Il n’est jamais facile pour nous francophones de s’intéresser au championnat allemand. Faute aux droits TV, on ne se plie qu’à se renseigner aux résultats des deux avions que sont le Bayern Munich, et le Borussia Dortmund. S’il a bien une chose qui est à signaler, ce sont les écarts qui se créent entre les équipes en Bundesliga. Zoom.

Depuis maintenant de nombreuses années et la quasi-suprématie de l’ogre bavarois de Munich, se créent des écarts de plus en plus conséquents entre les 18 équipes de Bundesliga. Certains essaient d’accrocher le wagon – un ou deux clubs frappent même à la porte – pendant que d’autres sombrent dans les profondeurs du classement et font l’ascenseur avec la 2.Bundesliga.

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Serré en haut comme en bas (crédit Instagram : Bundesliga English)

Bayern/Dortmund : les “ovni”

Comment ne pas penser au Bayern Munich et au Borussia Dortmund lorsque l’on nous évoque le championnat allemand ? Ils sont les deux figures de proue et les stars de la Bundesliga toutes échelles prises en compte. Nationalement, ils sont les deux entités les plus suivies. Plus régionalement et même mondialement, ils représentent les cinquième et douzième clubs de football comptant le plus d’abonnés sur les réseaux sociaux, d’après une étude IQUII en 2018. Nombreux sont les suiveurs des deux clubs “Made in Germany” de la décennie.

Le classement des clubs les plus suivis en Europe (crédit image : IQUII Sport)

Il n’y a qu’à regarder le palmarès des dernières années de championnat pour comprendre l’effervescence qui est née autour des Rouge et Bleu et des Jaune et Noir. Pourquoi sont-ils les plus puissants et les plus reconnus à ce jour ? La réponse est dans les chiffres, mais pas que. C’est aussi par les joueurs qui jouent ou qui ont joué pour les deux entités.

Une domination en chiffres

Depuis la saison 2009/2010, on ne voit que par eux. Et notamment les Bavarois. Sept titres de championnats pour les Munichois, deux pour les joueurs de la Rühr. C’est entre 2010 et 2012 et les deux victoires de rang en Bundesliga que les Borussen vont se faire un nom et une place dans l’échiquier footballistique outre-Rhin. Au total, vingt-sept titres pour le Bayern, contre huit pour Dortmund.

Ces dix dernières années, ils sont à eux deux six fois vainqueurs de la Coupe d’Allemagne, la DFB Pokal (Bayern x4, Dortmund x2). Quant à la Supercoupe d’Allemagne, en huit éditions, sept sont revenues à l’un des deux clubs. Des équipes qui sont toujours (ou presque) au rendez-vous et qui nous offrent chaque année des duels au sommet.

Une suprématie en noms

On dit qu’un joueur ne fait pas une équipe. Chacun se fera son propre avis mais nombreux sont les joueurs qui ont participé à la reconnaissance de leur blason. Le Bayern, club déjà mythique du siècle dernier, a su maintenir son standing au fil des années, seulement contestés par des saisons extraordinaires d’adversaires (Dortmund 2010 à 2012, Wolfsbourg en 2008/2009 ou encore le Werder Brême en 2004/2005).

Certains joueurs devenus légendes ont fait sa renommée. On pense à Sepp Maier (joueur le plus capé), Gerd Müller (meilleur buteur de l’histoire du club, 564 buts) ou encore les Ballon d’Or Franz Beckenbauer (1972, 1976) et Lothar Matthaüs (1992). Plus récemment, les Philipp Lahm et Manuel Neuer ont marqué la jeune génération pour faire perdurer la Vorherrschaft des Bavarois.

Saurez-vous citer toutes ces légendes du FC Bayern ? (Crédit image : Bleacher and reports football)

Côté Borussia Dortmund, sa réputation et sa “fanbase” croissante est plus due à son histoire moderne. Depuis la fin des années 2000 et le début des années 2010, les Jaune et Noir de la Rühr ne cessent d’impressionner par les joueurs qu’ils parviennent à attirer… ou à former. On peut évoquer Michael Zorc, son actuel directeur sportif et joueur le plus capé de l’histoire du club (563 matchs).

Mais que dire des Matthias Sammer (Ballon d’or 1996) ou plus récemment des Pierre-Emerick Aubameyang, Robert Lewandowski et Marco Reus ? La cellule de recrutement du BVB est un réel point fort pour l’équipe qui a su se montrer très attentive aux talents de divers horizons. Dernier atout de taille : le jeune international britannique, Jadon Sancho (19 ans), recruté pour rien et partira pour beaucoup.

