Dimanche 9 juin à 13 heures au stade du Hainaut à Valenciennes, l’Italie va entamer sa Coupe du monde face aux Australiennes de Sam Kerr et dans un groupe C abordable. Les “Azzurre” auront la possibilité de bien débuter la compétition. Pour cela, les Italiennes compteront sur leur capitaine-courage Sara Gama, un symbole du renouveau italien.

À l’orée du début de la Coupe du monde 2019 (7 juin-7 juillet) en France, les préparatifs vont bon train. Pour l’Italie, l’occasion sera de briller lors de la grande fête du football, 20 ans après sa dernière participation. Surtout, les coéquipières de Sara Gama auront la possibilité de montrer toute l’étendue de leur talent sur et en dehors du terrain en montrant à tout un peuple que les filles sont aussi fortes que les garçons.

L’équipe nationale d’Italie (Crédit photo : FIFA)

Italie, une terre de sport fertile

Lorsque l’on pense à l’Italie, le sport revient souvent dans toutes les conversations. Dans un pays réputé pour son football avec les institutions que constituent des mastodontes tels que l’AC Milan, la Roma ou encore la Juventus, le fossé est grand et la passion immense.

Milena Bertolini, la sélectionneure de l’équipe d’Italie (Crédit photo : La Croix)

Pourtant, au-delà de cette ferveur jamais démentie, il est parfois difficile pour le sport féminin de trouver sa place. Mais depuis quelques années et malgré les avanies, le sport féminin prend une place considérable dans le paysage transalpin. Que ce soit au rugby où les Italiennes participent régulièrement aux différentes Coupes du monde. Individuellement ou collectivement et dorénavant sur le terrain du football aussi pour lequel le pays de Gianluigi Buffon n’a rien à envier aux grandes nations. Bien au contraire et le football tend à le prouver régulièrement.

C’est donc une équipe en totale confiance et en apprentissage qui débarque sur le sol français. Pétries de certitudes et voulant se frotter aux meilleures nations, l’Italie n’aura peur de personne. Brésiliennes, Jamaïcaines et Australiennes sont prévenues désormais…

Un retour au premier plan

Il y a 20 ans donc, en 1999, les Italiennes participèrent à leur dernière Coupe du monde aux États-Unis. Éliminées en phase de groupe, leurs héritières reviennent dès lors sur le devant de la scène cette année. Constituée d’une équipe compacte, solide et faisant la part-belle à la Juventus et au Milan, l’Italie aura la ferme intention de tendre des pièges à ses adversaires.

Capables de mettre de la folie, mais surtout faisant honneur à la réputation italienne défensive. En effet, la Squadra Azzura comptera avant tout sur leur arrière-garde de fer. Invaincues dans le jeu depuis septembre 2018 et une courte défaite face aux Belges en phase éliminatoire, les joueuses de la sélectionneuse Milena Bertolini sont redoutables.

Sara Gama faisant un discours lors des célébrations des 120 ans de la Fédération Italienne de Football (Crédit photo : Anygivensunday)

De plus et paradoxalement, cette Coupe du monde arrive au bon moment. Pile un an après la campagne de Russie pour laquelle les hommes n’avaient pas réussi à se qualifier. Une bien belle preuve que le football féminin n’a pas à rougir de la comparaison au niveau de la sélection nationale. Là où le football féminin n’est pas mis en évidence, l’occasion est toute trouvée de se mettre en valeur.

Sara Gama, l’alpha et l’oméga de la sélection…

Toutefois, dans un groupe, que ce soit dans le champ footballistique ou de la vie, il faut une personne capable de prendre un leadership. Un guide pouvant mener à bien sa mission personnelle mais également collective. En aidant ses partenaires, en les rassurant et leur montrant le chemin à atteindre. Si l’équipe italienne est solide et capable de fulgurances, une joueuse représente à elle seule tout le parcours de celle-ci.

« Nous devons montrer la face d’une société globalisée et multiculturelle. Plus les gens verront les mélanges plus ils s’habitueront »

Sara Gama et la mondialisation (Huffington Post Italia)

Une joueuse qui dépasse sa fonction première et va bien au-delà du rôle qu’on lui assigne. Capitaine, modèle, valeur, symbole… Tout dans son action dégage une impression de sérénité, mais également de fermeté. Une lumière qui risque d’irradier de son aura l’édition française.

… et une égérie sociétale vivace

En montrant l’exemple en dehors et sur le terrain malgré tout. Âgée de 30 ans, défenseure de son état à la Juventus (la section féminine de la Vieille Dame NDLR). Un véritable totem de l’équipe avec près de 100 sélections (95 actuellement NDLR), Sara Gama est la star et le symbole d’une sélection. Bien plus qu’une simple joueuse de football donc, une valeur de tolérance et un guide pour toutes celles qui veulent vivre de leur passion envers et contre tous.

