Semaine internationale oblige, la Turquie jouera deux matchs déterminants pour sa qualification à l’Euro 2020. Pour cela, les hommes de Şenol Güneş compteront notamment sur Çağlar Söyüncü. Un joueur qui représente tout ce que sa ville natale, Izmir, a apporté au football turc.

Face à l’Albanie et la France, dans le cadre des éliminatoires du Groupe H, la Turquie devra obtenir des points. Un objectif ambitieux pour le « Milli Takım » mais pas impossible loin s’en faut. En point d’orgue, l’excellente performance cette saison à Leicester City du défenseur central Çağlar Söyüncü, devenu une pièce essentielle du dispositif turc. Un pur produit de la formation « made in Izmir », ville de football et qui a donné ses lettres de noblesse à de nombreux joueurs turcs.

L’Horloge d’Izmir, sur la place de la Mairie. L’architecte était le Français Raymond Charles Péré (Crédit photo : Fanatik)

Le foot à Izmir, une affaire de goût

Lorsque l’on évoque le football turc, une ville apparaît naturellement dans les conversations. Istanbul, mégalopole qui s’agrandit sans cesse, terre de football pour tous les passionnés du pays et regroupant les trois grands clubs du pays. Pourtant, au cours des années, une autre ville a offert au pays de nombreux autres sportifs. Izmir, ville de naissance d’un certain Édouard Balladur par ailleurs, a souvent fait office d’ascenseur vers les mastodontes stambouliotes.

Les quatre clubs d’Izmir : Altay (en haut, à gauche), Bucaspor (en haut, à droite), Karşıyaka (en bas, à gauche) et Göztepe qui est en Süper Lig (en bas, à droite) – (Crédit photo : Haberler)

Qui connaît la ville sait que le football est une passion, bien plus encore à Izmir qu’ailleurs. Cependant, depuis de nombreuses années, la région a été le théâtre de nombreuses frustrations. En cause ? La qualité des équipes entre les clubs habituées aux désillusions comme Karşıyaka, aujourd’hui en quatrième division. Sans compter Bucaspor qui, après une petite saison en Süper Lig (2010/2011, NDLR) est également tombé en déchéance et se retrouve lui aussi au quatrième échelon.

Cengiz Ünder (à gauche) soulevé par Çağlar Söyüncü, les deux joueurs ayant joué à Izmir sous le maillot d’Altınordu (Crédit photo : Fotospor)

Toutefois, petite éclaircie entre Altay le club d’Alsancak en deuxième division malgré des moyens limités. Le club de jeunes d’Altınordu, ayant formé les deux internationaux Cengiz Ünder et Çağlar Söyüncü et dont le président n’est autre que l’ancien dirigeant de… Bucaspor. Surtout, après des années de disette, Izmir a enfin une équipe régulière en première division avec Göztepe dont le capitaine n’est autre que le Portugais Beto.

On est sympa chez Weeplay, on vous met une belle carte d’Izmir. Allez-vous découvrir où se trouve les équipes de la ville ? (Crédit photo : Tatil Panosu)

De Vahap Özaltay, le premier joueur d’Izmir…

Pour comprendre l’histoire de la ville d’Izmir, il faut se plonger dans son passé. La région a souvent été considérée comme le berceau d’un certain art de vivre, de la liberté et pétrie de valeur nationale. Dans ces conditions, certains noms continuent de perpétuer cette tradition centenaire. Parmi eux, celui de Vahap Özaltay, un symbole de la ville et de son histoire cosmopolite.

Un article sur l’homme des records. En effet, il fut professionnel avant l’heure et était amoureux d’Izmir. Un symbole également puisqu’il a été le premier joueur de couleur à porter le maillot de l’équipe nationale. Il sera imité plus tard par le Brésilien Marco (Mehmet) Aurélio et Nazim Sangaré d’Antalyaspor actuellement (Crédit photo : ODA TV)

D’après sa biographie, Vahap Özaltay fut le premier joueur professionnel de Turquie et le premier ayant joué à Izmir à être sélectionné. Né à une époque où l’Empire ottoman existait encore au début du siècle dernier, Vahap fut également surnommé « la perle noire » puisque le joueur était d’origine africaine. Il laissa une telle empreinte à Izmir que son nom de famille représente même l’équipe d’Altay.

Tous les jours, une flotte de bateaux traverse le Golf d’Izmir entre Göztepe, Konak et Alsancak (partie est de la ville) vers l’ouest et notamment Karşıyaka. Pour rendre hommage à ses héros, la ville d’Izmir les a prénommés. Pour le football, Metin Oktay et Vahap Özaltay ont donc leur « bateau ». Le troisième nom (Kubilay, à gauche) étant celui d’un militaire et héros national turc (Crédit photo : Gazetem Izmir)

En effet, jusqu’en 1934, les citoyens de la République turque fondée par Atatürk en 1923 n’utilisaient pas de noms de famille. Or, à partir de 1934 donc, une loi imposa obligatoirement le choix d’un patronyme clair. Vahap opta tout d’abord pour Altay, du nom d’un quartier d’Izmir et de l’équipe de foot. Seulement, ce nom ayant été pris par Fahrettin Altay, un militaire et héros de guerre, Vahap rajouta le préfixe « Öz » qui signifie en turc : véritable. Donc, Özaltay signifiant celui d’Altay, le « vrai ».

