Les interdictions de déplacements se multiplient depuis 2011. L’incompréhension entre l’état et les supporters ne fait que croître. Jusqu’à quand ?

Cela fait huit ans maintenant que les interdictions de déplacements ont lieu en France, depuis la saison 2010-2011 qui a vu le LOSC devenir champion de France de ligue 1. Elles concernent un match sur huit environ chaque week-end dans l’élite. Il n’y a pas que les PSG-OM ou les Lyon-Saint Etienne qui sont soumis à ces mesures. Toutes les régions de France et tous les clubs y sont soumis mêmes en ligue 2. Pour les ultras et/ou supporters, c’est excessif. Pour l’état (qui prend ces arrêtés), c’est nécessaire. Focus sur phénomène qui divise.

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Les rencontres de ligue 1 vont elles se jouer dans des stades quasiment vides ? (Crédit photo : topopyrennees.com)

Interdiction de déplacements, comment ça marche ?

Qui peut interdire un déplacement de supporters ? Cette décision revient au préfet du département dans lequel le match a lieu. Le ministère de l’intérieur peut décider d’étendre cette mesure à l’ensemble du territoire. Il ne faut pas confondre interdiction de déplacements et interdiction de stade. L’interdiction de déplacements concerne un collectif entier (les supporters de l’équipe x) qui ne peut, par cet arrêté préfectoral, se déplacer pour assister au match de son équipe, là ou le préfet a donc prononcé cette interdiction. Cette décision s’étend aussi à certains endroit de la commune concernée (bouclage de quartiers bien précis décidé dans l’arrêté, encadrement par les forces de l’ordre dès l’arrivée dans la ville visée par la mesure restrictive). L’interdiction de stade elle, vise non pas un public mais une personne en particulier. Elle ne peut, à cause de son mauvais comportement passée dans un stade (acte de violence et/ou racisme), y retourner par décision venant du ministère de l’intérieur.

La colère gronde dans les travées du parc des princes (crédit photo : @JulienFroment/Europe 1)

Revenons au sujet qui fait titre : l’interdiction de déplacements. Elle concerne donc des groupes de fans qui sont affiliés à des sections de supporters ou non. L’Etat justifie ces mesures par un manque de moyen (humain et matériel) afin d’encadrer les milliers de supporters extérieurs lors de cette manifestation sportive. Lorsqu’aussi l’animosité entre les supporters des deux clubs qui se rencontrent est connue. Le préfet ne peut donc assurer la sécurité de celles et ceux assistants aux matchs. Par conséquent il procède à des mesures restrictives voir même à des interdictions de déplacements. Les ultras eux, pensent plutôt que ces décisions sont liberticides et qu’elles amènent plus d’incompréhension, d’amertume voir de colère que de bienveillance. Pour les supporters concernés ces interdictions ne bénéficient pas d’une réelle justification. Pire même, ils trouvent que l’état assimile les “ultras” à des personnes sans limites, n’ayant qu’une envie est de ses servir de la violence comme moyen d’expression.

C’est une véritable atteinte à la liberté de circuler, hypocrite et parfaitement absurde en termes de sécurité : concrètement, est-ce que cela empêche quelqu’un ne se présentant pas comme un supporteur d’avoir de mauvaises intentions ? 

James Rophe, porte parole de l’ANS (association nationale des supporters) pour La Croix.
Supporters, joueurs, entraîneurs, aucun ne comprend ces mesures. (Crédit vidéo : Youtube, France 3 Alpes-Côte-D’Azur)

Selon l’association national des supporters, les interdictions sont bien plus nombreuses en France que chez nos voisins étrangers. Malgré les mesures restrictives ou les interdictions, l’organisation des instances avancent petit à petit entre toutes les parties concernées jusqu’à un certain point car les décisions finales (interdictions de déplacement) se multiplient et augmentent à vitesse grand V. Des référents supporters ont été nommés afin de faire le lien entre tous les groupes de fans, les services de sécurité des clubs se structurent et le dialogue est noué. Les choses avancent donc plutôt dans le bon sens avec les référents, les clubs de football professionnels et la ligue ainsi que le ministère de l’intérieur. Pourtant ces mêmes supporters estiment qu’ils sont entendus mais pas écoutés par les ministères des sports et de l’intérieur car les interdictions ne font qu’augmenter d’années en années malgré les concertations. Cela ressemble à un dialogue de sourd. L’état fût confronté à diverses évènements (attentats de 2015, état d’urgence, gilets jaunes….) amenant des interdictions de déplacements de supporters. Les supporters ont pu comprendre sur le moment ces interdictions mais aujourd’hui ils les trouve disproportionnées. C’est avant tout une règle sécuritaire.