« Nous ne sommes pas seulement la première génération depuis vingt ans qui va participer au tournoi. Nous portons haut les valeurs du football féminin et surtout nous sommes les moteurs du changement. Si les jeunes filles peuvent jouer au football grâce à nous, ce serait déjà une victoire. Je pense que nous sommes la génération décisive à ce niveau »

Sara Gama qui n’est pas qu’une simple footballeuse (Sky Sport)

Dans un pays où les valeurs de tolérance et d’acceptation sont remises en question régulièrement, Gama montre par ses actes toute l’inanité de ces pensées. Son capitanat lui permet également de guider ses partenaires avec l’envie chevillée au corps de remettre les préjugés hors du champ sportif. Une bien belle preuve que le football n’est pas qu’un sport, mais également une leçon d’humanité.

Une équipe complète et à suivre

Certes, sur le terrain la plus grande force de l’Italie semble être son homogénéité et sa solidité défensive. À mi-chemin entre jeunesse affamée et expérience maîtrisée, les “Azzurre” pourront compter sur une ossature qui ne paye pas de mine, mais qui sera difficile à déborder. Allant de la gardienne championne en titre avec la Juventus, Laura Giuliani à la défense formée par Sara Gama, Alia Guagni (Fiorentina) et Elena Linari (Atlético de Madrid).

Cristiana Girelli et ses talents de buteuses (Crédit vidéo : Youtube – Enchey)

Au milieu, une pépite et une joueuse de talent pouvant tout faire et surtout marquer, Barbara Bonansea. Un véritable phénomène médiatique également mais pas que. Capable de marquer des buts ô combien importants et soulageant de tout son poids son milieu de terrain, en permettant d’offrir des solutions à ses attaquantes.

Daniela Sabatino, une autre buteuse redoutable (Crédit photo : Zona Locale)

Les trois buteuses que sont Cristiana Girelli (Juventus), Ilaria Mauro (Fiorentina) et Daniela Sabatino (Milan) devront concrétiser les actions. Dès lors toutes aussi dangereuses les unes que les autres, les défenseures adverses auront un gros poids sur leurs épaules. Un vrai choix cornélien également pour Milena Bertolini que de donner du temps de jeu à des joueuses pour qui le but est plus vital que jamais.

Une évolution des mentalités

Au-delà de l’enjeu d’une Coupe du monde, c’est peut-être dans un sens plus profond que celle-ci changera la vision que l’on a du football. Que ce soit à Rome, Milan, Turin, Naples ou Florence, le fait de voir des joueuses revêtir le maillot bleu azur de la “Nazionale” fera ressentir l’envie et l’émotion. Une manière idéale de casser les préjugés et les mythes.

Les “Présidents”… Entourés par Giorgio Chiellini, défenseur de la Juventus (à gauche) et du gardien Gianluigi Buffon (ex-PSG, au milieu) et devant le Président de la République italienne Sergio Mattarella (à droite), Sara Gama capitaine des Féminines italiennes (Crédit photo : Anygivensunday)

Cependant, la chose la plus importante sera le respect et la fierté que ressentiront les tifosi lorsque l’hymne nationale « Fratelli d’Italia » retentira. Pour cela, les Gama, Bartoli (Elisa), Guagni ou Girelli montreront de quoi sont capables les Italiennes. Leurs adversaires sont donc prévenues, cette équipe risque de leur poser énormément de problèmes…

Barbara Bonansea, un nom à consonance anglaise mais une pépite italienne, la star sur le terrain et en dehors (Crédit image : Youtube)

Une place à prendre mais pas que…

Avant tout, une évidence, l’Italie a toutes ses chances de qualification pour le second tour. Réunies autour d’un groupe C assez homogène entre quatre équipes qui vont se découvrir au fur et à mesure. Entre un Brésil moins fringuant depuis quelques années, une sélection australienne en plein changement avec un nouvel entraîneur et une Jamaïque rafraîchissante. L’Italie a donc toutes ses chances et la voie du succès débutera dès samedi après-midi face aux “Matildas” de Lisa De Vanna. Une occasion toute trouvée de se mettre en valeur en prenant la température du tournoi. Pour prendre les trois points, mais également prouver à tout le monde en Italie que le football féminin est désormais dans la même lignée que son homologue masculin. Déjà une réussite pour les coéquipières de Sara Gama. Tout un symbole…