… à Metin Oktay, le « Roi sans couronne »

Un autre homme, né lui aussi dans la ville, reste encore aujourd’hui dans tous les cœurs. Son nom ? Metin Oktay, six fois meilleur buteur du championnat, premier goleador du championnat turc avec Galatasaray. Un phénomène pour la nouvelle ligue turque crée en 1959 et qui a pu compter sur ce buteur patenté pour ramener les foules aux stades.

Metin Oktay, en deux mots : légende et respect ! (Crédit photo : Hürriyet)

Joueur, buteur donc mais également un homme respecté même parmi ses adversaires. La légende racontant d’ailleurs que lors d’un match entre Fenerbahçe et Galatasaray, Metin Oktay fut hué et insulté par les supporters des Canaris. Seulement, dans un geste d’apaisement, celui-ci se tourna vers ses contempteurs et mis sa main sur le cœur. Geste caractéristique qui ne provoqua pas l’ire mais les applaudissements en retour des supporteurs du Fener.

Quoi qu’il en soit, entre légende et réalité, Metin Oktay fut le premier joueur à être convoité pour la presse people. En effet, entre le film tourné à sa gloire et son histoire d’amour avec une chanteuse « Tacsiz Kral », (le roi sans couronne, NDLR) aura laissé une trace indélébile pour tous les amoureux du football en Turquie. Un homme avec ses forces mais aussi ses faiblesses et qui décèdera en 1991 dans un accident de voiture que d’aucuns décriront comme un suicide.

La photo des symboles. Metin Oktay (à gauche) parle au micro de Halit Kıvanç, un des plus grands journalistes turcs (à droite). Au milieu, le jeune Fatih Terim qui entraînera l’équipe de Göztepe quelques années plus tard (Crédit photo : Türküngücü)

Mustafa Denizli, Alpay Özalan et Ersun Yanal (et Izmir)

Si Vahap Özaltay et Metin Oktay représentent le symbole de la ville tant et si bien que celle-ci a même baptisée deux bateaux à leur nom, Izmir aura également offert au pays de nombreuses autres personnalités. Le plus emblématique ayant été l’entraîneur actuel de Galatasaray, Fatih Terim. Celui-ci sera passé sur le banc de Göztepe fin des années 1990. Avant d’intégrer la sélection espoir et contribuer à développer le football turc.

Hakan Çalhanoğlu à son mariage. Lors de cette cérémonie, le joueur du Milan AC a dansé le « Zeybek ». Cette danse est typique de la région d’Izmir et le milieu de terrain se débrouilla très bien. Cette danse était également aimée et pratiquée par Atatürk en personne (Crédit vidéo : Youtube – Teneke Cezve)

Cependant, d’autres entraîneurs, nés à Izmir, auront été les représentants de la ville. Parmi ces noms, Mustafa Denizli, champion avec les trois grands d’Istanbul, ou Ersun Yanal, l’actuel coach de Fenerbahçe. Toutefois, si l’on devait en retenir un, ce serait celui d’un défenseur des années 1990-2000. Son nom évoque pour les nombreux joueurs qu’il a rencontré durant sa carrière, un véritable cauchemar.

Cevat « Baba » Gök, un des symboles de Karşıyaka, est décédé la semaine dernière. Du coup, tous les clubs d’Izmir se sont associés au message de condoléances. Un rare moment de communion entre ces clubs (Crédit photo : Twitter Ali Erten – @AL_ERTEN)

Alpay Özalan, formé à Altay, ancien de Beşiktaş et de Fenerbahçe aura été une des pierres angulaires de la sélection turque. Un homme de combat, d’embrouilles en tout genre également sur le terrain mais qui ne donnait pas sa part au chien. Une reconversion aussi puisque, entre ses nombreuses activités, le bonhomme s’est mis au culturisme et est devenu député… d’Izmir pour le parti au pouvoir : l’AKP du Président Erdoğan.

Alpay en mode avant – après (Crédit photo : Sabah)

Çağlar, Cengiz, Okay : la relève d’Izmir

Aujourd’hui, une certaine relève « Izmiriote » existe dans la mesure où contre l’Albanie et la France, deux joueurs de la ville seront présents dans l’effectif turc. Le milieu de terrain du Celta de Vigo en Espagne, Okay Yokuşlu d’une part. Mais surtout Çağlar Söyüncü, le défenseur central de Leicester City et qui a pris une autre dimension cette saison en Premier League. Un joueur dont la Turquie aura grandement besoin pour annihiler les attaques françaises.

« Mehmet Batdal, attaquant de Medipol Başakşehir formé à Bucaspor et Altay a été sélectionné par Fatih Terim pour la première fois. Ainsi que l’ailier formé lui aussi à Bucaspor et Altınordu, Cengiz Ünder. La sélection se compose également d’autres joueurs originaires d’Izmir : Onur Kıvrak (Karşıyaka), Harun Tekin (Menemen Belediyespor), Çağlar Söyüncü (Altınordu) et Okay Yokuşlu (Altay) »

Six joueurs originaires d’Izmir en Équipe nationale en 2016. Izmir en force ! (Iz Gazete)

Sans compter Cengiz Ünder, l’ailier de la Roma, absent pour blessure et qui a passé la majeure partie de sa formation sur la côte égéenne. Une bonne occasion de rappeler enfin que la ville a également eu l’honneur d’un record il y a à peine trois ans. En effet, pas moins de six joueurs avaient été sélectionnés par l’entraîneur de l’époque, Fatih Terim. Une manière de reconnaître que si la ville n’a pas d’équipe au premier plan, elle respire le football. Izmir, région du soleil, de la vie, du panache mais surtout celle qui contribue à alimenter la sélection en talents. Avec force et pour l’honneur !