Dix-neuf mois après son arrivée, Jérémy Ménez a résilié la semaine dernière son contrat avec Club América. Le Français quitte le Mexique sur un échec avec l’image d’un joueur peu impliqué, aux antipodes de son compatriote « APG », arrivé deux ans et demi plus tôt et devenu une idole de l’autre côté de l’Atlantique.

Jérémy Ménez et le Mexique, c’est terminé. Jeudi dernier, l’attaquant français annonçait officiellement son départ de Club América après « deux saisons très gratifiantes » selon lui (plutôt une saison et demie, NLDR). Malgré une arrivée en grande pompe avec le statut de star internationale et des débuts prometteurs, l’histoire d’amour de Ménez avec le Mexique aura tourné court. Loin de la passion et de l’admiration que suscite son compatriote André-Pierre Gignac au nord du pays, le natif de Longjumeau s’en va avec un public, des ex-coéquipiers, et tout un club à dos. Même si les blessures ne l’ont pas épargné, c’est comme souvent son manque d’implication et son comportement problématique qui auront marqué le passage de Jéremy Ménez au Mexique. Comme quoi n’est pas Gignac qui veut.

Un costume de star trop grand à enfiler ?

En janvier 2018, Jérémy Ménez débarque au Mexique en tant que star du football européen (du moins pour les Mexicains), précédé par sa réputation de joueur spectaculaire ayant évolué au PSG, à la Roma ou au Milan AC. Pour les supporters de l’América, il est un grand joueur qui va apporter énormément à leur équipe et comme chaque joueur venant d’Europe, il est considéré par les suiveurs de la Liga MX comme un refuerzo bomba (une “recrue star”). C’est donc naturellement que des centaines de supporters azulcremas se massent à l’aéroport de Mexico pour l’accueillir : alors que son compatriote André-Pierre Gignac éclabousse le championnat de son talent depuis maintenant deux ans et demi, ils pensent eux aussi tenir “leur français”. Ainsi, dès son arrivée, Jérémy Ménez est mis par les supporters de l’América dans le costume du héros, de la star mondiale qui va faire briller leur club et les mener au titre du tournoi Clausura 2018. Pas facile à assumer pour le joueur formé à Sochaux, dont on connait l’irrégularité et les difficultés à s’imposer sur la durée.

« Je le connaissais depuis son passage à l’AC Milan, pour son fameux but en talonnade (inscrit le 14 septembre 2014 en Serie A face à Parme, NLDR). Quand il a signé pour l’América, bien sûr que j’étais excité, je connaissais son talent. Mais beaucoup se sont trop enflammés en voyant en lui un autre Gignac. »

Sebastián, supporter de l’América, à propos de l’arrivée de Ménez dans son club.
L’arrivée de Jérémy Ménez au Mexique le 10 janvier 2018 est une véritable sensation : plus de 200 supporters de l’América et des dizaines de journalistes sont présents pour accueillir le Français à l’aéroport de Mexico. (Crédit photo : Radio Huancavilca)

Pourtant, dans un premier temps, Ménez va répondre aux attentes sur le terrain. Le 3 février, moins d’un mois après son arrivée, il inscrit son premier but sous ses nouvelles couleurs (qui sera finalement son seul dans le jeu, les quatre autres étant des pénaltys) en participant à la large victoire des siens face aux Lobos BUAP (5-1). La semaine suivante à l’occasion d’un bouillant Tigres/América, Ménez retrouve son compatriote Gignac et les deux tricolores vont porter haut les couleurs de la France en inscrivant chacun le seul but de leur équipe (1-1), dans une rencontre qui aura également vu la participation de Timothée Kolodziejczak côté Tigres.

L’ancien rossonero termine la phase régulière comme titulaire avec trois buts inscrits et son équipe se qualifie pour la Liguilla (playoffs). En quart de finale, dans un derby de la ville de Mexico face aux Pumas de la UNAM, les Aguilas s’imposent facilement (4-1 ; 2-1) notamment grâce à un Ménez en feu, auteur de deux buts et de deux passes décisives sur le deux matchs. Alors qu’il fait office de favori pour le titre, le Club América est éliminé en demi-finale face à Santos Laguna et Ménez manque un pénalty au match aller. Malheureusement, cela va annoncer le début de la chute morale et physique du Français.