Matthias Sammer a été Ballon d’Or sous le maillot du Borussia Dortmund. Il s’est, depuis lors, reconverti en entraîneur. (crédit photo : thesefootballtimes.co)

Ils ont creusé un fossé…

Il n’y a qu’à regarder le classement cette saison pour vérifier ce postulat. Ils volent au-dessus du championnat allemand depuis quelques années. Cette saison plus particulièrement, ils ont créé un gap avec une concurrence qui ne parvient toujours pas à suivre les deux locomotives.

À qui, à quoi la faute ? Faute de budget certains diront. D’autres s’esclafferont sur le caractère historique du club qui joue beaucoup. Une chose est sûre, c’est que cette saison encore ils « marchent » sur le championnat. Le Bayern pointe en tête avec deux points d’avance à trois journées du but. Le Borussia (deuxième) peine à conclure cette longue saison avec un récent (et lourd) revers 2-4 lors du derby de la Rühr face à Schalke 04.

Pour conclure sur ces deux grands clubs, rien de mieux que cette citation, on ne peut plus explicite…

« Je pense que le premier du classement peut battre le leader n’importe quand. »

Berti Vogts, ancien défenseur connu pour avoir écoeuré Johann Cruijff en finale de la Coupe du monde 1974 (So Foot)

Le RB Leipzig tente de s’accrocher

S’il est bien une équipe qui tente d’accrocher le bon wagon de tête, c’est le Razenballsport Leipzig. Équipe phare du groupe Red Bull, c’est un collectif qui se forme et un club qui ne cesse d’évoluer. Dans la famille de la marque aux deux taureaux, je demande l’Allemand de Saxe. Actuel troisième du championnat, le RB Lepizig joue les premiers rôles du championnat allemand depuis maintenant quelques années.

Il est, à l’instar de Dortmund, un club qui tient sa notoriété de son histoire moderne. Et oui car… il n’a que 10 ans d’ancienneté ! En l’espace de quelques saisons, le club a réussi à s’imposer dans le paysage du fussball. Au grand désarroi de certains – et même de beaucoup – qui en font l’un des clubs ou LE club le plus détesté du pays. Intéressons-nous au sport maintenant.

Troisième actuel de la Bundesliga version 2018/2019, l’équipe entraînée par Ralf Rangnick essaie de s’accrocher à la « classe supérieure » représentée par le Bayern et le Borussia. À cinq unités de Dortmund, Leipzig va en toute logique se qualifier pour la prochaine édition de la Ligue des Champions. Une nouvelle fois. D’autant plus que Die Roten Bullen peut commencer à souffler quand Francfort, quatrième, pointe à dix longueurs derrière. Assurés d’être troisième au pire, c’est une nouvelle belle saison du côté des coéquipiers de Yussuf Poulsen.

Le RB Leipzig retrouvera également le Bayern Munich en finale de DFB Pokal le 25 mai prochain (Crédit photo : Deutscher Fussball Bund)

La classe moyenne au rapport

Après la classe supérieure représentée par Munich et Dortmund et le jeune premier du RB Leipzig, vient la « classe moyenne », évidemment. Par classe moyenne, on voit les Eintracht Francfort (et leur saison folle), Bayer Leverkusen, Hoffenheim et autres Borussia Mönchengladbach. Une grande classe à laquelle on pourrait y substituer parfois des Werder Brême ou encore les Vfl Wolfsburg. Une classe donc énorme et cela se justifie par la proximité numérique entre les différentes entités de ce groupe.
Rappel du classement :

Seulement 8 points séparent la quatrième place de la neuvième place (Crédit photo : Google sports)

Ce haut de classement voit cette saison la présence d’une équipe pour le moins surprenante et plaisante à voir jouer : l’Eintracht Francfort. L’équipe entraînée par Adi Hütter réalise une superbe saison avec, notamment, une qualification en demi-finale de C3 après avoir éliminé l’Inter Milan et remonté le SL Benfica, s’il vous plaît. En championnat, les coéquipiers de Sébastien Haller impressionnent tout autant en se positionnant en sérieux candidats à une place en Champions League.

Un peu plus loin, le groupe de chasse qui voit s’affronter quatre clubs en deux points : Mönchengladbach, Leverkusen, Hoffenheim et Wolfsbourg vont être les principaux acteurs de cette fin de saison. Laquelle de ces entités parviendra à réaliser le meilleur sprint final et valider son ticket pour l’Europe ?

Ces équipes se départageront même entre elles car, dès ce week-end, Mönchengladbach (5e) recevra Hoffenheim (7e) et Francfort (4e) se rendra à Leverkusen (5e). De quoi passer un beau week-end fussball à regarder le début du dénouement de cette Bundesliga version 2018/2019.

