé à Gareth Bale. Un rythme effréné, un talent certain pour le dribble et un sens aiguisé pour mettre le ballon au fond des filets. Des qualités qu’on ne demande qu’à voir exploser en Bundesliga.

Un petit aperçu du talent de Skov à Copenhague (Crédit vidéo : Youtube – Cabazaya)

Loin des strasses et des paillettes, ce natif de Silkeborg est resté humble et professionnel quand les grands clubs ont commencé à s’intéresser à lui. Au mois de décembre, le jeune danois claque trois triplés en quatre journées de championnat, avant de rentrer chez lui, dans la banlieue de Copenhague, en bus. Le contraste sidère mais il impose le respect.

Robert Skov est un footballeur authentique, déjà très mature et intelligent dans sa communication. Une sorte de Kylian Mbappé d’Europe de l’Est. La route sera sûrement longue et il n’est pas rare de pronostiquer des grandes carrières à des joueurs qui déçoivent par la suite. Mais Skov avance doucement, pas après pas. Le style de jeu de la Bundesliga et de la Superliga est similaire, le nouveau joueur d’Hoffenheim devrait nous étonner.

Skov, la dernière inconnue de l’équation ?

Quand on est supporter, on a vite fait de s’emballer. Et les Hoffe ont de quoi rêver cette année. Pendant que Belfodil et Kramaric récupèrent tranquillement à l’infirmerie, le jeune Robert découvre la Bundesliga. L’idée d’associer les trois trottent sûrement dans la tête de quelques fans, voire dans celle de Schreuder. Même s’ils sont tous des buteurs dans l’âme, Kramaric a déjà joué à gauche et Skov à droite. La saison dernière, la BSK totalisait 69 buts. De là à tenter la carte du trident offensif, il n’y a qu’un pas. Et on serait fou de ne pas le faire.

Belfodil et Kramaric ont affolé les compteurs de Bundesliga l’an passé, totalisant tous les deux 39 buts ! (Crédit photo : Le Buteur)

Troisième meilleure attaque de Bundesliga l’an passé, Hoffenheim a des atouts dans le secteur offensif. Mais la polyvalence de Robert Skov peut largement changer le cours d’un match et faire gagner de précieux points à son équipe. Capable de marquer, de faire marquer, dribbler et très efficace sur coup de pied arrêté : le Danois peut s’inclure dans nombre de dispositifs tactiques. Il peut également faire la différence dans les grands matchs. Sa rage de vaincre s’est illustré lors d’un derby début novembre 2018 du côté de Brondby, où il inscrit le but de la victoire dans le temps additionnel. Une manière idéale pour se faire définitivement adopter par les supporters de Copenhague.

« J’ai beaucoup de respect pour Robert, qui a inscrit tant de buts sur coup franc pour Copenhague. Il n’en perd pas beaucoup pour le moment, et c’est exceptionnel, je risque donc d’être menacé en tant que tireur de coup franc [du Danemark], s’il continue… »

Christian Eriksen, coéquipier de Skov en sélection, adoube le jeune danois (Bundesliga)

En sélection, ses performances méritent aussi le détour. Robert Skov a largement contribué à la qualification du Danemark U21 pour le prochain Euro Espoirs. Avec Jacob Bruun Larsen, ailier de Dortmund et Philip Billing, milieu de terrain de Bournemouth, il fait partie d’une génération aussi talentueuse que prometteuse. Si Skov devrait jouer un rôle essentiel dans le projet d’Hoffenheim sur le long terme, il est tout à fait apte à peser dès cette saison dans l’effectif des Hoffe. Impossible n’est pas danois !