Des blessures à répétition et une année blanche

Si l’on devait décrire le passage de l’ancien prodige sochalien au Mexique en un seul mot, celui-ci pourrait être : blessures. Avec un -s. En effet, dès le début de la saison dernière, avant même d’entamer le tournoi Apertura 2018, Jérémy Ménez se rompt le ligament croisé antérieur du genou gauche lors d’un match amical face à Pachuca. Le diagnostic est sans appel : l’attaquant français sera absent au minimum 6 mois et ne pourra pas jouer de la première partie de saison. C’est donc depuis les tribunes que Ménez assiste au fantastique parcours de son équipe qui finit par décrocher le titre de Liga MX face à Cruz Azul en décembre (0-0 ; 0-2). L’América est donc bel et bien champion, mais sans Ménez qui ajoute une ligne à son palmarès sans avoir joué la moindre minute du tournoi. Même s’il prend la peine d’aller sur la pelouse prendre une photo (seul) avec le trophée, Ménez semble à l’écart lors des célébrations, il se fait très discret et paraît presque gêné, comme s’il ne se sentait pas à sa place au milieu de ses coéquipiers.

« Félicitations. Moi je n’ai rien fait (pour le titre), mais on est une équipe, une famille, et on est tous très contents. Au final c’est pareil, on est ensemble tous les jours, je suis avec eux. Le terrain me manque beaucoup, mais je suis content car il manque peu avant que je revienne. »

Jérémy Ménez, le 16 décembre 2018, après la victoire de l’América en finale du tournoi Apertura 2018 (ESPN)
Même en ayant joué zéro minute lors du tournoi Apertura 2018, Jérémy Ménez pose avec le trophée que ses coéquipiers viennent de remporter sur la pelouse de l’Estadio Azteca. (Crédit photo : Marca)

Pendant la trêve hivernale, Jérémy Ménez se prépare, il se dit prêt à revenir pour le début du prochain tournoi. Hélas, son retour se fait attendre et finalement, fin janvier, il rechute ce qui l’oblige à rater les deux mois de compétition suivants. Au printemps, le Français fait enfin son retour dans le groupe de l’América après… huit mois d’absence ! Il refoule pour la première fois les pelouses le 5 mars dernier en rentrant à l’heure de jeu face à Necaxa (défaite 1-3), puis il est titulaire la semaine suivante face à Puebla (victoire 1-0) mais il ne reviendra jamais totalment dans le groupe. L’América remporte en avril la Copa MX puis est éliminée en demi-finale du championnat, toujours sans Ménez. Avant son départ, il aura disputé trois bouts de matchs en ce début de saison 2019/2020. Du 10 janvier 2018, date officielle de son arrivée, au 29 août 2019, date officielle de son départ, l’América a disputé 112 matchs toutes compétitions confondues. Sur ces 112 matchs, Ménez n’en a disputé que 23 dont 16 sur ses six premiers mois, pour 1093 petites minutes jouées sur les 10 294 minutes possibles. Ce qui représente à peine plus de 10% du total.

« Pour moi, s’il n’a pas réussi, c’est à cause des blessures. Il est ce qu’on appelle un joueur en cristal, il se blessait tous les deux matchs. Je pensais que cette saison allait être la sienne avec tous les joueurs indisponibles que possède l’América en ce moment, mais il s’est encore blessé… »

Pour Abram, 18 ans, supporter de l’América, ce sont les blessures qui ont empêché Jérémy Ménez d’exprimer tout son talent au Mexique.

Le manque d’implication, la vraie raison de l’échec Ménez ?