Le « ventre mou »

Ils sont là, on n’en parle pas, mais ils sont bel et bien en Bundesliga. On pense évidemment à ce milieu de tableau. Ces équipes qui sont les Angers ou Toulouse de Bundesliga. Toujours présents, mais jamais si performants.

Peu inquiétés par une relégation, ils ne peuvent en revanche viser plus haut (Crédit photo : Google sports)

Düsseldorf, Herta Berlin, Mayence 05, Fribourg, Augsbourg ou encore Schalke 04 ne sont pas (ou plus) des top clubs de leur championnat. Ils ne parviennent plus à se hisser dans cette première partie de tableau et ces places européennes tant convoitées. Objectif maintien pour certains, objectif non atteints pour d’autres, leur parcours dans le championnat n’est pas toujours joyeux.

Or, on retient ces équipes car elles sont celles qui sont les plus à même de créer ces surprises face aux grosses écuries. Le dernier en date : le revers de Schalke 04 infligé à Dortmund (2-4) lors du derby de la Rühr, ou encore la victoire d’Augsbourg 3-1 sur le terrain de Francfort lors de la 30ème journée.

C’est aussi au cœur de cette équipe que des joueurs prometteurs se font repérer et vont ensuite signer dans des clubs plus importants dans le pays ou à l’étranger. Ce qui devrait être le cas du jeune portier de 22 ans de Schalke 04, Alexander Nubel, définit comme le « futur Neuer ». On peut également évoquer le prometteur attaquant de pointe de Mayence 05, le Français Jean-Philippe Mateta, ancien Havrais et Lyonnais mais surtout buteur à douze reprises cette saison, dont un triplé !

Jean-Philippe Mateta (FRA, Mayence) est devenue une star dans son équipe dès sa première saison (Crédit photo : picture alliance / bild presseha)

En bref, ces équipes font ce qu’est la Bundesliga aujourd’hui, un beau championnat. Mais leurs moyens (financiers, techniques…) ne leur permettent pas de pouvoir viser plus haut dans le classement. Du moins, c’est le cas dans cet exercice 2018/2019.

Les derniers de la classe

Place maintenant aux cancres de cette Bundesliga. Bien plus faibles que leurs camarades du championnat, ils n’y arrivent vraiment pas. Évoquons-les pour commencer : Vfb Stuttgart, Nuremberg et Hanovre 96.

Six points de retard sur Schalke 04 quinzième, Stuttgart devrait jouer les barrages (Crédit photo : Google sports)

Quand on dit bas de tableau, on ne peut pas plus bas. Et ce sont des places méritées car, au vue du jeu proposé, ces clubs ne peuvent malheureusement pas mieux figurer. Le VfB Stuttgart de Benjamin Pavard est bien loin des attentes des puristes. Des petites défaites contre les gros, mais de lourdes défaites face à des équipes du milieu de tableau. Le tout pour un bilan de six victoires, six nuls pour dix-neuf défaites. Opération réussite du barrage maintenant pour le club de Bade-Wurtemberg.

Le FC Nuremberg. Que dire ? Seulement trois victoires sur trente-et-un matchs joués… Les résultats sont médiocres quand on voit dix nuls s’y ajouter et dix-huit victoires. L’équipe entraînée par Boris Schommers manque de niveau pour pouvoir espérer un maintien dans le championnat. Le club de Bavière récemment monté, aura à cœur de repartir de l’avant la saison prochaine en 2.Bundesliga pour reprendre l’ascenseur.

Le bonnet d’âne de cette saison revient à Hanovre 96. L’ancien club de Mohammed Abdellaoue, Jupp Heynckes ou encore Kléber ne parviendra pas à se maintenir cette saison, eux qui étaient parvenus à accéder à l’élite il y a de ça deux saisons. Derniers, ils ont perdu 26 rencontres (!) et encaissés pas moins de 66 buts (deuxième derrière Stuttgart).

Stuttgart et Hanovre sont deux des trois derniers clubs allemands au classement de la Bundesliga (Crédit photo : Sportchau.de)

En bref…

Pour conclure sur ce petit dossier sur la Bundesliga, on peut remarquer de grandes inégalités au sein du championnat allemand. Comme quoi cela pourrait refléter ce que beaucoup pensent : le football n’est-il pas l’un des plus beaux reflets de notre société ? Une preuve intangible qui montre encore une fois que partout, dans tout ce que nous voyons, partout où l’on regarde, existent des inégalités.

Budget, infrastructures, effectif, renommée… Autant de facteurs déterminants qui font qu’un championnat – et la Bundesliga en est un parmi nombreux – est fait de clubs puissants à la renommée planétaire, de « petits clubs » qui s’en sortent tant bien que mal, et d’autres qui subissent la suprématie des élites.