Les ultras parisiens sont excédés par les décisions ministérielles (crédit photo : @JulienFroment/Europe 1)

Il y a des effets secondaires à ces interdictions : l’ambiance dans les stades est dégradée car ce sont en majorité les ultras qui crée cette ambiance. Les diffuseurs pourraient se désintéressés de nos championnats de France car il y a moins d’intérêt à filmer des stades à l’ambiance feutrée avec un taux de remplissage de soixante dix pour cent environs. L’attractivité de nos deux divisions professionnelles s’en trouvent entachée. Dans les plus hautes instances du football français, le sujet déplait. Noël le Graët, président de la fédération française de football, se dit agacer de ne pas voir les supportes adverses venir soutenir leurs équipes et que, c’est contre l’esprit du sport. Des concertations vont donc avoir lieux entre la fédération et les ministère des sports et de l’intérieur afin d’apaiser les tensions et de réussir à obtenir un allègement des arrêtés préfectoraux visant les déplacements de supporters adverses.

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Noël La Graët estime que les interdictions de déplacements sont parfois injustifiées. (Crédit photo : Goal.com)

Et chez nos voisins européens, comment ça se passe ?

En Angleterre ça ne se passe pas bien. Ils ont ravagés la Grande-Bretagne durant les années 80. Des mesures ont été prises afin d’endiguer ce fléau. Les tribunes debout furent supprimées et remplacées par des places assises très proche du terrain. Les hooligans ont désertés les stades. Des mesures ont été prises afin d’éloigner ces ultras des enceintes sportives : Chants injurieux, racistes ou homophobes bannis, reconnaissance vidéo des fauteurs de troubles puis interdictions de stade massives. De ce fait, la violence fût quasiment éradiqués. Malheureusement les hooligans refont parler d’eux depuis quelques temps. Et ce n’est pas un hasard si les hooligans ressurgissent près des stades quand la drogue a fait son apparition près des enceintes de Premier League. Un problème plus compliqué à éradiquer pour les autorités britannique.

Des images que l’on aimerait plus voir près d’un stade. (crédit photo : furialiga.fr)

L’Espagne connait aussi le phénomène des “Ultras” violents. Le problème est légèrement différent là-bas car le régionalisme est important au pays de Salvator Dali. J.Tebas a promis des sanctions exemplaires si des chants anti-espagnol retentissait en Catalogne. La violence, elle, s’invite dans les centres villes d’Espagne en marge des stades. Plusieurs morts sont à dénombrés malheureusement. Des interdictions de tribunes ont eu lieu, des interdictions de déplacements aussi. Les choses semblent aller mieux mais la situation espagnole (crise économique, pourparlers d’indépendance de la Catalogne) cristallisent les tensions pendant les rencontres de liga.

L’Allemagne est le bon élève de l’Europe. Le taux de remplissage des stades frôlent les cent pour cent et, sans grands problèmes notoires. Il y a quelques débordements à signaler mais rien de notable. La rigueur allemande n’est plus à présenter. Elle se manifeste par une organisation millimétrée des déplacements de supporters, des tarifs d’entrées et de l’accueil dans les stades. Le nombre de buts par match est absolument énormes outre-Rhin et le spectacle est aussi dans les tribunes. Très peu d’interdictions de déplacements sont à déplorer. Il n’y a pas de frustrations chez les supporters car ils ne jouissent d’aucune interdiction ou presque. Tout est cadré et chacun est à sa place. C’est peut être ça la clef du succès.

Les supporters sont dans l’incompréhension et la colère vis à vis des interdictions de déplacements. (Crédit vidéo : twitter/brut.fr)

En Italie de graves problèmes de violences embrassent le monde du foot. La violence en marge des rencontres de Serie A est monnaie courante. Le racisme aussi s’invite dans le Calcio. Bon nombres de joueurs d’origines africaines en ont fais les frais. Cris de singe et diverses insultes racistes ou homophobes fleurissent dans les travées des stades transalpin. Les autorités Italienne ont réagit à juste titre. Les interdictions de déplacements et/ou de stade pleuvent de l’autre côté des Alpes. Le problème n’est pas solutionné pour autant car ces interdictions ont eu pour effet de radicaliser, un peu comme en France, une partie des supporters venant au stade pour tout faire sauf pour assister à une rencontre de football.

C.Herelle donne son avis sur le non déplacement des supporters (Crédit vidéo : Youtube, France 3 Alpes-Côte-D’Azur)

In fine, les autorités ne semblent donc pas vouloir lever le pied sur les interdictions au nom de la sécurité des personnes et des biens. Les supporters se sentent incompris et infantilisés. Les instances du football ainsi que les grands noms de ce sport prennent position en faveur d’un assouplissement de ces mesures restrictives. La tension, palpable, ne cesse de prendre de l’ampleur. A vouloir sécuriser les lieux dédiés au football, l’état, a attisé la colère des supporters. L’effet escompté n’est donc pas au rendez-vous. Ce que le ministère de l’intérieur gagne d’un côté avec les restrictions de déplacements, il le perd d’un autre, avec le sentiment de liberté bafoué engendré chez des milliers d’ultras, qui sont prêt désormais à braver les interdits. Une véritable table ronde entre toutes les parties est plus que nécessaire afin de repartir sur de nouvelles bases et surtout calmer une situation pouvant devenir explosive.