Jérémy Ménez n’a pas attendu d’arriver au Mexique pour s’attirer les foudres de la presse, des supporters, et même de son entraîneur à cause de son supposé manque d’implication. Il est l’un de symboles de cette fameuse génération 87, jadis l’une des plus prometteuses du football français mais faite de talents gâchés aux côtés des Samir Nasri, Karim Benzema (dans une moindre mesure) et autres Hatem Ben Arfa, dont le sérieux et la motivation auront coûté cher. En ce sens, le passage de Ménez au Mexique n’aura pas dérogé à la règle. En effet, là où André-Pierre Gignac a su dès son arrivée se fondre dans la culture locale et devenir l’idole d’une ville, Ménez n’a jamais semblé très concerné par sa nouvelle vie mexicaine et a laissé un goût amer dans la bouche de beaucoup de supporters comme nous avons pu le recueillir :

« Dès qu’il est arrivé au Mexique, on a senti que Gignac avait envie de tout casser ici et d’écrire l’histoire avec les Tigres. Jérémy, il est venu pour se montrer, et même si ça me fait mal de l’admettre, pour l’argent. C’est un bon joueur, mais je pense qu’il serait exceptionnel s’il travaillait plus et s’il jouait plus en équipe, sans se croire au-dessus des autres. Je pense que s’il n’a pas réussi à l’América, c’est parce qu’il est arrivé en prenant de haut ce championnat et en se sentant supérieur aux autres. On a toujours senti qu’il n’avait pas envie de devenir un leader et de faire les efforts pour tirer cette équipe vers le haut à la manière d’un Gignac aux Tigres. »

Quand Sebastián partage le même avis que beaucoup d’experts français sur le cas Ménez.
Jérémy Ménez rappelé a l’ordre par Miguel “Piojo” Herrera, son entraîneur de l’América et ancien sélectionneur national à la forte personnalité. (Crédit photo : Getty Images)

Dernièrement, la situation avait empiré avec son coach Miguel “Piojo” Herrera. Alors qu’il revenait apte pour le tournoi Apertura 2019, Jérémy Ménez s’était montré nonchalant et sans envie à l’entraînement, ce qui a eu le dont d’énerver “El Piojo” et de sceller le destin du tricolore dans le club de la capitale. À tel point que malgré l’avalanche de blessures que connaît l’América dans le domaine offensif (Giovani Dos Santos, Nicolas Castillo entre autres), Jérémy Ménez n’était même pas retenu dans le groupe et était contraint de jouer avec les U20 du club.

« Je ne veux pas d’un joueur qui est là une semaine sur deux, qui ai juste des éclairs, je veux un joueur qui se tue à l’entrainement comme ses coéquipiers, qui travaille comme les autres. S’il ne le fait pas, il peut être Maradona, Pelé, Messi, mais si il ne veut pas être ici et que ses coéquipiers ne veulent pas non plus qu’il soit ici, il ne jouera pas. Les gens veulent que je le fasse jouer pour son talent, mais s’il ne veut pas, non. Je ne l’utiliserai pas et je ne suis pas fâché avec lui, il vient, on se dit bonjour, mais quand vient le moment de s’entraîner il ne met pas l’intensité que ses coéquipiers lui demandent. Je préfère mettre un jeune qui n’a pas 5% de son talent mais qui a 200 000% de son implication. »

Miguel ‘Piojo” Herrera s’était exprimé plusieurs fois durant le mois d’août pour expliquer pourquoi Ménez n’était jamais retenu dans le groupe alors qu’il était apte (Fox Sports)

Finalement, l’inévitable s’est produit la semaine dernière et après plus d’un mois sans jouer, Ménez a résilié son contrat à l’amiable avec l’América. Il est rentré en France, pour se ressourcer et se rapprocher de sa famille après cet épisode compliqué. Invité de l’émission Tribune Sports sur BeIN Sports ce dimanche soir, il n’a pas voulu s’étaler sur son aventure mexicaine et s’est dit prêt à un nouveau défi en Ligue 1. Une Ligue 1 où il retrouvera Timothée Kolodziejczak et Andy Delort, d’autres français qui, comme lui, se sont cassés les dents sur le rêve mexicain en voulant suivre le sillage d’un certain André-Pierre Gignac, qui reste encore l’exemple non moins compliqué à suivre de l’intégration parfaite en terres mexicaines.